Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 15, numéro 76, mai 2004

     
Monsieur Vincent Auclair  Image de la conférence  Écouter  Voir
Député de Vimont - Parti libéral du Québec - PLQ
Adjoint parlementaire
de M. Claude Béchard Ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille

vauclair@assnat.qc.ca   

La subsidiarité : le rôle de l'État

Conférence de M. Vincent Auclair
au Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec
le 17 janvier 2004
(Texte rédigé à partir des enregistrements réalisés)

Salutations et présentation

Je me présente. Je suis Vincent Auclair, député de Vimont, également, adjoint parlementaire à Monsieur Claude Béchard, ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille.

Avant de faire de la politique, j'ai été impliqué au niveau communautaire. Durant huit ans. j'ai été président du Centre de bénévolat de Laval, un organisme communautaire qui touchait à la lutte à la pauvreté, aux banques alimentaires, aux déjeuners dans les écoles. Nous avons fait des transports d'accompagnement, des gardiennage-répit, et de l'information dans le milieu des bénévoles. Une partie de mon bagage de vie vient de là.

Aujourd'hui, je suis bien heureux d'avoir reçu l'invitation du Regroupement, au nom de mon parti et en mon nom personnel, pour venir vous présenter la vision du Parti libéral du Québec et du gouvernement sur la subsidiarité de l'État.

La subsidiarité et le rôle de l'État

J'ai aimé la définition que vous en donnez. Il faut voir le rôle de l'État par apport à l'interventionnisme qu'il doit jouer, dans sa présence pour intervenir justement au niveau de la famille, au niveau de la lutte à la pauvreté et au niveau de tous les engagement sociaux.

Donc, la question est : comment l'État doit-il être présent et comment doit-il diriger? L'État ne peut pas faire tout seul et ne doit pas intervenir à un point tel que ça va nuire au développement. L'État doit donner des grandes lignes. Il doit encourager, il doit stimuler, il doit être présent dans les projets pour mener au mieux-être de la population.

Lorsqu'on s'arrête au rôle de l'État, je peux vous dire, - qu'après tout ce qu'on a entendu et lu, qu'avec tous les gestes qu'on a posés, que ce soit au niveau des régies régionales ou au niveau des régions, - que lorsqu'on a décidé de remettre entre les mains des régions leur gestion en créant les CRE, on a décidé, comme gouvernement, de faire confiance au milieu.

Faire confiance au milieu vient confirmer le rôle des intervenants sociaux et des organismes communautaires.

Le fait de vouloir faire des changements aux Régies régionales a amené beaucoup de personnes et d'organismes communautaires, à être inquiets parce qu'ils considéraient qu'ils perdraient du financement, qu'ils se trouveraient du jour au lendemain sans soutien. Ce qui est totalement faux.

On ne peut pas, nous, comme État, rendre tous les services à la population. Il faut bien être conscient de ça. L'État ne peut pas intervenir dans tout, l'État n'a pas les moyens d'intervenir dans tout. Avoir tous les moyens, il n'y aurait plus de misère, ni de pauvreté. Tout le monde aurait un logement, tout le monde aurait des services adéquats. On tend vers ça, on veut arriver à ça. Mais il y a des priorités. Il faut faire en sorte qu'on va justement maximiser les services pour les besoins de la population. Donc, comment doit-on le faire ?

La modernisation de l'État

On a décidé de s'attaquer à la modernisation de l'État. Moderniser l'État ne veut pas dire éliminer tout ce que sont nos acquis. C'est bien clair, on va pas éliminer ce qui fait le Québec d'aujourd'hui.

Mais, il y a des choses qu'il faut revoir. Il faut revoir le fonctionnement de la machine gouvernementale. Pourquoi? Pour se donner des outils, se donner des moyens.

Au Québec, il y a 40 % de la population qui ne payent pas d'impôts. On ne s'en vante pas, c'est une réalité. Quand les personnes ne payent pas d'impôts, c'est qu'elles n'en ont pas les moyens. Elles n'ont pas la capacité d'en payer. Elles n'ont pas le revenu nécessaire ou assez élevé pour payer de l'impôt. Il faut aller plus loin dans ce constat. Ça veut dire quoi ? Ce sont des gens qui, dans la dure réalité, n'ont pas le logement adéquat, ne mangent pas à leur faim. Ils vivent des situations difficiles.

