Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 14, numéro 72, mai 2003

Monsieur Lucien E. Therrien  Image de la conférence   Écouter la conférence   Voir la conférence
Directeur
RePère
Relation d'entraide pour une paternité renouvelée

La famille recomposée et ses facettes

RePère oeuvre dans le domaine de la famille et du communautaire.

L'organisme propose des activités de formation, d'apprentissage, d'assistance, d'accompagnement,
de connaissance des recours et services.

La mission de RePère est d'assister la démarche des hommes vers une meilleure paternité
pour obtenir un cadre familial meilleur, offrant le meilleur milieu d'épanouissement pour l'enfant.

À partir de la réalité de la famille recomposée et ses facettes, M. Lucien E Therrien développera les idées suivantes :

- historique et variantes;
- motivation et engagement à la recomposition d'une famille;
- regard masculin sur les paramètres pour la recomposition d'une famille;
- probabilité de succès de la recomposition d'une famille;
- le respect des divers besoins des membres de la famille reconstituée.

Bonjour

Comme M. Lajoie l'a dit plus tôt je fais parti RePÈRE.

Curiosité...

Récemment j'ai eu le plaisir de participer à un séminaire sur la coparentalité animé par M. Harry Timmerman, (séminaire que je recommande d'ailleurs à tous les couples qui vivent dans la perspective d'une séparation et aux divers intervenants famille. Donc M. Timmerman rappel dans son séminaire que: « C'est la personne qui écoute qui donne la qualité à la communication ». Cette affirmation s'avère intéressante parce qu'elle engage autant les auditeurs que le communicateur dans la relation et le succès. Alors, merci à l'avance de votre participation. Une telle prémisse permet de faire en sorte que chacun se sente responsable diminuant d'autant le trac de la communication.

Les familles reconstituées

Faisons d'abord un petit historique maison de ce phénomène. De fait le phénomène n'est pas récent puisqu'il a toujours existé.

On retrouvait des familles reconstituées souvent à cause du décès d'un des membres du couple, donc le veuvage. Les résultats n'étaient pas nécessairement probant mais on en entendait moins parler,puisqu'il n'existait que peu ou pas de choix dans ces familles parce que c'était la soumission, la rue ou l'orphelinat. Donc le succès de la famille recomposée reposait en partie sur l'absence de choix.

D'ailleurs, plusieurs adultes que nous côtoyons se rappel les frasques de ces recompositions.Lorsque naissait un ou des enfants dans la reconstitution le traitement s'avérait différent pour les enfants de l'autre et les enfants du couple.

On associe famille recomposée à l'enfance, mais le phénomène existe également pour les enfants adolescents et les enfants jeunes adultes. S'il y a des embûches lorsque les enfants sont très jeunes il n'en va pas tout seul lorsque les enfants sont adolescents ou jeunes adultes. Certains comportements de l'enfance perdurent aux différentes étapes de la vie et sont source de conflits. Ainsi, les enfants adultes marquent de très sérieuses réserves allant jusqu'à l'opprobre lorsque le parent veut recomposer un couple. Même à l'âge jeune adulte les enfants agissent comme si le parent leur appartenait. Certaines personnes se comportent même comme les parents de leurs parents.

Les raisons de cette réaction sont différentes en apparences mais diffèrent-elles vraiment? Les jeunes adultes se voient voler leur place, l'intimité avec le parent, une certaine ascendance et de manière occulte, les biens matériels qui appartenaient aux deux parents et qui seront maintenant partagés avec le nouveau conjoint et sa progéniture sans doute. L'intrus est donc mal accueilli voire même rejeté. Ici nous parlons de gens ayant atteint un certain âge et qui en théorie ne dépendent pas du parent pour leur survie.

Plus couramment nous comprenons la famille recomposée comme celle qui a des enfants dépendants affectivement et matériellement du parent.

Nous tendons à assimiler tous les amalgames familles dans un seul vocable soit la famille recomposée. Cela semble apporter une simplification de la communication, mais j'ajouterai quelques nuances pour la compréhension parce qu'il y a différents types de recomposition et les dynamiques diffèrent.

Distinguons au moins trois types de familles recomposées.

