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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 16, numéro 77, septembre 2004 |
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| Monsieur Gaston Gauthier Image de la conférence
Écouter Voir Co-président |
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| Les familles
et les médias Le présent texte fait suite à une conférence présentée lors d'une rencontre regroupant des membres d'organismes familiaux et tenue à Montréal le 12 mai 2004. Il inclut les quatre parties suivantes: 1- Introduction 2- L'adaptation des familles aux médias
3- Les rapports entre les familles et les médias 4- Conclusions et perspectives !. Introduction Le lecteur de ce texte va observer des phénomènes qui concernent des multitudes de familles et de citoyens ainsi que les divers médias dits « de masse ». Toutes ces familles vivent dans des pays variés et ont des cultures et des modes de vie différents. Certaines questions y sont traitées plus spécialement. Il s'agit de questions qui sont posées aux participants à cette rencontre. Deux d'entre elles se lisent comme suit: 1- Comment les familles s'adaptent-elles aux médias; 2- Comment les médias s'adaptent-ils aux familles? Puis, en guise de réponses à ces deux questions, les familles et les médias se trouvent traités comment deux ensembles qui sont distincts et qui interagissent de différentes façons. Ainsi l'action des familles et l'action des médias vont pouvoir s'observer. On va tenter d'estimer les forces des familles ainsi que les forces des médias. Mais alors on ne peut pas écarter pas la possibilité que les familles et les médias se retrouvent face à face en raison de leurs forces respectives. Il est même à prévoir que les familles et les médias ne s'adaptent pas les uns aux autres en certaines circonstances. En plus, on va aborder certains grands changements qui se produisent dans les familles et dans les sociétés où les médias de masses se répandent. Car certains commentateurs vont jusqu'à dire que l'arrivée de la télévision dans les foyers entraîne une «révolution«. Par ailleurs, les membres des familles viennent naturellement à l'esprit quand on lit l'expression « les familles ». Et on prend alors pour acquis que ces membres s'impliquent dans l'action de leurs familles. En plus, on s'y retrouve devant certains problèmes qui sont propres aux familles et qui deviennent inévitables, quand les émissions de télévision sont diffusées dans les foyers. Par exemple, il y a ces difficultés que des parents ont avec leurs enfants à propos de l'usage que ceux-ci font de la télévision et des autres médias. L'expression «les médias » Au contraire, l'expression «les médias»ne fait pas penser toujours à des personnes, comme l'expression « les familles » fait penser aux membres de celles-ci. On le constate souvent en entendant certaines opinions sur « les médias ». Car, dans ce qu'on en dit, l'expression « les médias » se trouve à signifier toutes sortes de choses différentes. Comme cette expression est difficile à comprendre, quand on lit certains auteurs! Quand ceux-ci mentionnent «les médias«, ce qu'ils écrivent avant ou ensuite s'interprète de bien des manières. Aussi, pour le présent texte, on se sent obligé de préciser ce qu'on va dire. Ici les deux mots « les médias » vont servir à parler des personnes et de groupes qui travaillent ou qui s'activent pour des organismes qu'on appelle « les médias ». D'habitude, ceux qui sont considérés comme étant «des gens des médias«, ce sont les gens de la télévision, les gens de la radio, ceux du cinéma ou des journaux. Autant de gens qu'on associe aux « grands » médias»ou encore aux « médias de masse ». En plus de nos jours d'autres gens s'y ajoutent, lesquels s'associent diversement aux entreprises et organismes opérant par l'Internet et par les nouvelles technologies dites « de communication de masse ». Or, certaines caractéristiques communes s'observent chez ces gens des médias. D'abord, il faut remarquer leurs rapports avec des grandes multitudes de gens, avec « le public », «les publics » ou « le grand