Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 14, numéro 72, mai 2003

Madame Mona Greenbaum   Image de la conférence    Écouter :  la conférence  Voir :  la conférence 
Coordonnatrice
Association des mères lesbiennes

L'Association des mères lesbiennes: familles et communauté

Qui sommes nous?

L'Association des mères lesbiennes (AML) est un organisme sans but lucratif qui a vu le jour en août 1998. Depuis sa création, plus de 750 femmes et de nombreux enfants se sont joints à ce groupe bilingue. Les membres continuent d'affluer. L'AML a des membres à travers la province de Québec. Le but premier du groupe est d'appuyer les lesbiennes qui sont mères et celles qui souhaitent le devenir. Chaque mois l'AML organise un groupe de discussion ou une conférence portant sur un sujet d'intérêt pour les mères lesbiennes. L'AML organise aussi chaque mois une activité pour toute la famille. En entreprenant fréquemment des activités ensemble, nos enfants tissent des amitiés entre eux. Ainsi nous formons une petite communauté et cela assure un soutien. Il est très important que nos enfants grandissent dans un environnement accueillant où ils ne se sentent pas isolés parce qu'ils font partie d'une famille alternative.

Les membres de l'association sont très diversifiés tout comme leur famille. On retrouve des mères lesbiennes monoparentales ou en couple. Les enfants ont été conçus par insémination (donneur anonyme ou donneur connu) ou dans le contexte d'une relation hétérosexuelle antérieure. D'autres femmes ont opté pour l'adoption ou la famille d'accueil. Deux tiers de nos membres ont eu des enfants à l'intérieur d'un projet de couple lesbien. Ce nombre ira en augmentant.

Toutes ces femmes ont un intérèt commun, le bien-être de leurs enfants. Très tôt dans la vie de l'association il est apparu évident que le meilleur support à apporter à nos enfants serait une reconnaissance sociale et juridique de nos familles. Un deuxieme volet s'est donc ajouté soit celui de sensibiliser la societé à nos familles. Nous avons formé un comité d'action politique, qui est devenu notre conseil d'administration, sa tache est de s'assurer que nos objectifs sont atteints.

Quel était notre situation il y a cinq ans?

Quand l'association est née en 1998 les familles homoparentales n'avaient pas les mêmes protections légales ni le même encadrement que les familles hétérosexuelles. Si un couple de lesbiennes avait un enfant, seule la mère biologique était légalement reconnue:

1) la mère non biologique ne pouvait pas prendre de décisions médicales concernant l'enfant et cela même dans le cas d'une urgence ;

2) la mère non biologique ne pouvait pas traverser une frontière internationale avec l'enfant. Elle pouvait être arrêtée pour kidnapping;

3) la mère non biologique ne pouvait pas signer les documents à l'école ou tout autre formulaire institutionnel ; elle ne pouvait pas être membre du comité de parents;

4) la mère non biologique n'était assurée d'aucun droit si le couple se séparait. La mère biologique pouvait non seulement refuser la garde partielle mais aussi des droits de visite si elle le désirait. La mère non biologique risquait fort de perdre une bataille juridique puisqu'aucune loi la protègait;

5) la mère non biologique n'avait aucune responsabilité envers l'enfant si le couple se séparait. Vous avez entendu parler de pères irresponsables recherchés par les autorités parce qu'ils ne paient pas la pension alimentaire? Et bien, les mères non biologiques irresponsables étaient légalement irréprochables.

Une nouvelle loi est proposée

En 2001 le gouvernement du Québec a proposé un avant-projet de loi créant un partenariat enregistré. Bien que les intentions du gouvernement étaient bonnes l'union civile proposée par le gouvernement a immédiatement rencontré une résistance de la part d'un important segment de la communauté gaie et lesbienne du Québec. Le ministre de la justice Paul Bégin a vanté l'avant-projet en mentionnant qu'il s'agissait de la législation la plus progressiste pour les gais en Amérique du Nord. Mais l'absence totale de droits parentaux a choqué plusieurs membres de la communauté. Nous avons rencontré le ministre et avons insisté sur l'importance des droits parentaux. Nous lui avons expliqué que les enfants de familles dirigées par des personnes de même sexe devraient jouir des mêmes droits que les autres enfants québécois.

Le ministre a affirmé alors que les droits parentaux pourraient être incorporés dans la loi si un consensus social émergait lors de la commission parlementaire. Les audiences parlementaires ont eu lieu au début de février 2002 et de nombreux mémoires ont été présentés.

La commission parlementaire: le droit des enfants

Le Ministre Bégin ainsi que les députés ont fait preuve d'une grande ouverture et d'un grand intérèt pour nos familles. L'accueil des parlementaires pour notre association fut chaleureuse. Bien que les députés ne mettaient pas en doute les capacités parentales des gais et lesbiennes, ils s'inquiètaient pour le bien-être de nos enfants.

