Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 15, numéro 76, mai 2004

     
Éditorial

Monsieur le Ministre (Quatrième lettre)

Montréal, le 31 mai 2004

Monsieur Claude Béchard
Ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille
425, rue Saint-Amable, 4e étage
Québec (Québec) G1R 4Z1

   Monsieur le Ministre,

   Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec, selon son habitude, profite de l'éditorial de son bulletin Pensons famille pour vous écrire et partager avec vous ses réflexions et ses préoccupations sur la politique familiale au Québec.

   Vous êtes donc le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille depuis tout au plus d'un an.

   C'est court dans la vie d'un Gouvernement ou d'un Ministre, mais en toute franchise, nous vous livrons nos commentaires.

   Lors de la formation du nouveau gouvernement nous avions signalé au Premier ministre, M. Jean Charest, ainsi qu'à vous- même, notre désappointement et notre crainte devant la réorganisation de la structure gouvernementale qui nous privait d'un Ministère d'État à la Famille à l'Enfance pour celui d'un Ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille et qui délestait à une Ministre déléguée à la Santé toute cette partie essentielle de la famille que l'on nomme les aînés.

   Nous croyons, toujours et encore, que les aînés devraient être la responsabilité formelle du ministre de la Famille.

   Quant à joindre les responsabilités de la Solidarité sociale et de la Famille, nous reconnaissons d'emblée que cela vaut mieux que ce soit sous la responsabilité d'un même ministre que de deux ministres différents. Il y a là une connaturalité qui convient.

   Et si l'adjonction de l'Emploi à la Famille favorise la conciliation « famille-travail », alors nous sommes d'accord.

   Établissons, d'abord, quelques principes qui s'imposent, ensuite nous vous dirons nos commentaires.

   Il faut toujours se rappeler les quatre grandes caractéristiques d'une politique familiale globale :

* l'autonomie : la politique familiale est autonome, elle n'est le volet d'aucune autre mission de l'État;

* l'horizontalité : la politique familiale est horizontale, elle englobe toutes les missions de l'État;

* la verticalité : la politique familiale est verticale, elle comprend tous les âges de la famille;

* la subsidiarité : la politique familiale est subsidiaire, elle vient en soutien aux parents et aux familles, elle ne les remplace pas.

   Voilà pour les caractéristiques.

   Voyons maintenant les objets d'application de la politique familiale : elle ne saurait s'écarter des besoins primaires et essentiels des humains :

- la nutrition; - le vêtement; - le logement; - la santé; - l'éducation; - le travail.

   À cet effet, il faut toujours se poser les bonnes questions de base.

   Les femmes enceintes se nourrissent-elles convenablement? Les enfants arrivent-ils en classe le ventre vide? Les aînés sont-ils sous-alimentés? Avons-nous réalisé le tonnage exceptionnel des banques alimentaires? C'est sûrement le signe d'une solidarité exemplaire, mais c'est aussi un symptôme effarant! Pourquoi y a-t-il tant de friperies populaires? Qu'en est-il du logement des familles? Les familles prennent-elles en main leur santé? Les familles favorisent-elles les études et ont-elles les conditions nécessaires pour les favoriser? La dignité des familles est-elle mise à rude épreuve par le manque d'emploi?

   On ne peut faire une politique familiale sans répondre à toutes ces questions!

   Toute politique familiale, et tout gouvernement qui croit que la famille est la base de la société, devra faire en sorte que la famille, les familles, jouissent de conditions et de ressources convenables pour se constituer, grandir et se reproduire.

   D'où, comme préalable, une politique de la population dans ses trois composantes : la natalité, l'adoption et l'immigration.

   Cependant, M. le Ministre, nous vous savons gré de belles et bonnes réalisations depuis cette année où vous êtes en responsabilités.  Nous vous disons que vous êtes en bon chemin et nous voulons nous associer à vous pour une continuation soutenue.

   Citons quelques contentements.

   La nouvelle fiscalité des familles telle que définie par le Budget Séguin, le nouveau Soutien aux enfants, la complétion du réseau de services de garde éducatifs de qualité, le continuum de services en faveur des jeunes, la mesure pour combattre l'exclusion sociale des aînés, l'aide pour le logement des familles, le Plan d'action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion, le devancement d'un an au 1er avril 2004 de la reconnaissance et du financement des organismes communautaires famille, l'entente sur les congés parentaux, l'annonce du Document de consultation sur la conciliation travail-famille.

   Encore, faut-il que les gains faits dans certains domaines ne soient pas effacés par d'autres mesures comme l'augmentation des frais de garde à 7$!

   Nous vous citons, M. le Ministre:

   « L'intervention auprès des familles est au coeur de l'action gouvernementale, afin que les familles puissent mieux réaliser leurs désirs d'enfants, soient mieux soutenues et puissent concilier les exigences du travail et celles de la famille. En matière de prévention de la pauvreté, une action intégrée auprès des jeunes en situation de pauvreté et de leur famille s'appuie sur des partenariats novateurs et une vision globale des besoins des familles. La famille est la cellule de base du développement des personnes et des collectivités, donc du développement social. » - Concilier liberté et justice sociale : un défi pour l'avenir, Plan d'action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion - Gouvernement du Québec, Ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Avril 2004, page 17.

   Nous vous croyons, M. le Ministre, et nous vous aiderons à nous aider!

Le Président
Richard Sarrasin, t.s.
Membre du Conseil des aînés

Le Directeur général
Yves Lajoie

 
Retour à la table des matières