public ». En fait, ces gens établissent des rapports avec des multitudes immenses de familles et de citoyens et ils ne cessent pas de développer ces rapports par la suite. Aussi s'agit bien là de rapports humains qui se prolongent, il importe d'en prendre note. Puis, ces « gens des médias » se caractérisent par des actions qui leur sont propres. Notamment, ils sont en mesure d'agir « pour le public » et en plus ils disent agir « au nom du public » comme aussi « pour les intérêts du public ». Ils sont aussi en position d'agir par leurs masses d'auditeurs, soit en faisant peser le poids social de ces masses, soit en amorçant les forces de celles-ci. Ensuite, un autre trait qui est commun aux gens des médias concerne la représentation des choses. La représentation est primordiale pour ces gens. C'est pour « montrer » des situations, pour faire connaître des informations ou des « contenus » aux autres, et aussi pour les diffuser à des masses que ces gens des médias s'activent. Comme c'est en captant des images et en les diffusant, en répandant des écrits ou en propageant d'autres représentations que ces gens des médias travaillent. De sorte que l'ensemble de ces représentations qu'ils font peut ressortir comme étant au centre de ce qu'ils font ou comme leur but principal. Ainsi, on peut voir que les gens des médias servent et s'imposent comme des sortes de très grands metteurs en scène. Car ces gens multiplient sans cesse les spectacles et les autres représentations. Ils les diffusent aussi à d'immenses multitudes d'humains. De sorte que sans rien exagérer, on peut affirmer que ces gens des médias font partie des plus grands metteurs en scène de l'histoire humaine! Ce qui vaut sans doute pour les pays dits « développés ». Dans les conversations, l'expression « les gens des médias » s'emploie le plus souvent pour les vedettes, les animateurs et les présentateurs dont les prestations sont diffusées à des masses d'auditeurs. Et il va de soi que des journalistes, des professionnels et des travailleurs de la culture ont font partie. Bien plus encore, l'expression « les gens des médias » s'utilise de manière à englober tout l'ensemble des gens qui s'activent dans le vaste domaine de « la communication de masse », en y devenant réputés, prestigieux et en position d'influence dans l'ensemble de la société. Mais, malgré tout cela, certains de ceux qui font partie des grands médias de masse restent trop peu connus. On sous-estime bien trop souvent les dirigeants, les gestionnaires et ceux qui travaillent dans l'ombre, pour faire fonctionner les services et les structures internes de ces « grands médias ». Incidemment, certaines ententes conclues par ces dirigeants ne sont pas divulguées ou ne sont pas assez accessibles. Sans parler de certains actionnaires des entreprises privées de communication, dont les noms restent souvent inconnus, en dépit du fait de leur rôle et de leur pouvoir dans la société. Aussi, on en vient à penser que restent encore bien gardés certains secrets concernant la vie sociale et politique de ces organismes « de médias ». Des secrets qui semblent bien mystérieux, quand on tient compte du fait que la plupart des « gens des médias » sont personnellement voués à l'information du public. Cela étant dit, on comprend mieux comment il importe de remarquer que dans le présent texte nos «gens des médias»sont à considérer comme des humains «en chair et en os«. Après tout, Il s'agit bien là d'hommes et de femmes qu'on peut rencontrer. Puis, on identifie à première vue plusieurs d'entre eux, parce qu'on est habitué à voir leurs visages sur les écrans des téléviseurs. Comme on en « connaît » bien d'autres aussi parce que les journaux et revues publient leurs photos, parce que les gens des médias eux-mêmes parlent «d'autres gens des médias«, en plus de faire état des attraits de leurs vedettes et de la créativité de leurs animateurs. Comme on les connaît pour d'autres raisons aussi. Toutefois, malgré que bien des femmes et des hommes y travaillent sous les yeux du public, et malgré tout ce qu'on entend dire à leur sujet, on s'étonne