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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 14, numéro 72, mai 2003 |
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Madame Jacinthe Savard Image de la conférence Écouter la conférence
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conférence
Présidente
Association des familles monoparentales et recomposées
La Source - Victoriaville
La famille recomposée : un grand défi à relever
On l'a dit et redit, la société québécoise est en mouvance et le visage de la famille s'est passablement transformé depuis trente ans. La constante qui se dégage reste que les hommes et les femmes recherchent encore le bonheur dans une vie à deux. Mais, compte tenu du parcours de chaque partenaire, de plus en plus souvent, celui-ci se répercute en faisant d'une vie à deux, une vie à trois, quatre ou même à cinq ! C'est ce que nous appelons, la famille recomposée.
Un nom, de multiples variations
Qu'est-ce qu'une famille recomposée ? À prime abord il semble simple de donner une définition de ce type de famille. Certains diront que c'est une famille avec beau-parent, d'autres que ces familles comportent un noyau monoparental qui existait avant la formation de cette nouvelle famille.
Bien que peu de mots permettent sa définition, la variété de composition de familles (un père, une mère, un père et une mère, etc.) que l'on retrouve sous cette appellation de même que les multiples façons de vivre la recomposition font qu'à bien des égards chacune de ces familles est tout à fait unique. Finalement, famille recomposée devient un terme générique. De fait, de plus en plus le vocabulaire se raffine, on parle de famille mixte ou simple, patricentrique ou matricentrique, à triple filiation, de logique de pérennité, d'exclusion, d'inclusion, etc.
Ce désir de nommer et de distinguer ne relève pas d'un caprice. Bien au contraire, ces distinctions résultent d'études qui ont permis de mettre à jour les particularités de chacune d'elle qui viennent teintées le défi de la recomposition familiale, ajoute ou diminue les difficultés de ce choix de vie.
Le Grand Défi
La recomposition est un peu le vis-à-vis famille du sport extrême. De fait, il faut être rompu à la communication et à la négociation pour s'aventurer dans le méandre des besoins de tous et chacun de sorte à assurer une place à chacun en instaurant l'harmonie. Il faut un sens aigu de l'équilibre, pour naviguer en eaux parfois troubles et résister avec souplesse et fermeté aux moments où les enfants n'ont qu'une seule idée, séparer le nouveau couple. Il faut aussi un talent inné du don de soi pour entretenir jour après jour ce petit jardin hybride dont on ne sait pas toujours qui en récoltera finalement les fruits.
La plus grosse difficulté, les chercheurs l'ont identifié depuis longtemps, consiste à définir les rôles. Pour vous donner un aperçu; si je vous demandais de me définir un beau-parent, quelle serait votre réponse ? Est-ce celui ou celle qui s'investit dans la discipline des enfants ? Qui donne de son temps pour les loisirs ? Qui partage le budget familial ? À partir de quel moment suivant la cohabitation, un nouveau conjoint ou nouvelle conjointe peut porter le qualificatif de beau-parent ? Y a-t-il un moment qui vient marquer l'entrée dans ce rôle ?
La famille recomposée n'a pas de modèle. Il revient aux conjoints de déterminer le fonctionnement de la famille, le partage des rôles souvent à partir du système essais/erreurs. Son fonctionnement ne peut pas être celui d'une famille intacte, du moins pas tout à fait.
La recomposition familiale est un processus. À tous les membres de la famille, elle exige une adaptation. Elle est aussi exigeante pour le parent naturel que pour le beau-parent ou les enfants. Il peut être aussi difficile pour une mère qui vit seule avec ses enfants depuis deux ans, qui a dû assumer toutes les tâches, les décisions et les obligations, de devoir tenir compte de son partenaire dans certains choix qui concernent la nouvelle famille. De même, un nouveau partenaire doit prendre sa place, bien qu'il sente plus souvent qu'autrement une résistance de la part des enfants, et accepter leur présence quotidienne.
La recomposition exige beaucoup d'amour, elle ne peut être un mariage de raison. Comme le disait Diane Germain, travailleuse sociale et auteure du livre Deux maisons pour l'amour, lors d'une entrevue télévisée : Un couple doit être fou l'un de l'autre pour passer à travers.