Classiquement deux personnes qui ont des enfants et qui décident de former à nouveau un couple en cohabitant et en incluant les responsabilités parentales forment ce qui est convenu d'appeler une famille recomposée. En effet, recomposée comporte les éléments agencer, assembler, combiner. La problématique comprend principalement le partage de lieux communs et du parent.

Dans un deuxième temps, deux personnes ayant des enfants de part et d'autre reconstruiront une nouvelle famille en procréant un ou des enfants.

Je défini cette cellule comme une famille recréée puisque recréation comporte les éléments de reconstruction et la constitution de liens parentaux communs.

Ici la problématique du partage s'avère plus aiguë puisque en plus du partage, les nouveaux nés sont susceptibles de prendre une place prépondérante et d'engendrer des conflits inextricables. Il y a un demi-frère ou demi-soeur mais ils sont aussi les enfants des deux parents, cela confère un certain nombre de privilèges et donc des injustices réelles ou ressenties, ce qui dans la réalité de l'enfant est la même chose.

Il y a des familles qui conservent chacun leur lieu de résidence propre et qui partagent énormément de temps, de loisirs, d'activités et de biens matériels. M. Timmerman qualifie ces familles de « Conjugalité non cohabitante » pour la circonstance je les nomme des familles associées.

À priori cela peut paraître un futile exercice de sémantique, il ajoute de la précision au langage et donc à la compréhension. L'évolution de la famille nécessite l'utilisation de termes qui précisent sa composition sans devoir recourir à chaque fois à une tirade d'explication. D'ailleurs ne définit-on pas la communication comme « Un message dit et compris » alors se donner des mots devrait réduire les maux de la communication.

Du point de vue masculin la famille dite recomposée semble favorisée pour diverses raisons. Il semble que la solitude pèse plus à l'homme. Sa situation financière s'est souvent détériorée rapidement le laissant souvent à court. Il est rarement un cordon bleu donc le fast food tient lieu de fine cuisine très souvent. Il y a des hommes ordonnés mais l'expérience nous démontre que la présence féminine contribue à mieux soutenir la propension un peu surnaturelle de l'Homme à l'ordre.
Ainsi en est-il de la propreté, il est plus fréquent de voir chez l'homme la tendance à vouloir que les coins des pièces s'approchent de la balayeuse que l'inverse. Et n'oublions pas tout le bien être d'un corps chaud, pas uniquement au lit évidemment, mais au lit également. Ajoutons le sentiment si souvent galvauder l'amour!

(Serait-ce attirance? Serait-ce dépendance? Serait-ce gouvernance?)
Soyons beau joueur et considérons qu'il y a passion, complémentarité, et support à la réalisation. Évidemment, il y a amour sauf que ce n'est pas l'être idéal et parfait, quelques petites retouches ici et là et ce serait l'amour aveugle. Le bât blesse déjà ici puisque le désir de changer l'autre entraîne un conditionnel à aimer qui étiolera ce que l'on appel amour.

Une famille recomposée sur de telles assises risque de vaciller rapidement. En effet, on retient qu'il faut en moyenne 2 années avant que la blessure de la séparation se cicatrise et pourtant beaucoup de familles se recomposent à l'intérieure de cette période pas étonnant que l'on se heurte à quelques obstacles qui atteignent les bases même de cette nouvelle famille.

Les deux personnes composant le nouveau couple se sont fréquentées, elles se sont connues, elles ont apprises l'une de l'autre et découvert des complémentarités.

Alors pourquoi ne pas partager les coûts, les lieux, les transports et tutti quanti. Mais, voilà, du jour au lendemain l'enfant apprend qu'il doit déménager, quitter son milieu de vie, laisser ses amis, son école, partager sa chambre, son intimité, ses jouets, bousculer ses habitudes, perdre l'exclusivité du parent.

Nous savons que l'enfant porte toujours l'idéal d'être avec ses deux parents d'origines dites biologiques.

Ainsi, lorsqu'une nouvelle personne entre en relation avec l'un de ces parents, cette personne est perçue comme la responsable de l'échec du couple de parents et devient donc la cible à détruire. Ce qui ajoute à la frustration c'est que souvent la nouvelle partenaire prend la place de l'enfant: ex : auto assise en avant, à table, au jeu, au salon, au spectacle, dans la chambre à coucher à laquelle l'enfant n'accède plus avec la même liberté.