quand on voit comment ce mot « média » s'utilise très souvent sans parler d'eux. « Les médias » vus comme étant « des moyens » C'est que l'expression «les médias»fixe souvent l'attention sur des «moyens«: des téléviseurs, des caméras, d'autres appareils, des arrangements techniques ou des technologies. Comme si les humains ne s'y trouvaient pas ou n'y comptaient pas beaucoup. Or à s'occuper autant des « moyens », il est évident qu'on risque de réduire l'écoute de la télévision à l'utilisation des dits « moyens ». Un exemple frappant en a été donné par un animateur faisant partie d'un média de masse. En parlant du rôle du téléspectateur, cet animateur a dit: « Il suffit au téléspectateur d'appuyer sur un bouton pour regarder la télévision ». Or, avec ce genre d'affirmation, l'écoute de la télévision se réduit à une sorte d'automatisme. Comme on pourrait s'y piéger en imaginant que le fait qu'on passe des heures et des heures à regarder la télévision peut se comprendre simplement en additionnant les heures qu'on passe à regarder un téléviseur! Il y a aussi une deuxième façon de traiter des « médias » comme étant des « moyens ». C'est ce que font ceux qui attribuent des pouvoirs extraordinaires et fabuleux à «la télévision«. Certains d'entre eux jubilent en disant : « La télévision est une fenêtre ouverte sur le monde ». Alors que d'autres se font hésitants et disent: « La télévision est une étrange lucarne ». Bien sûr, la plupart des gens comprennent que les mots «fenêtre»et «lucarne»sont des métaphores. Mais on dirait parfois que certains ne l'entendent pas ainsi. C'est ce qui arrive quand certains s'illusionnent et croient que c'est le téléviseur lui-même qui possède des pouvoirs extraordinaires et mystérieux. Ils s'en font un appareil « mythique », et cela embrouille les choses. Dès lors, on a besoin d'examiner comment on en arrive à ce genre d'illusions. Celles-ci se produisent souvent dans des écrits ou des discours, dans lesquels l'expression « la télévision » et le mot « téléviseur » s'équivalent. Par exemple, quand une personne dit à un ami : « J'ai passé la soirée devant la télévision », elle laisse entendre qu'elle a passé la soirée devant un téléviseur. Le mot « télévision » et le mot «téléviseur»signifient alors la même chose, comme cela arrive souvent. Bien plus, il y a l'usage qu'on fait de l'image de cet appareil qu'on appelle un téléviseur. D'innombrables photos et dessins de téléviseurs servent ainsi à représenter « la télévision ». De sorte que l'image d'un téléviseur en devient le principal symbole de l'ensemble des phénomènes dits « de la télévision ». Pourtant ce qui se passe entre les familles et les gens des médias ne peut pas se comprendre en pensant d'abord et surtout aux téléviseurs ni à d'autres moyens, appareils ou techniques. 2- L'adaptation des familles aux médias On a intérêt à tenir compte de ce que disent certains auditeurs de la télévision à propos de certains aspects proprement «humains»de l'expérience vécue par les familles dans leurs rapports avec les gens de médias. C'est le cas de certains auditeurs qui vivent seuls et qui passent plus d'heures à écouter la télévision que les autres auditeurs en passent. Pour s'en expliquer, ces auditeurs solitaires disent y trouver un «compagnon«. Selon eux, en écoutant la télévision, ils ressentent la présence d'un « autre », de « quelqu'un ». Ils disent que cela leur fait oublier leur isolement. Un compagnon pour les familles Or ce mot «compagnon»peut aider aussi à comprendre ce qui arrive dans les familles par leur l'écoute des émissions de télévision. Les familles font alors l'expérience de cette sorte de présence. Elles se sentent « en compagnie » de quelqu'un. Et même sans bien connaître de qui il peut s'agir au juste, des multitudes de familles attendent sa venue, s'en réjouissent ou s'en félicitent. Pour les familles, l'écoute des programmes de divertissements équivaut ainsi à l'arrivée de visiteurs toujours agréables et amusants. Tandis que l'écoute d'un présentateur de nouvelles se passe comme une rencontre avec un bien charmant personnage, un être