Par contre, il n'y a pas de recettes miracles. Je crois simplement que certains couples ont des atouts qui leur permettent de vivre de façon satisfaisante leur nouvelle vie de famille. J'emploie volontairement le qualificatif satisfaisante plutôt que réussie parce que la définition de ce dernier pose problème. Qu'est-ce qu'une vie réussie ?
Les atouts sont : un passé réglé; une capacité de
communication et d'adaptation; un amour solide et l'engagement.
Égoïstes invétérés : Prière de s'abstenir.
Soutien et engagement
Ça aussi, on l'a dit et redit, la recomposition familiale est un défi. Les chiffres sont clairs : le pourcentage de rupture lors d'une recomposition familiale est plus élevé que lors d'une première union. Il est évalué entre 60 et 72 %. La durée moyenne d'une deuxième union est d'à peu près quatre ans.
La Source travaille avec ces familles depuis 1987 environ. Depuis 1995, nous offrons un service de médiation par les pairs, Accordons-Nous, service inspiré de la médiation communautaire originaire d'Angleterre. Accordons-Nous a été élaboré par la FAFMRQ, La Source, Relais-Femmes et UQAM. Ce service permet à un couple vivant un profond désaccord de faire appel à un couple, vivant en famille recomposée, et d'entreprendre une démarche de résolution de conflit. Trop souvent par contre, le service est demandé en dernier recours, donc parfois trop tard. En conséquence, il nous est apparu nécessaire d'agir de façon plutôt préventive, d'autant plus que ce modèle familial est en croissance.
De son côté, le CLSC Suzor-Côté avait pris le virage promotion-prévention en ciblant, dans son volet Famille en crise, rupture et recomposition, les familles recomposées en tant que priorité. Le manque de services sur le territoire avait dicté en partie ce choix. Par ailleurs, notre collaboration avec le CLSC depuis plus d'une dizaine d'années, nous a permis de s'allier encore une fois pour mettre en commun certains de nos objectifs, notamment notre préoccupation en ce qui concerne les familles recomposées dès 1999.
Deux questions se sont alors posées avant de mettre quoi que ce soit sur pied : Quoi faire ? Comment ?
Une réponse adéquate
Dans un premier temps, une étude de besoins a été réalisée pour le compte du CLSC. Elle devait servir d'assise pour la mise en place d'un projet à plus grande échelle. De fait, la Fédération des associations des familles monoparentales et recomposées du Québec a accepté de se joindre à nous afin de donner un rayonnement plus large à notre travail. La Source, le CLSC Suzor-Côté et la FAFMRQ ont donc travailler en partenariat pour mettre en oeuvre un projet spécifique aux familles recomposées. Nous avons fait le choix d'intervenir auprès des couples. Notre mission en tant qu'organisme étant, comme dans plusieurs autres organismes, davantage orientée vers les parents. Notre philosophie étant qu'ils sont responsables de la famille et des enfants, que nous devons les aider à rester maître à bord en les soutenant lors d'une transition familiale.
L'étude a donc permis d'imaginer des moyens concrets pour aider ces familles. C'est ce qui est à l'origine du Coffre d'outils pour familles recomposées Le Nouveau Cadre familial.
Permettez moi quelques mots sur l'étude et les besoins énoncés par les couples participants.
Elle s'est déroulée à Victoriaville avec des couples de la région de Victoriaville. En tout, vingt et une personnes, divisées en trois groupes, ont participé à l'entrevue de groupe. Les couples étaient représentatifs de l'ensemble de ces familles c'est-à-dire; il y avait différents types de familles recomposées, le nombre et les âges des enfants étaient variés, le temps de cohabitation se situait entre un et huit ans.
Je vous donne de façon élémentaire quelques données. Tous les couples ont été unanimes à dire qu'ils étaient mieux outillés que lors d'une première union. Les couples ayant plus d'un an de vie commune ont cependant souligné que être mieux outillé exigeait une condition : avoir fait du ménage dans sa propre vie, avoir réglé ses comptes avec l'ex. Ils ont aussi signalé l'avantage que représentait pour le couple de bénéficier d'une fin de semaine sur deux de répit et faisaient un parallèle avec leur première union où la vie familiale aurait pris, semble-t-il, le dessus sur leur vie de couple.