Des gestes à poser

Quels sont les gestes à poser ? Quels sont les gestes que, comme État, comme gouvernement, on doit poser? On doit se donner des outils. On s'est déjà entendu, avec le gouvernement antérieur, sur la loi à la lutte à la pauvreté. On s'est entendu sur un barème plancher.

Il y a beaucoup de personnes qui nous posent des questions sur le barème plancher. Les gens disent : Vous vous êtes déjà entendus avec l'ancien gouvernement, ça fait déjà plus d'un an que vous en parlez de la lutte à la pauvreté, comment ça se fait que vous n'avez pas encore déposé le projet de Loi ?

Je dois être honnête avec vous. On a regardé, on a étudié beaucoup, on s'est fié à ce qui s'était fait dans le passé et qui n'est pas négatif. Il y a des bonnes choses mais qu'il faut revoir dans la réalité du nouveau gouvernement.

La lutte à la pauvreté

La Loi sur la lutte à la pauvreté va être déposée très bientôt. Monsieur Claude Béchard, qui était ici parmi vous récemment, aurait préféré la déposer plus rapidement. Certaines réalités financières de l'État, vous en avez entendu parler, ont fait en sorte que les outils qu'il aimerait avoir ne sont pas tous pas au rendez-vous, malheureusement. Il doit, avec un consensus global, vous déposer un plan très bientôt. J'ose espérer que M. Béchard va être capable de le déposer dans les prochains mois. C'est un plan ambitieux. Ce n'est pas juste une question de donner des moyens économiques à la population qui en a besoin. Ce n'est pas juste ça, parce que la pauvreté n'est pas juste une question économique. Ça en fait partie. Ça touche beaucoup d'autres secteurs : l'éducation, l'insertion sociale, le logement social qui est une priorité, tous les volets de la santé.

L'intergénération

Il y a aussi le volet de l'intergénération qui devient très important. Les retraites qui s'en viennent. On a parlé beaucoup des baby boomer qui allaient prendre leur retraite dans un avenir prochain. D'ici 10 ans, une masse importante de personnes vont prendre leur retraite. C'est un constat qui donne une lueur très positive aux jeunes, aux gens qui sont à la recherche d'emploi et qui veulent prendre leur place dans la société. Vous êtes des organismes communautaires, vous intervenez dans le quotidien de ces gens, vous voyez leur détresse, vous avez connaissance aussi de leur rêve.

Cependant si le gouvernement doit poser un geste pour encourager les gens à rester au travail plus longtemps, c'est un constat important On veut leur en donner les moyens et ces gens-là vont se retrouver avec des outils, des possibilités. Mais, il faut cordonner cette réalité avec celle des jeunes et des sans emploi.

La politique familiale et les garderies

Il y a bien sûr le dépôt de la loi pour la lutte à la pauvreté, mais aussi le dépôt de la politique familiale qui s'en vient. Monsieur Béchard l'a dit, la politique familiale, qui devrait être déposée au mois d'octobre, au début de l'automne, va donner des grandes lignes et dire de quelles façons on va encourager et soutenir la réalité familiale du Québec. On a déjà posé des gestes concrets dans le domaine des garderies. On a développé et on continue à développer les places en garderies. On continue à croire aux garderies parce que tout le système des garderies, autant les CPE, que les garderies privées, que les garderies en milieu familial, sont des noyaux importants.

Je pense que personne ne peut remettre en cause la nécessité des garderies au Québec et leur qualité. Et surtout la chance égale qu'amènent nos garderies pour nos enfants. La réalité d'avoir des places en garderies, donne aux enfants de tous les paliers économiques des possibilités. C'était très important et on va continuer à soutenir ça.

C'est vrai qu'on le soutient d'une autre façon, c'est vrai qu'on va permettre le développement des garderies privées. Mais on a également, - dans un mouvement pour s'assurer d'avoir des soins et des services de qualité, - augmenté aussi la norme au niveau des garderies privées pour qu'elles se retrouvent avec le même ratio d'éducation et de techniciennes de qualité pour donner des services aux enfants. Ainsi, on a la possibilité de développer plus rapidement le nombre de places en garderies.

