![]() |
Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
|
Pensons famille |
Volume 15, numéro 75, décembre 2003 |
|
| Madame Isabelle Juneau Image
de la conférence Écouter Voir Mère adoptive Anciennement de Société Formons Une Famille |
| Salutations Ça me fait plaisir d'être ici ce matin, je remplace quelqu'un à pied levé, alors vous pourrez me poser des questions à la fin si je n'ai pas tout couvert. La Société Formons Une Famille J'étais effectivement au conseil d'administration de l'organisme Formons Une Famille pendant plusieurs années. J'ai quitté en juin 2000 ce qui fait que mes informations ne sont pas le plus à jour. Cet organisme est agréé par le Secrétariat à l'adoption internationale depuis 1991 pour être intermédiaire pour les adoptions internationales surtout en Chine, au Cambodge, aux Philippines, au Vietnam et à l'Île Dominique. C'est un organisme qui est très actif, qui a aidé des parents à réaliser un grand nombre d'adoptions. Pour les gens qui ne connaissent pas le fonctionnement de l'adoption internationale, on doit, en général, passer par un organisme agréé par le Secrétariat à l'adoption internationale pour pouvoir adopter à l'étranger. L'évaluation psychosociale On s'inscrit également au Centre jeunesse de sa région pour passer une évaluation psychosociale qui vous évalue et détermine si vous êtes apte à adopter à l'international. Tout comme un parent qui adopte au Québec, il faut passer par cette évaluation. Je me trompe peut-être mais je pense que l'évaluation psychosociale lorsqu'on adopte à l'étranger est peut-être plus simple, peut-être pas. Pour moi, l'évaluation psychosociale qu'on doit faire pour adopter à l'étranger est extrêmement importante. Lorsque j'ai commencé dans ce domaine-là, quand je me suis intéressée à l'adoption internationale, quand je me suis impliquée dans Formons Une Famille, il y avait plusieurs parents adoptants qui rouspétaient un peu contre ce processus d'évaluation psychosociale et qui disaient, quand on a un enfant biologique, on n'est pas évalué avant. Je pense que c'est peu de gens maintenant qui pensent comme ça. Je l'espère en tout cas, parce que ce n'est pas la même chose adopter un enfant. On adopte une personne qui a déjà vécu un abandon. Il faut être très conscient de ça. C'est ce à quoi l'évaluation psychosociale, qui dans mon cas a été extrêmement bien faite, permet de réfléchir. Ça permet d'être certain que c'est bien un projet qu'on veut faire, parce que, évidemment, ce n'est pas un projet qui dure un an ou deux mais toute une vie. Ça rompt totalement le lien de filiation original lorsqu'on adopte. L'enfant devient le nôtre pour toujours. La qualité de l'intervention du travailleur social ou du psychologue qui nous rencontre avant l'adoption est très importante. Les ateliers de formation Les organismes ont fait beaucoup de chemin par rapport à cette évaluation. J'ai quitté Formons une Famille en 2000 parce que j'avais quatre enfants assez jeunes et ça faisait plusieurs années que je m'impliquais. J'avais besoin de plus de temps. Lorsque j'ai quitté donc, j'étais très contente qu'un petit changement se soit produit, les gens étaient plus conscients des difficultés que pouvaient vivre les enfants qui étaient adoptés. On avait commencé à Formons Une Famille à offrir des ateliers de post adoption et c'est essentiel. Je pense qu'on devrait avoir des ateliers de pré-adoption. Une travailleuse sociale qui était membre de notre organisme, qui était bénévole, qui s'appelle Johanne Lemieux, vous avez entendu parler d'elle, a démarré beaucoup d'ateliers post adoption, elle a fait de la formation auprès des CLSC pour aider les travailleuses sociales dans ces CLSC à faire des rencontres avec des parents qui avaient adopté. À Montréal, ça se passe particulièrement au CLSC Saint-Louis-du-Parc et à un autre également dans l'ouest de l'île, Lac St-Louis. Les parents que je connais qui ont participé à ces ateliers ont été très satisfaits. Des projets de recherche J'étais très contente tantôt lorsque les gens se sont présentés, ici, ce matin, de voir qu'il y avait un projet de recherche qui se faisait sur l'adoption internationale. Lorsque j'ai adopté pour la première fois en 1991, j'en avais parlé a une psychologue que je connais bien à l'Université de Montréal qui avait fait des tentatives pour partir un projet de recherche, puis elle n'avait pas réussi à trouver les fonds. Je suis contente que finalement il se passe des choses dans ce domaine parce qu'il y a une clientèle très importante. Il y a un grand nombre d'enfants adoptés à l'international. Quand les organismes