Les familles où les deux conjoints avaient des enfants (familles mixtes) ne s'attendaient pas à tant de difficultés. Il apparaît que la confrontation des valeurs entraîne beaucoup d'insécurité chez ces couples fragilisés par l'expérience d'une première rupture et les difficultés liées à la définition des rôles parentaux semblent plus aiguës. Ces couples vivent beaucoup de tension à propos des enfants. Ils ont aussi fait ressortir l'intolérance vis-à-vis des enfants du partenaire, particulièrement chez les femmes. Elles voient leur conjoint être plus permissif et par conséquent, n'intervenant pas de façon adéquate auprès de ses propres enfants. Il en découle un besoin de surprotection de leurs enfants, ceci de part et d'autre, ce qui rend encore plus difficile l'harmonie entre les deux clans.
Dans les familles où seules les femmes sont parents, celles-ci ressentent beaucoup de crainte. L'inexpérience du conjoint face à la vie de famille, mais surtout à une première rupture, complique la compréhension entre les deux conjoints principalement à propos de l'insécurité liée au nouvel engagement. Bien que ces femmes disent qu'elles savaient à quoi s'attendre, il faut comprendre qu'elles parlent de la vie de famille seulement. La réalité en famille recomposée en différente dans la mesure où chaque conjoint jongle, soit avec la limite de la corde à laisser au nouveau conjoint, soit à la limite que le statut de beau-parent impose. Par contre, les beaux-pères ont beaucoup parlé de la nécessité de s'approprier le rôle de parent ce qui, par ailleurs semble répondre aux attentes des conjointes. À ce chapitre, il semblerait que la définition du rôle de beau-père est d'autant plus facilité quand l'ex conjoint rempli adéquatement ses obligations telles que paiement de pension alimentaire, respect des droits de visite ou de garde.
Pour tous les couples, l'amour pour le conjoint, la satisfaction de leur nouvelle vie conjugale, la force du couple, soutenu par la conviction d'avoir trouvé le partenaire idéal, sont apparus comme les principales motivations pour relever le défi. Pour certains d'entre eux, trouver des solutions, parvenir à de bons compromis devenait une façon de montrer aux enfants que la rupture n'est pas la seule solution pour régler un conflit. Par ailleurs, les femmes semblent posséder une autre forte motivation. En effet, la culpabilité qu'elles éprouvent envers leurs enfants et la peur qu'elles ont de les faire souffrir à nouveau par une nouvelle rupture font en sorte qu'elles mettent beaucoup d'efforts à ce que la nouvelle union marche.
Je vous livre en rafale les données contenus dans un tableau synthèse :
| GROUPE I Familles mixtes |
GROUPE II Familles mixtes 5ans |
GROUPE III Familles simples |
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J'aimerais aussi vous faire part de quelques énoncés glanés au cours des entrevues.
Sans les enfants, on est le couple parfait.
Quand j'ai réalisé les difficultés que ma conjointe éprouvait avec mes enfants, ça mettait fin à mon rêve, celui d'avoir un jour mes enfants avec moi.
Ça n'a pas été facile tout de suite avec l'ex de ma conjointe, mais il est un bon père.
Même si on sait comment ça se passe ailleurs (concernant les ex) chaque cas est en soi particulier, il est une suite de la relation antérieure.
Les fréquentations ont été courtes, mais ce n'est pas un problème.
En interrogeant ces couples, nous nous sommes rendus compte à quel point ils manquaient d'information sur la recomposition familiale malgré qu'ils se considèrent mieux outillés. Ce qui, en bout de ligne, entretient une vision très peu réaliste de ce qui les attendent.
On peut dire que, de façon générale, il semblerait que, au moment de recomposer un couple, le bon choix du partenaire tient sur des valeurs plus solides grâce en partie à une introspection sur les causes d'une première rupture. Une première expérience de vie de couple permet des attentes plus réalistes pour une seconde union. Ce qui par contre vient troubler le climat, c'est la présence des enfants. De fait, la vie de famille et la vie en famille recomposée ne sont pas synonymes... Le projet amoureux ne se situe pas au diapason du projet familial.