On s'est arrêté aussi au fait que beaucoup de personnes qui n'ont pas de places en garderies pour leurs enfants. Malheureusement, il y a encore pas loin de 30 000 enfants qui n'ont pas leur place en garderie. Les parents de ces enfants se retrouvent à payer des frais importants, beaucoup plus que les 7,00 $ qui sont aujourd'hui les frais de garderie. Ces parents payent de 25,00 $ à 30,00 $ par jour pour des places en garderie. Il faut faire quelque chose pour eux.

Il faut également donner plus de possibilités pour les enfants des milieux moins favorisés qui continuent à avoir des places en garderies, que ce soit gratuitement pour 21 heures et demie par semaine, ou pourraient payer un tarif moyen selon leur réalité familiale. Voilà donc, le volet garderies.

La politique familiale va aller aussi en appui pour l'insertion sociale de toutes les communautés du Québec. Le Québec est riche de ses communautés, de toutes nationalités, de toutes provenances. Il faut penser à nos communautés culturelles. Il faut insérer socialement tous les Québécois. Il faut se rappeler que toute personne qui demeure au Québec est québécoise. On se vante d'ouverture, d'avoir les bras ouverts à nos communautés culturelles. Il faut leur donner des outils pour qu'elles soient capables de se réaliser et de s'adapter à la réalité québécoise.

Il faut s'enrichir de cette réalité-là.

Les grands-parents

On va également faire aussi beaucoup plus de place pour les grands-parents. Les grands-parents au Québec, qui sont des joueurs très importants, et qui sont en santé, n'ont malheureusement pas toujours tous les moyens économiques pour avoir un niveau de vie important.

On va favoriser ce qu'on appelle les maisons intergénération qui vont permettre de bénéficier de certains avantages. Souvent dans le passé, les familles se regroupaient en accueillant les grands-parents pour vivre avec eux. On va donner des outils à la population québécoise pour favoriser ce type de maisons. Quand les gens vont les désirer, c'est une question de choix, il faut leur en donner les moyens. On continue dans cette orientation.

La réalité des familles au Québec

On va également encourager et reconnaître la réalité diverse des familles du Québec qui ne sont plus toutes des familles traditionnelles “ papa, maman et les enfants ”. Il y a des familles monoparentales, des familles recomposées, des familles homoparentales. Ce sont des réalités qu'on doit adopter. L'État doit s'adapter à la réalité du Québec moderne. On va poser plusieurs gestes. On va également développer le volet de l'habitation. Il y a eu un certain réajustement au niveau des habitations à loyer modique. On va continuer à développer, on va réinvestir dans ce développement parce que c'est une réalité. Si on donne à ces gens les moyens de se loger adéquatement et de façon respectable, ils vont pouvoir après ça mettre l'emphase sur d'autres volets de leur vie.

Le travail

Dans le domaine du travail, on a également beaucoup de travail à faire ! On a mis en place, “ Place à l'emploi ” qui est une réalité importante. “ Place à l'emploi ” est un outil qui va permettre aux personnes jeunes de s'intégrer au milieu du travail. J'ai fait la tournée, hier, des Centres locaux d'emploi CLE de Lanaudière. J'en ai visité quatre.

Les gens nous disent tous qu'il faut s'attaquer à la pauvreté. Une façon de s'attaquer à la pauvreté, c'est de donner l'habitude, le goût du travail aux gens. C'est facile pour ceux qui se lèvent tous les matins de travailler, c'est un réflexe. Mais pour des personnes qui, pour des raisons d'éducation, des raisons de santé, des raisons familiales, n'ont pas connu cette stimulation, ça demande plus d'effort pour se lever le matin et ça leur demande plus d'énergie et ça demande beaucoup de compréhension de la part du milieu pour les insérer.

Les organismes communautaires connaissent bien ce que veut dire l'insertion sociale. Vous avez dans vos organismes des personnes qui ont des bagages importants de vécu. Vous travaillez avec eux pour lentement les insérer dans la société. Ça prend quand même des moyens, des outils. Ce sont là des outils qu'on est en train de se donner pour justement favoriser l'insertion le plus tôt possible dans sa vie, d'un jeune de 18 ans, même de 16 ans, qui quitte littéralement toute la réalité de l'éducation, se trouve dans un milieu, sans emploi, sans travail. Il ne développe plus le réflexe de se lever. Il faut le stimuler. “ Place à l'emploi ” a ce mandat pour le prendre en charge le plus tôt possible, pour le stimuler afin qu'il contribue au Québec de demain.