agréés ont commencé autour de 1990, il y eut une énorme augmentation des adoptions internationales. Maintenant, on parle de plusieurs centaines par année. Un nombre croissant d'adoptions à l'international Lorsque ma fille est entrée à l'école, elle est née à 1991, elles étaient deux dans une école de près de 300 personnes. Maintenant, dans le cas de ma plus jeune qui a six ans et qui a aussi été adoptée, elle ne sont plus deux, mais 25 dans l'école. C'est vraiment très, très, diffèrent. C'est une réalité à côté de laquelle on ne peut plus passer, surtout à Montréal, évidemment. Dans des petites villes dans la Beauce, n'importe où au Québec maintenant, ce n'est plus rare de voir des enfants qui viennent de l'étranger. Une expérience très positive Personnellement, mon expérience est très positive. Ça ne veut pas dire que je n'aurai pas de problèmes plus tard avec mes filles. J'ai un fils de16 ans qui n'est pas adopté. J'ai une fille de 12 ans qui vient de Chine et une autre de 10 ans qui est biologique. J'ai une autre fille de 6 ans qui vient de Chine. Ma fille qui a 12 ans a été adoptée à quatre mois en 1991. C'était assez nouveau. Après cela il y a un boum incroyable. Ma fille de 6 ans a été adoptée à l'age de 14 mois et on a vécu avec elle ce qu'on appelle les problèmes d'attachement, et j'ai été très contente de savoir ce que c'était. Certains problèmes Grâce à Johanne Lemieux, je savais ce qu'étaient les problèmes d'attachements, puis on a été capable d'y faire face.. C'était une enfant qui allait vers n'importe qui, tout le monde faisait l'affaire, particulièrement, les hommes. Elle allait dans les bras de tout le monde et ça a pris, je dirais pas loin d'un an, avant que son attachement devienne spécifique à ses parent. Je peux vous dire, que quand on sait ce que c'est, c'est un plus, mais aussi un léger stress. On avait bien hâte que l'attachement devienne spécifique et que le charme cesse parce qu'elle était toujours dans le charme Les gens trouvaient ça charmant, mais pas nous. Maintenant tout est rentré dans l'ordre. Mais ça a fait qu'après son arrivée, il n'était pas question que je retourne travailler. On a évité de l'envoyer à la garderie pendant un bout de temps pour que ça devienne vraiment une relation spécifique avec nous. Ça s'est replacé. Maintenant la plus vielle a 12 ans, elle n'a pas vécu ça, mais d'autres choses. Elle avait beaucoup d'insécurité. Par ailleurs, les deux enfants n'ont aucun problème d'apprentissage, et ce n'est pas toujours le cas. J'en connais vraiment beaucoup qui ont des problèmes majeurs d'apprentissage, des retards, mais je ne peux pas vous brosser un portrait scientifique. Je vous parle de mon expérience, ce n'est pas toujours parfait, c'est parfois ardu, c'est parfois difficile. Nous on considère qu'on est béni des dieux. On a quatre enfants en santé qui s'entendent très bien et qui vivent harmonieusement leurs différences. Certains facteurs de risque J'étais allée pour Formons une Famille il y a plusieurs années en Inde. On était agréé aussi pour ce pays, mais, finalement, on a arrêté, c'était trop difficile de travailler avec ce pays. Il y avait là un colloque international sur l'adoption. Il y avait un professeur qui venait de Hollande, et à son université, il y avait un centre sur l'adoption qui est très développé et ce professeur disait que parmi les facteurs de risque pour les enfants adoptés à l'international, il y avait le fait que les parents avaient un niveau d'instruction assez élevé qui faisait que ces gens avaient des attentes trop élevées pour les enfants, des gens plus âgés qui avaient leur premier enfant plus tard, ayant été en couple pendant longtemps sans enfants, et aussi le fait qu'il y a des enfants biologiques dans la famille. Il y a d'autres facteurs de risque mais c'est celui-là qui m'avait frappé, ce qui est un peu notre cas, il faut être conscient de ça. Les attentes ne doivent pas être prises à la légère, C'est pour ça que la formation des parents est très importante. Il y avait une vague dans les années 1990, c'était presque une mode d'adopter. Je ne dirais pas que les parents n'avaient pas de bonnes motivations. Mais ça se faisait un peu facilement, c'était trop facile d'adopter. C'est important que ça prenne un certain temps pour qu'on puisse être certain de ce qu'on veut faire et être conscient de ce qui peut arriver. On peut être confronté à des situations très difficiles, par exemple, un couple qui a un enfant qui éprouve de sérieuses difficultés d'apprentissage qui évolue dans une famille avec d'autres enfants qui fonctionnent extrêmement bien, c'est