Il faut admettre que ces diverses embûches supportent assez mal la recomposition d'une famille. Selon Statistique Canada en 1990 plus de 11% des familles étaient des familles recomposées. Treize années plus tard et avec un accroissement vertigineux du tôt de séparation, le pourcentage dépasse certes les 25%.

D'autres obstacles se posent dans la recomposition de familles, ainsi les personnes recomposant une famille sont plus âgées, donc moins patientes, plus fatiguées, plus irascibles, donc moins résistants et moins disponibles. Très souvent, elles sont appauvris puisqu'il y a souvent une pension qui taxe l'un des parents voire même les deux. Même le vocabulaire fait défaut, il est rare que les enfants en arrivent rapidement à une appellation correcte de la nouvelle partenaire.

Maman n'est pas de mise, belle-mère est choquant, le prénom est trop familier au début de la relation.

Ainsi, la nouvelle partenaire devient l'autre et par extension les enfants deviennent donc les enfants de l'autre. Admettons que cette appellation comporte une certaine valeur péjorative et à la limite blessante parce que le statut d'étranger demeure permanent. En conséquence, cette seule situation s'avère éventuellement source de conflit voir même de rejet. Très souvent les enfants essaient d'aimer les enfants de l'autre parce qu'ils veulent plaire à leur parent mais surtout à l'autre parent et éviter la culpabilité d'une nouvelle séparation.

Comme nous l'avons vu plus tôt, l'enfant tient la nouvelle conjointe responsable du bris de la relation de ses parents et elle est la personne à abattre. Il y a ici une source de conflit interne chez l'enfant, vouloir à la fois plaire au nouveau parent et à la fois vouloir l'évincer. S'il n'y a pas de place pour exprimer ce conflit, il y aura dégénérescence de la relation et naissance de conflits répétitifs.

Alors, encore une fois le vocabulaire viendra jeter de l'huile chaude sur le feu. Les formules du genre « T'est même pas ma mère » ou « Occupe toi de ton gars » sont des signes avant coureurs du début de la fin. C'est une triste répétition d'un vieux film usé qui nous laisse sur de mauvais souvenirs et des réminiscences douloureuses, particulièrement si l'on ne s'est pas donné suffisamment de temps pour cicatriser ce bris affectif.

Rappelons-nous que ce qui a été dit du précédent conjoint menace le nouveau. Le nouveau parent également désir plaire et Il fait souvent preuve de trop de tolérance avec l'enfant de l'autre pour éviter les conflits. Il est enclin à exiger plus de ses propres enfants, à accepter moins et à traiter injustement ses enfants. Ce fonctionnement n'établit pas nécessairement une bonne relation avec les enfants de l'autre, mais en plus elle entraîne à coup sur un conflit avec tous les enfants, ce qui n'est certes pas un gage de réussite.

Un autre piège guette la famille recomposée. Souvent la relation s'établit sur une base fragile. Le nouveau conjoint à peur de perdre l'amour de l'enfant de l'autre ce qui se traduirait par la perte d'amour du nouveau conjoint. Encore ici le nouveau conjoint ne se respecte pas, il accepte, concède, subit et tolère. Admettons que cette approche n'est pas la meilleure au développement d'une relation saine et harmonieuse.

Lorsque le conflit éclate l'accumulation des frustrations est telle qu'il y a peu ou pas de communication possible. Ajoutons la perspective du parent qui fait preuve de laxisme vis à vis de ses propres enfants.

N'oubliions pas que l'échelle de valeur diffère presque à coup sur et que le dialogue sur les valeurs et l'omniprésence de l'ancien parent dans la vie des enfants s'avère source presque incontournable de conflit. Si les deux parents de l'enfant avaient eu un dialogue et une bonne communication, peut-être le couple existerait-il encore. Si ces deux qualités manquaient à l'époque, quel phénomène extra terrestre a permis ce changement radical en peu de temps.

Chacun sait qu'être parent n'est pas nécessairement facile. Les enfants ne viennent pas au monde avec un mode d'emploi standardisé qui de toute manière serait inadapté puisque chacun est différent. En plus, rares sont les gens qui utilisent les modes d'emploi à l'achat de n'importe quel produit, donc le mode d'emploi deviendrait de toute manière inutile. On fonctionne donc un peu tous par essais, erreurs. Imaginons un ou une célibataire qui entre dans une recomposition de famille avec adolescents.