Coffre d'outils Le Nouveau Cadre familial
Il est donc apparu essentiel de parvenir à diffuser de l'information sur la famille recomposée et ceci largement ainsi que de leur apporter du soutien. Les attentes qu'un couple nourrit dans son projet de recomposition familiale et la réalité lors de la cohabitation avec les enfants, cette résistance momentanée, méritent d'être mis à l'ordre du jour dans une stratégie de prévention.
Pour répondre à ce besoin, nous avons donc préparer trois dépliants qui touchent les trois aspects ressortis comme les plus problématiques dans les familles recomposées : Le projet amoureux ( L'harmonie dans le nouveau couple; un portrait idéaliste ?), la fratrie (Pagaille chez la marmaille) et l'ex (L'ex dans le nouveau cadre familial). Nous avons aussi une brochure ( Six points-clés à bien comprendre pour mieux s'entendre) qui réunit six articles publiés au printemps 2000 dans notre journal local La Nouvelle. Cette brochure aborde six aspects de la famille recomposée, le couple, le parent naturel, le parent substitut, les enfants et leurs réactions, l'argent et l'aspect légal de la recomposition. Alors que les dépliants s'adressent à la fois aux familles recomposées et à un large public, la brochure touche davantage le vécu des membres de la famille.
Nous avons aussi dressé un répertoire de ressources telles que livres, conférenciers et conférencières, bandes-vidéo qui sera mis à la disposition des organismes communautaires travaillant auprès de ces familles. Ceci dans le but de faciliter l'organisation de groupes de discussion, faire circuler l'information, permettre l'échange d'idées, de vécu entre les couples vivant la même situation familiale tout en brisant l'isolement.
Le dernier outil consiste en un guide d'animation pour des ateliers de discussion sur la coparentalité. Ces ateliers s'adressent à tous les ex-conjoints et ex-conjointes et ceci, quelque soit le mode de garde. De plus, on remarque que les couples qui se séparent sont encouragés a choisir la garde partagée, comme s'il s'agissait du mode idéal. Cependant, il y a des conditions qui en permettent la réussite. Par contre, que la garde soit partagée ou non, chacun des parents doit assumer ses responsabilités parentales. Ce n'est pas une option, mais plutôt une obligation légale que doivent assumer les deux ex-conjoints.
Finalement, j'aimerais vous dire quelques mots sur une des difficultés rencontrées par les organismes. Il s'agit du recrutement des familles recomposées. Est-ce à cause de l'image que projettent ces familles ? Familles à problèmes, enfants malheureux ?? Quoi qu'il en soit, souvent elles ne savent pas se définir elle-même. Ne se reconnaissent pas en tant que famille recomposée.
Pour illustrer ceci, voici une petite anecdote : lors d'une conférence que nous avons tenue il y a environ deux ans sur la famille recomposée, une conjointe a avoué qu'elle avait amené son conjoint juste pour lui faire comprendre que lui vivait en famille recomposée. Selon lui, elle vivait en famille recomposée mais pas lui puisqu'il était le père des trois enfants, alors que elle, elle n'était la mère que de un des trois. Dernièrement, j'ai pu aussi constaté que certains conjoints considèrent qu'il y a des familles recomposées et à moitié recomposées, ou encore des familles plus recomposées que d'autres. Les familles où les deux conjoints ont des enfants étant reconnues comme les vraies, les complètes.
Comme vous avez pu le constater, il y a beaucoup de choses à dire, le sujet est vaste. Il y a aussi beaucoup à faire. En tout premier lieu, un travail d'information et ensuite un travail de soutien auprès de ces familles. C'est ce que nous avons tenté de faire avec le coffre d'outils.
J'espère être parvenue dans ce court exposé à rendre compte du défi que les couples en famille recomposée doivent relever. Notre préoccupation est celle des autres organismes comme le nôtre; répondre à leurs besoins. Le coffre d'outils est un point de départ dans le milieu communautaire bien que le répertoire de ressources témoigne de l'intérêt que suscite ces familles depuis longtemps auprès de chercheurs, travailleurs sociaux et divers intervenants. Nous espérons que les familles se sentiront moins démunis et les organismes aussi.
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Vox : (1-819) 758-4144 |