très difficile à vivre, c'est très souffrant pour des parents. De la même façon que c'est souffrant d'avoir des enfants qui ont des difficultés lorsqu'ils sont biologiques. Ce n'est pas diffèrent, mais il y a une espèce de côté inconnu qui est un peu plus apeurant dans le cas d'un enfant qui vient d'ailleurs. On ne sait pas ce que l'adolescence nous réserve, c'est toujours un petit peu ça la crainte. Jusqu'ici tout baigne mais toujours avec des questions qu'on peut se poser. Mais dans une famille comme la nôtre, on n'est pas toujours en train de parler d'adoption, en fait on en parle jamais. C'est tellement ancré dans notre vie, ce n'est pas un sujet de conversation, les enfants ne sont pas toujours en train de parler de ça. C'est certain, leur différence, je pense qu'entre eux les enfants ne la voient plus. À l'école, c'est pareil, ce n'est pas quelque chose qui est très marqué. Cependant des parents à l'école où vont mes enfants ont senti le besoin de faire une soirée à l'école sur les problèmes à l'école des enfants adoptés. J'étais assez surprise qu'ils ressentent ce besoin-là mais je pense pour eux c'était important que les professeurs soient conscients de certaines difficultés que peuvent avoir des enfants adoptés. Une difficulté qu'ils peuvent avoir aussi c'est qu'on mette trop d'importance là dessus, parce qu' il y a toutes sortes d'autres problèmes que vivent les enfants qui sont pas reliés au fait qu'ils soient adoptés. Enfin, je pense que ça répondait à un besoin pour ces parents-là. Les CLSC donnent des ateliers dans ce sens-là et ils font du bon travail à ce sujet. C'est très important. Comment ça se passe concrètement une adoption internationale? Quelles sont les étapes ? Je veux vous parler plutôt de la deuxième adoption, parce que la première c'était de l'aventure. Ça s'est fait assez rapidement, il n'y avait rien d'organisé. On a pris le train de Beijing à la ville de notre fille pendant 24 heures. Il fallait qu'on se débrouille totalement par nous-même. Maintenant, c'est totalement diffèrent, c'est hyper organisé de A à Z. Les gens qui veulent adopter en Chine magasinent les organismes. Ils appellent auprès des organismes, et s'ils ne connaissent personne, ils appellent le Secrétariat à l'adoption internationale pour savoir quel organisme s'occupe d'adoption, et à quel endroit. Ils prennent contact avec ces organismes, et participent à des sessions d'information pour voir s'ils sont à l'aise avec l'approche de l'organisme. S'ils le sont, ils signent un contrat avec l'organisme comme quoi ils vont adopter avec eux. Il y a certaines modalités, des frais d'inscription. Parallèlement à ça, ils passent une évaluation psychosociale, qu'ils doivent payer, auprès d'une travailleuse sociale ou d'un psychologue. Ils font ça parallèlement, ils montent leur dossier. Ça prend un certificat de naissance, un certificat de mariage. À peu près partout il faut être marié, dans plusieurs pays, les célibataires sont acceptés. Il y a certains pays qui ont des critères d'âge : il faut avoir au moins tel âge, pas plus de tel âge. Avec tous ces critères, on va à la Sûreté du Québec pour obtenir un certificat de bonne conduite comme quoi on n'a pas de dossier criminel. C'est beaucoup de papiers à remplir. Il faut aussi obtenir un visa pour se rendre dans certains pays.. Maintenant les organismes prennent en charge beaucoup de ces choses-là. C'est facile de remplir toute cette paperasse, ce n'est pas compliqué mais c'est très coûteux. Maintenant, je parle encore pour la Chine, quand on arrive là-bas, on est totalement pris en charge par un guide sur place qui parle français, qui vous amène à l'hôtel. L'hôtel est payé d'avance, il s'occupe du transport terrestre et par avion sur place en Chine. Il faut toujours aller à Beijing, parce qu'au retour, lorsqu'on a l'enfant qu'on va chercher dans sa ville, il faut repasser par Beijing pour avoir un visa de l'ambassade canadienne. Le guide s'occupe du transport par avion, d'obtenir le passeport chinois de l'enfant dans sa ville. Il nous ramène à Beijing où l'enfant doit passer un examen médical. Le médecin est approuvé par l'ambassade canadienne. Si tout va bien on repart presque le lendemain de l'obtention du visa. L'enfant nous est confié très rapidement quand on arrive dans la ville de l'enfant. Lors de notre première expérience, l'enfant ne nous était pas confiée le premier jour. On pouvait rester dans l'orphelinat puis la prendre dans nos bras pendant une heure ou deux, tous les jours, et puis après cinq jours, on pouvait quitter avec l'enfant. Maintenant, c'est un peu plus brutal