Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 15, numéro 75, décembre 2003

     
Monsieur Jacques Robert  Image de la conférence   Écouter   Voir 
Directeur
Direction des politiques et programmes d’intégration
Ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration

La politique d'immigration du Québec

Mme Madeleine Gagné, sous-ministre adjointe à l'Intégration et à la Régionalisation, n'est pas en mesure d'être parmi vous ce matin. Elle s'en excuse. Elle m'a demandé de la remplacer et c'est avec plaisir que j'ai accepté de vous livrer l'allocution qui a été spécialement préparée pour l'occasion.

Je veux d'abord remercier les organisateurs de cette rencontre de nous avoir offert la possibilité de partager avec vous quelques réflexions sur la politique d'immigration gouvernementale et plus particulièrement, sur son rôle face au choc démographique que le Québec s'apprête à vivre.

Comme vous le savez tous, l'évolution démographique du Québec est caractérisée, depuis 30 ans, par un fléchissement de la natalité. Ainsi, alors que le Québec avait connu annuellement plus de 140 000 naissances pendant la seconde moitié des années 1950, leur nombre devenait inférieur à 100 000 à la fin des années 1970, pour passer sous la barre des 75 000 en 1999.

Le maintien de cette tendance a pour effet de provoquer un vieillissement accéléré de la population. Comme l'indique le document de consultation publique dévoilé cet automne par le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, M. Claude Béchard, le Québec est une des sociétés, dans le monde, où la population vieillit le plus rapidement. Alors qu'en 1971, 57 % de la population québécoise avait moins de 30 ans et que 6,9 % de cette population était âgée de 65 ans et plus, en 2001, la proportion des moins de 30 ans a reculé à 38 % et celle des plus de 65 ans s'établit à plus de 13 %. C'est tout un changement!

Cette situation nécessite que la société s'ajuste et s'adapte. En effet, selon les prévisions d'Emploi-Québec, plus de la moitié des 640 000 emplois à pourvoir pour les années 2002-2006 résulteront de départs à la retraite.

La bonne nouvelle, c'est que les jeunes devraient rencontrer beaucoup moins de difficultés à se trouver un emploi que la génération qui les a précédés. Toutefois, ils ne seront vraisemblablement pas en nombre suffisant pour combler tous ces postes, de sorte que des raretés importantes de main-d'oeuvre se profilent à l'horizon, dans tous les secteurs d'activités et dans toutes les régions, raretés qui devraient évidemment s'amplifier au fur et à mesure qu'on se rapprochera du début du déclin de la population en âge de travailler.

Mais je veux en venir à mon propos principal : quel rôle peut jouer l'immigration dans cette dynamique démographique? On peut en identifier deux.

Premièrement, l'immigration, par un apport immédiat de personnes, peut retarder l'avènement de la décroissance de la population. En 2001, le solde migratoire net, qui tient compte tant des mouvements internationaux que des mouvements interprovinciaux de personnes, a été supérieur à l'accroissement naturel de la population, pour la première fois de l'histoire.

On assiste probablement là au début d'une nouvelle tendance : les déplacements de personnes vers le Québec contribuent davantage à l'accroissement de la population que les naissances.

Deuxièmement, l'immigration constitue un apport de jeunes femmes et de jeunes hommes parce que le Québec favorise la venue de personnes jeunes et actives.

Évidemment, l'apport démographique de l'immigration n'a de sens que si les nouveaux arrivants réussissent leur établissement au Québec. Or, depuis quelques mois, plusieurs statistiques publiées montrent que les nouveaux immigrants récemment arrivés connaissent plus de difficultés à se trouver des emplois, que les emplois trouvés ne correspondent pas toujours à leurs qualifications et, qu'en conséquence, leurs revenus n'augmentent pas aussi rapidement que ceux des personnes qui les ont précédés.

Je constate également que les personnes issues de minorités visibles, à qualifications égales, ont un taux de chômage plus élevé que celui de la population dans son ensemble.

Pourtant, les immigrants ont un rôle à jouer dans le développement économique de toutes les régions du Québec. Nous avons tous – la société d'accueil, les nouveaux arrivants, les différents paliers de gouvernements, les organismes non-gouvernementaux, les employeurs, les institutions et les citoyens – la responsabilité d'identifier les pistes d'action les plus aptes à favoriser une contribution accrue de l'immigration à l'atteinte des objectifs de développement démographique et économique du Québec.

La ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Mme Michelle Courchesne a donc pris le parti de s'attaquer résolument à cette problématique. Elle entend agir sur deux fronts :

Je voudrais également vous entretenir quelques instants sur la régionalisation de l'immigration.

À ce jour, malgré une légère progression du mouvement, les résultats concernant l'attraction d'immigrants dans la Capitale-Nationale et les différentes régions du Québec sont en deçà des objectifs. Il est clair qu'il faut poser le bon diagnostic; en questionnant nos façons de faire, en réexaminant la capacité d'accueil des régions et en repensant le rôle comme l'action des principaux acteurs régionaux.

Il faut surtout lever des obstacles pour créer de meilleures conditions d'intégration économique des immigrants dans toutes les régions. Parmi les mesures sur lesquelles nous devons nous pencher pour faciliter l'intégration des immigrants à notre vie économique, soulignons la nécessité :

Il faut encourager le débat public autour de l'évolution démographique et des besoins en main-d'oeuvre et faire la promotion de l'immigration comme une des solutions aux problèmes soulevés par la dynamique démographique dans toutes les régions du Québec.

Nous devons aussi intervenir auprès de la population pour lui faire connaître les réussites et l'apport économique et social des immigrants qui s'établissent parmi nous.

La ministre, Mme Courchesne, invite tous et chacun à mettre l'épaule à la roue, à une forte concertation de la part du plus large éventail possible d'intervenants. Des efforts communs sont essentiels.

L'avenir est à l'ouverture sur le monde et à la diversité des populations. Jamais dans l'histoire n'y a-t-il eu autant de gens demeurant et travaillant dans un pays autre que celui où ils sont nés. Cette réalité, qui permet aux sociétés dynamiques d'attirer des individus de partout pour contribuer à leur essor, va bien au-delà de ce qu'on appelle la régionalisation de l'immigration... elle est notre avenir et elle se construit dès aujourd'hui.

2003-12-17


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