La veille de l'ouverture de la commission parlementaire l'Association Américaine de Pédiatrie a donné un appui inespéré à notre cause. L'association a proclamé que les enfants de gais et lesbiennes n'avaient pas plus de problèmes que les enfants d'hétérosexuels. Cette importante association de pédiatre avec ses 55,000 membres supporte des modifications aux lois pour permettre l'adoption par le co-parent. Dans son journal Pediatrics, l'association a appuyé les revendications des gais et lesbiennes et a mentionné que nos enfants méritent les mêmes protections que les autres enfants.

La professeure Danielle Julien du département de psychologie de l'UQAM a présenté un mémoire très important. Dre Julien a présenté une revue de la littérature sur les recherches concernant les enfants des gais et lesbiennes. Elle concluait que: “l'examen des recherches disponibles sur le développement d'enfants de parents homosexuels révèle que les craintes concernant une plus grande vulnérabilité de ces enfants sont sans fondement empirique. Premièrement, ces enfants n'éprouvent pas plus de problèmes d'identité sexuelle que ceux de parents hétérosexuels et ils ne sont pas plus nombreux à développer une identité homosexuelle. Deuxièmement, ils ne sont pas plus vulnérables psychologiquement que les enfants d'hétérosexuels et ils n'ont pas plus de problèmes de comportement. Troisièmement, ils ne manifestent pas plus de problèmes d'adaptation sociale sous la forme de victimisation par leurs pairs. Donc, aucune des recherches effectuées à ce jour ne permet de conclure que les enfants de parents homosexuels sont désavantagés sous quelque aspect que ce soit par rapport aux autres. Les résultats convergent tous vers un message clair et sans ambiguïté : lorsque les enfants de parents homosexuels ont des problèmes d'adaptation, d'autres facteurs que la simple orientation sexuelle des parents sont responsables de ces difficultés”.

En juin 2002 la loi 84 fut adoptée à l'unanimité. Cette loi représente la législation la plus complète au Canada sur un régime d'union civile incluant les couples de même sexe et de sexe opposé. Québec est devenue l'endroit le plus progressiste au monde pour les droits des gais et lesbiennes et de leurs enfants.

Quels problèmes restent-ils ?

Depuis juin 2002 il n'existe aucun article dans le code civil qui discrimine les gais et lesbiennes. Malgré cette égalité juridique nous sommes toujours confrontés à des préjugés sociaux.

Pour nos Couples : Les gais et lesbiennes ainsi que les hétérosexuels ont accès à l'union civile, le nouvel état civil au Québec. Toutefois seuls les hétérosexuels peuvent se marier. Nous vivons donc encore une discrimination.

La majorité des citoyens canadiens estiment que les gais et lesbiennes devraient avoir des droits égaux et accès à l'institution du mariage. Nier ce droit au mariage aux gais et lesbiennes les prive d'un des droits humains fondamentaux : le droit d'épouser la personne aimée. Au même titre que l'interdiction du mariage interracial infériorisait les noirs par rapport aux blancs, l'interdiction du mariage gai infériorise les homosexuels par rapport aux hétérosexuels.

Notre orientation sexuelle fait encore de nous des cibles de violence verbale, psychologique, voire physique, dans certaines sphères de la société.

Bien que modifier la définition du mariage ne changera pas automatiquement le traitement réservé aux gais et lesbiennes dans la société, il s'agirait d'un geste symbolique fort, indiquant que l'homophobie ne saurait être tolérée dans notre société, et ce au plus haut niveau. Nous sommes spécialement inquiets du message transmis à nos jeunes par l'actuelle exclusion des gais et lesbiennes de l'institution du mariage. Les jeunes gais et lesbiennes se font encore dire que ce qu'ils sont et ce qu'ils représentent est inférieur, gênant, et devrait rester dans l'ombre.

Le mariage est un symbole d'une importante portée sociale qui véhicule les valeurs de la société. C'est un symbole si puissant que même si tous les autres droits et privilèges légaux étaient offerts aux couples de même sexe, ne pas inclure le droit au mariage, ou permettre aux gais et lesbiennes le mariage sous une autre appellation, condamnerait les gais et lesbiennes à une éternelle existence de citoyens de second ordre.

Pour nos families : Les familles avec parents de même sexe sont constamment confrontés aux idées qui veulent que nos familles soient inférieures à l'idéal de la famille nucléaire hétérosexuelle. Par example un garçon avec deux mères sera vu comme défavorisé parce que dans vivant dans une famille apauvrie par l'absence de modèle masculin.

Pour la majorité d'entre nous ce n'est pas vrai. Nous avons des hommes dans nos familles et nos vies : grans-pères, oncles et cousins. Nous avons des voisins et des amis masculins qui nous visitent. Nos fils ont des professeurs et des entraineurs, etc., etc. Il est vrai que nous n'avons pas un modèle masculin au déjeuner chaque matin, mais nos fils ont certainement des interactions fréquentes avec des hommes. Les études ont montré que nos enfants n'ont aucune difficulté à assumer une identité masculine et ne prévilégeront pas plus souvent une orientation homosexuelle que les enfants de hétérosexuels.

