Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 16, numéro 77, septembre 2004

     
Éditorial

Monsieur le Ministre (Cinquième lettre)

Montréal, le 30 septembre 2004

Monsieur Claude Béchard
Ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille
425, rue Saint-Amable, 4e étage
Québec (Québec) G1R 4Z1

   Monsieur le Ministre,

   Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec, selon son habitude, profite de l'éditorial de son bulletin Pensons famille pour vous écrire et partager avec vous ses réflexions et ses préoccupations sur votre document de consultation Vers une politique gouvernementale sur la conciliation travail-famille, publié en date du 30 juin 2004.

   Notre première considération est à l'effet que si, alors, on parlait de conciliation famille-travail, on parle, maintenant, de conciliation travail-famille.

   Nous avons l'impression, sinon la certitude, qu'avant la publication de ce document, que la famille était la référence première de notre société et que maintenant c'est le travail.

   Nous tenons à souligner ce changement de perspective. Ce n'est pas un progrès de société.

   Notre deuxième considération est à l'effet que bien qu'il faille parler de conciliation famille-travail, il faut aussi parler de conciliation famille-études.

   Le Québec étant en déficit démographique, nous avons la conviction qu'une politique cohérente de la population passe également par une politique de conciliation famille-études : c'est en effet à l'âge et à l'époque des études que les couples sont jeunes et les plus fertiles.

   Une politique familiale globale doit intégrer et développer une politique de l'aide aux études. Or, par les temps qui courent, les milieux des études et des étudiants ne semblent pas très contents et satisfaits de la situation. Il faudrait, entre autres, regarder de nouveau la question des prêts et bourses, faciliter la formation continue pour les femmes avec enfants, considérer la situation d'un parent qui retourne aux études après avoir été sur le marché du travail.

   Notre troisième considération est à l'effet qu'il faut prendre en considération la situation des travailleuses et travailleurs vieillissants au Québec.

   Le Conseil des aînés dans son Avis sur la situation des travailleuses et travailleurs vieillissants au Québec trop JEUNE trop VIEUX , publié en date du 7 octobre 2002, y allait de considérations et recommandations : « 1. Pour contrer la rareté et la pénurie de main-d'oeuvre et faire face au déclin prévu de la main-d'oeuvre active, en concertation avec les milieux de travail. 2. Pour assurer aux travailleuses et travailleurs vieillissants le pouvoir de choisir la solution qui leur convient. 3. Pour maintenir une main-d'oeuvre dynamique nécessaire au développement social et économique. » pp. 37-38. Nous vous renvoyons à cet Avis.

   Notre quatrième considération concerne le temps des familles.

   Les familles manquent de temps. Ce manque de temps peut s'exprimer de plusieurs façons. Il suffit d'écouter chaque famille. Les temps supplémentaires sans planification dérangent la vie familiale.  

   Des banques de temps pris à même les temps de travail favoriseraient les visites chez l'optométriste et le médecin, les rencontres avec les professeurs à l'école. Des horaires flexibles permettraient aux parents de contourner les heures de pointe et dans beaucoup de grandes villes le trafic des ponts.

   Il faut regarder de plus près les expériences faites en Italie sur la mission des villes : chez nous, les villes aménagent le territoire, là-bas, les villes aménagent le temps. Des coopératives d'entretien municipales gèrent les travaux et les temps de travail en fonctions des tâches et des ressources et besoins de leurs membres.

   Toujours reliés au temps, les aménagements suivants favoriseraient la vie de famille. Les jeunes parents sont aussi des jeunes travailleurs et n'ont pas la priorité des vacances en été alors que les enfants, eux, sont en vacances. La facilitation de faire les devoirs à l'école dégagerait du temps de vie familiale. À ce propos, il faut prendre également en considération que beaucoup de parents sont mal habiles pour les tâches scolaires. Le recours au temps partiel, aux horaires souples et au travail autonome, peut favoriser la vie familiale. Aussi, les services de garde sur le milieu de travail.

   Notre cinquième considération concerne la situation économique des familles.

   La pauvreté des enfants n'existe pas. Il existe la pauvreté des familles. Cette pauvreté est conséquente au manque de travail ou au travail mal rémunéré. Elle est aussi conséquente aux contraintes qu'ont plusieurs travailleuses et travailleurs face au travail.

   Notre société a « un filet de sécurité sociale », mais notre société doit avoir « un plan pour éliminer la pauvreté ». Les conditions économiques associées au travail doivent être motivantes et déterminantes pour les familles. La dignité des familles qui travaillent est un atout de société. Beaucoup de familles québécoises sont des familles monoparentales dont la cheffe de famille est une femme. Ainsi l'équité salariale doit être mise en place sans retard et sans restriction.

   Des parents qui veulent rester à la maison pour des raisons familiales ne doivent pas être pénalisés dans leur ancienneté ou leur fonds de pension. Ça peut être pour élever des enfants ou pendre soin de parents âgés ou malades.

   Encore que les familles aient un logement convenable.

   Notre sixième et dernière considération est d'ordre démographique.

   La démographie est un triptyque composé de la natalité, de l'adoption et de l'immigration.

   Nous croyons qu'il faille favoriser ceux qui veulent avoir un troisième enfant ou plus, ceux qui veulent adopter à l'étranger, ceux qui veulent élever leurs familles au Québec. Il ne faut pas que les familles qui sont dans ces situations soient empêchées pour des raisons économiques.

   Ces réflexions et considérations qui sont nôtres reflètent notre conception d'une politique familiale globale qui a comme caractéristique l'autonomie, l'horizontalité, la verticalité, la subsidiarité.

   Mais que serait une politique familiale globale, si ne sont pas assurés pour les famille la nutrition, le vêtement, le logement, la santé, l'éducation et le travail.

   Monsieur le Ministre, nous vous remercions de nous avoir consultés. Nous vous remercierons d'avantage, nous en avons la certitude, après la prise en considérations de nos propos.

   Nous vous saluons chaleureusement.

Le Président
Richard Sarrasin, t.s.
Membre du Conseil des aînés

Le Directeur général
Yves Lajoie

 
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