pour l'enfant parce qu'elle nous voit, elle nous est remise, les papiers sont signés, puis ça y est. Le choc est assez brutal surtout si l'enfant est plus âgé. Ça se fait tout d'un coup, on retourne avec l'enfant. Pour nous, à la deuxième adoption, on a vécu un stress parce que notre fille devrait avoir un visa de l'ambassade américaine, parce qu'au retour on faisait un transit par les États-Unis. Et même si on était deux heures à l'aéroport, ça prenait un visa et on avait une journée pour l'avoir. On a beau dire que c'est possible, on n'y croyait pas. On l'a eu, mais il a fallu qu'on joue du coude à l'ambassade américaine où il y avait une foule incroyable dehors qui attendait l'ouverture. Puis évidemment, quand ils voient des occidentaux, ça va un peu plus vite, et ils nous ont pris en charge. On a eu notre visa pour elle et ça s'est bien passé. Mais les enfants de ce voyage-là avaient tous des problèmes de santé pas majeurs à ce moment-là, mais quand même. Ce qui fait que jusqu'au départ on ne savait pas si on pouvait partir. Certains des enfants faisaient de l'asthme avancé, des bronchiolites et puis le départ a failli être retardé pour certains. Finalement, ça s'est bien passé Les problèmes de santé sont assez fréquents à différents degrés. Dans notre groupe, il y avait sept enfants : six de ses enfants avaient des bronchiolites qui se sont guéries assez bien. Il y en a pour qui c'est plus grave. Je connais des cas d'enfants porteurs d'hépatite B. Ça ne semblait pas être le cas, ça se manifeste après. Les problèmes de santé existent, il ne faut pas les minimiser, il n'y a aucune garantie là dessus. C'est quant même assez fréquent, sans être toujours dramatique, mais il y en a toujours. Qui choisit les enfants là bas? Les enfants sont placés dans des orphelinats. Vous connaissez tous en Chine la politique un enfant par famille qui s'est adoucie depuis. Les enfants ne sont pas placés pour l'adoption, ils sont abandonnés et recueillis dans les orphelinats. C'est centralisé à Beijing qui fait les offres, les propositions d'adoption aux différents pays, aux organismes. On reçoit ici des propositions d'adoption, et les parents doivent répondre très rapidement s'ils acceptent ou non la proposition d'adoption. C'est comme ça que ça fonctionne. Dans d'autres pays, c'est différent, je vous parle de la Chine. La première fois qu'on a adopté, comme c'était plus nouveau, il y avait un côté plus humain. On nous avait dit à l'orphelinat, ça nous avait fait bien rire, qu'ils avaient choisi les parents d'après les photos des parents, qu'ils avaient essayé de jumeler, évidemment les ressemblances sont assez éloignées. Ils apparentaient un peu les enfants avec les parents. C'est qu'ils nous ont dit la première fois. Maintenant, depuis plusieurs années en Chine, on ne peut pas aller dans les orphelinats. Alors, on n'a pas ce contact privilégié parce que la première fois c'était vraiment chaleureux notre contact avec ce qu'on appelle les nounous, ce qui nous permettait d'avoir des renseignements sur les enfants, ce qui était assez important. Des gens avec lesquels nous étions, s'étaient fait dire que leur petite suçait toujours un morceau de tissu. C'était vraiment très, très précieux pour eux de savoir ça. Ça sécurisait beaucoup l'enfant. Ils lui ont donné une petite débarbouillette, elle avait toujours ça pendant les quatre années suivantes. Alors que la deuxième fois, on avait très peu de renseignements, plus sur l'alimentation, mais très, très peu de renseignements. Quand on adopte un enfant de quatorze mois, c'est un peu difficile de ne pas savoir beaucoup. On arrache un enfant à un milieu tout d'un coup, du jour au lendemain, ce n'est plus les mêmes odeurs, ce n'est plus les mêmes sons, ce n'est plus la même langue. C'est assez brutal. S'il y avait quelque chose à améliorer, pour moi ça serait vraiment ça, que là-bas, mais c'est difficile, on ne peut pas dire à la Chine : faites ça autrement. C'est difficile d'intervenir. Puis il y a des progrès qui ont déjà été faits. Mais je pense que c'est un peu dommage, ce côté qui est tellement brutal. Des fois, les enfants sont placés, en Chine, dans des petites familles d'accueil. Là aussi le changement est assez brutal, quand ils ont eu une relation, un à un. Ils ont été abandonnés une première fois, ensuite une relation un à un, ensuite, ils sont envoyés à l'autre bout du monde ça fait beaucoup. Merci. |
| Société Formons
Une Famille 2120 rue Sherbrooke Est, Suite 901 Montréa (Québec) H2K 1C3 |
Montréal
|
Québec |
| pages.infinit.net/sfuf/index.html | ||
| Retour à la table des matières | ||