La discrimination que nous vivons en cela est semblable à celle vécue par les mères monoparentales hétérosexuelles dont les enfants n'ont pas un modèle masculin présent de façon constante. Quand les enfants de ces familles présentent des problèmes, les études ont démontré qu'ils sont liés aux difficultés économiques plutôt qu'à l'absence du modèle masculin.

Une autre difficulté vécue par nos familles est l'absence de support légal pour les familles recomposées et les familles multiparentales. Les enfants nés dans un contexte hétérosexuel peuvent se retrouver plus tard dans leur vie pris en charge par leur mère biologique et la nouvelle partenaire de celle-ci qui est aussi une femme. Cette “ belle-mère, ” vit une situation identique à celle d'un nouveau partenaire dans une famille recomposée hétérosexuelle, en effet ils n'ont tous deux aucune reconnaissance légale ni responsabilité face à l'enfant. Un jour nos lois devront reconnaître que les parents qui sont impliqués dans la vie quotidienne d'un enfant méritent une reconnaissance légale qu'ils soient ou non liés biologiquement à l'enfant. Beau-parents, familles recomposées et familles multiparentales sont des réalités nouvelles mais en croissance et cela pour les familles gaies et lesbiennes comme pour les familles hétérosexuelles. Cette lutte pour la reconnaissance en est une qui pourrait permettre aux parents gais et hétérosexuels de travailler ensemble.

À l'école : L'homophobie en milieu scolaire est le problème le plus important que doit affronter notre communauté. Bien que présente au niveau primaire, l'homophobie est beaucoup plus importante au niveau secondaire. L'adolescence est une période où le besoin de se conformer est grand et où les commentaires des pairs peuvent faire extrêmement mal. C'est aussi la période où les adolescents découvrent leur propre sexualité.

Bien que la Charte des droits et libertés interdit la discrimination sur la base de l'orientation sexuelle, elle n'assure aucune garantie qu'en milieu scolaire l'homosexualité ne sera pas présentée négativement. Les intervenants en milieu scolaire sont mal à l'aise de parler ouvertement d'homosexualité ou encore d'intervenir dans des situations homophobes. Souvent les intervenants en mileu scolaire ne savent pas reconnaitre l'homophobie où ont de la difficulté à débusquer les commentaires et les comportements homophobes. Cela ce comprend très bien puisque ceux-ci ont une formation pour négocier avec le racisme ou le sexisme, mais pas pour l'homophobie.

Le résultat de tout cela est le silence, et ce silence est interpreté comme un désaveu de l'homosexulaité et des comportements homosexuels. En plus du silence il y a le taxage et les taquineries et parfois la violence physique. Il s'agit de problèmes sérieux qui affectent tous les adolescents qui se questionnent sur leur orientation sexuelle quelque soit l'orientation qu'ils choisiront d'assumer. C'est aussi un problème pour tous les enfants qui ont des membres de leur famille qui sont gais ou lesbiennes (parent, fraterie, cousin, oncles, etc).

L'homophobie affecte aussi tous les enfants qui ne se conforment pas à un stéréotype de genre. Un garçon qui aime les arts et la musique et n'est pas intérréssé par les sports ce fera traiter de “tapette” et cela même s'il est hétérosexuel, simplement parce qu'il ne correspond pas au stéreotype de genre. Que l'on soit homosexuel ou hétérosexuel tous nos enfants sont touchés par ce problème. Le Québec a le taux de suicide le plus élevé en Amérique du Nord. On croit qu'un tiers de ces suicides est lié à des questions entourant l'orientation sexuelle ou les stéréotypes de genre. C'est un problème qui concerne tous les parents sans égard à leur orientation sexuel. C'est un problème que nous devons règler ensemble.

Optimisme

L'homophobie affecte nos couples, nos familles, nos enfants et nos institutions. L'homophobie n'est pas une question de méchanceté ou de haine, c'est simplement une question d'ignorance. C'est pourquoi la recherche et la sensibilisation du public sont si importantes. Le Québec a vécu une quasi révolution en regard des droits des gais et lesbiennes depuis les cinq dernières années. Nous avons donc d'excellentes raisons d'être optimistes pour l'avenir. Pour l'Association des mères lesbiennes l'invitation de venir parler au regroupement et l'intérêt que vous avez exprimé pour nos familles est un autre signe de ce changement. Nous accueillons chaleureusement cette ouverture et espérons que nous pourrons collaborer ensemble à résoudre certains des problèmes que nous rencontrons comme parents.


Association des mères lesbiennes
Madame Mona Greenbaum
Co-coordonnatrice

Vox : (1-514) 846-1543

www.aml-lma.org

mona@aml-lma.org

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