Wow! Un parachutage en pleine guerre, en branle bat de combat, dans un tourbillon, dans la gang d'amis à la maison, dans le service de bonne d'enfants qui ne se ramassent pas, dans une relation affective qui n'a jamais été réussie antérieurement. Peut-on supputer les probabilités de réussite de ce nouveau couple en famille recomposée?

Ajoutons à ce tableau que lorsqu'il y a recomposition d'une famille et la cohabitation, il y a en théorie réduction de dépenses pour le payeur de pension. Ainsi, il y a une disponibilité supérieure de capitaux. Un tel état de fait entraîne souvent une requête pour révision de pension alimentaire. En émettant que la requête est refusée, il aura fallu se défendre et conséquemment investir pour les services d'un procureur ce qui représente souvent une rondelette somme qui taxera la vie de la nouvelle famille tout en suscitant une nouvelle source de conflit.

Faut-il s'étonner que le taux de réussite des familles recomposées est au maximum de 40% et certaines données plus récentes font états d'un taux de réussite inférieur à 25%. Source ANCQ.

Dans la famille recréée, les sources de conflits sont ceux déjà énoncés mais en plus il y a le nouvel enfant qui prendra plus de place, qui sera plus gâté, pour qui on sera plus attentif, dont on devra se préoccuper et même garder par obligation.

Mais par dessus tout il prendra le temps que le parent aurait peut-être pu consacrer à l'enfant. Retenons que l'enfant avait une forme de propriété du parent, principalement s'il a vécu seul avec lui pendant un certain temps.

La statistique est assez révélatrice, plus de 52% des couples qui recomposent une famille ont l'intention de procréer. Le capharnaüm engendré par un grand nombre d'enfants à appartenances et filiations diverses met à rude épreuve la famille recréée.

L'expérience, bien limitée, démontre que lorsque les enfants du premier lit sont très présents dans le milieu de la famille recréée, le taux de réussite est très peu élevé.

Ces familles vivent dans une forte proportion en union libre, se faisant, les diverses lois sont inapplicables et la pension alimentaire en cas de séparation ou divorce s'applique à l'enfant que s'il est expressément reconnuet en fonction des revenus disponibles après la pension à la première famille. Force est d'admettre que l'élan d'engagement masculin, qui selon certains est déjà limité, s'en voit à nouveau diminué.

Il y a finalement les familles associées. Ici les circonstances apparaissent plus favorables. Dans ce type de familles chacun demeure chez lui et il existe une certaine liberté de choix pour les enfants. Les milieux de vie sont respectés et le rapprochement se fait à un rythme qui tient compte du besoin d'apprivoisement et d'établissement de liens plus librement consentis. Le parent demeure plus disponible et l'intimité est respecté.

Il arrive qu'une telle approche amène la recomposition physique, or souvent les enfants ont atteint un certain âge permettant de libres décisions, la liberté d'engagement, et aussi celle du refus.

Il y a des éléments qui conditionnent la recomposition des familles. Ainsi, les bonnes séparations sont à la source de bonnes reconstitutions.

Un deuil dure en moyenne deux années et demie, toute reconstitution avant une telle période apparaît plus une compensation qu'une saine relation.

Il faut 5 à 6 mois d'observation et de respect mutuel avant que débute vraiment le plaisir avec l'enfant de l'autre.

Pour qu'il y est dialogue avec l'enfant il faut nommer le problème. Soit le nouveau conjoint dans le couple.

Il y a l'obligation de donner du temps aux premiers enfants, pour qu'ils se sentent encore aimés et importants.

Lorsque l'enfant se sent en sécurité relationnelle avec son parent, il s'ouvre plus facilement à l'autre.

Même si l'organisation matérielle est meilleure dans la recomposition, il est important que les nouveaux conjoints disent qu'ils s'aiment, il a là une preuve supplémentaire que ce n'était pas qu'un arrangement matériel.

La relation avec l'autre parent doit être maintenue et ce le plus sainement possible.


RePÈRE
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