Le Québec de l'avenir, c'est d'ici 2006. On parle de 644 000 emplois disponibles au Québec. Ce sont des besoins immédiats, des possibilités pour les jeunes et pour la population, mais aussi des besoins pour l'économie. On a beau dire qu'on ne devrait pas parler d'économie en milieu social, ce n'est pas vrai, c'est un tout. Si l'économie va bien, si les gens travaillent, si les gens gagnent de bons revenus, ils vont pouvoir se développer et donc enrichir tout le reste de la population. On a un système social qui permet justement à ceux qui en ont plus de favoriser le développement de ceux qui gagnent moins. Et c'est parfait comme système, il ne faut pas aller contre cette réalité. C'est une réalité qu'on vit bien au Québec. On a quand même un niveau de vie et une réalité sociale intéressante au Québec qui se sont développés justement grâce à ça.

La santé

On a investi beaucoup au Québec dans la santé. Et pas seulement comme gouvernement. On investit beaucoup dans la santé : ce sont nos gens, c'est notre population. On le fait et on va continuer à le faire, parce que, nous, on le croit, la priorité c'est la santé. Mais il y a aussi une façon de refaire les choses. On ne peut pas maintenir le système tel quel. La preuve même, ce matin, un article du Devoir disait que les hôpitaux, les centre hospitaliers qui ont réussi à se démarquer, à faire face aux besoins croissants de la population, ce sont ceux qui ont revu leur façon de d'intervenir auprès de la population, qui ont revu leur façon de travailler à l'interne. On croit à cette façon de revoir les choses. Peut-être qu'il faut revoir la question du dialogue. Maintenir les dialogues, c'est certain qu'il faut maintenir le dialogue avec vous, être à votre écoute pour continuer ce développement.

Les organismes communautaires

L'État va être là pour vous soutenir, pour vous donner les grandes lignes, c'est notre rôle comme gouvernement. On n'ira pas intervenir pour vous. On n'ira pas intervenir pour prendre votre place, ce n'est pas notre le rôle. On n'a pas l'intention non plus de faire de vous, qui travaillez dans les organismes communautaires, “ des employés de l'État ”. Vous avez cru dans vos milieux, vous vous êtes développés, vous avez répondu aux besoins. Vous vous adaptez très rapidement à la réalité des besoins de la population parce que, justement, vous n'étiez pas pris avec des normes à n'en plus finir. Et c'est cela notre rôle : éliminer ce qui est trop normatif pour permettre à la communauté de vous aider.

Des budgets sont dévolus aux organismes communautaires. La seule chose qu'on demande aux organismes communautaires, - la grande majorité des organismes communautaires que j'ai rencontrés sont d'accord avec ce fait, - c'est une reddition de compte. Un compte-rendu du travail qui est fait selon les investissements consentis de part et d'autre. De toute façon, ils le font quand ils déposent leurs demandes, présentent leurs budgets et font le bilan de leurs interventions.

Dans la meilleure réalité, on pourrait aller encore plus de l'avant et soutenir encore plus les organismes communautaires, si on avait plus de moyens, on ne peut pas se le cacher. Il y a toujours des besoins, il va toujours y en avoir. Ce n'est pas un constant négatif, c'est une réalité. S'il n'y avait plus de besoins, il n'y aurait plus d'organismes. Vous n'interviendriez plus comme organismes communautaires. Il n'y aurait plus de pauvreté.

Conclusion

En bout de ligne, je crois, formellement, et le parti que je représente, et Monsieur Béchard le croient aussi, que le rôle de l'État est surtout d'apporter un appui et de donner des grandes lignes. Mais, si on veut atteindre les objectifs, c'est avec vous qu'on va le faire. Ce n'est pas en dictant les choses, mais c'est en vous appuyant dans vos démarches.

Ce sont celles d'aujourd'hui, donc des démarches de qualité.

Merci beaucoup.


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