humain exceptionnel, tout à la fois sympathique, sérieux, impartial, honnête, bien intentionné et surtout tout désireux d'informer le public et de combler le désir de celui-ci. Aussi, avec le temps, l'écoute des programmes s'accompagne d'une présence agréable et continuelle pour les familles. «Un compagnon tout à fait disposé à « communiquer » avec les familles. Et cela malgré que ce celui-ci reste invisible aux yeux des familles. Dès lors, il faut bien se dire que certains traits de ce «compagnon»restent à découvrir. Mais tout d'abord, il faut constater le fait suivant : la présence de ce «compagnon»ne requiert pas que les familles et les gens des médias se trouvent réunis ensembles dans les mêmes lieux physiques ni aux mêmes heures. On le comprend, par exemple, rien qu'à penser un peu au mot « télévision ». Les syllabes «t élé » y signifient «distance«. Aussi ce mot « télévision » s'interprète souvent comme étant ce qui permet à des auditeurs de regarder des événements se déroulant « à distance », voire au bout du monde, ou encore d'imaginer ce qui se passe chez les extra-terrestres dans des programmes de fiction. Puis, comme on le sait, les familles restent presque toujours éloignées des gens des médias lorsque ceux-ci sont en train de produire ces programmes ou de les diffuser, comme elles s'en trouvent éloignées aussi durant leur écoute des programmes de télé. Il n'en demeure pas moins que les familles ont des contacts et des rapports humains réels avec les gens de la télévision. Car une distance physique, si grande soit-elle, ne constitue pas un obstacle insurmontable pour les rapports humains. Ni pour les interactions qui se font entre les masses d'auditeurs et les gens des médias. Il est bien connu que ces masses ressentent très bien des attirances pour les vedettes dont les attraits leur sont représentés par les gens de la télévision, même quand ces vedettes donnent leurs spectacles en se trouvant sur les scènes les plus lointaines. En fait, il reste à observer encore comment cette présence se situe dans les coeurs et les esprits des membres des familles et dans la vie de celles-ci. Et à essayer de voir aussi comment cette présence s'y fait sentir ensuite à travers divers phénomènes qui paraissent psychologiques, sociaux ou culturels. Alors, ce qui devient intéressant, c'est de s'appliquer à regarder directement « les rapports humains » qui se développent entre les familles et les gens des médias. Surtout que ce qui retient l'attention, ce sont les sentiments, pensées et les désirs avec lesquels les familles et leurs membres se tournent vers les gens des médias. Et ce qui pose bien des questions, ce sont les forces et les attraits par lesquels les gens des médias plaisent tellement aux familles comme aux citoyens. À commencer par les pensées ou les souhaits qui s'expriment ou qu'on ressent en recevant du courrier. Le courrier comme moyen de communication Pour les familles et les citoyens, il semble utile de s'arrêter brièvement aux rapports humains qui se font par le courrier et cela pour plusieurs raisons. D'abord presque tout le monde utilise le courrier comme un moyen de communication. Puis on se sert du courrier de bien des façons : pour envoyer et recevoir des nouvelles, des informations, des photos, et aussi pour exprimer des sentiments, échanger des opinions et pour bien d'autres motifs. En plus, le courrier se caractérise par sa simplicité technique. Les boîtes aux lettres sont très anciennes. Elles ne sont pas modernes comme le sont les caméras et les téléviseurs. De sorte qu'elles n'impressionnent pas personne. Puis malgré que les « facteurs » rendent de précieux services à leurs concitoyens, on peut dire quand même que leur place dans la société n'atteint pas le statut des gens des médias et encore moins la renommée de ceux-ci - cela dit sans en faire aucun reproche aux facteurs. Surtout que les gens des médias règnent incontestablement sur tous les autres gens, quand il s'agit de montrer ce qui est désirable à des multitudes d'auditeurs ou de le diffuser. Cela dit, on en vient à faire maintenant certaines observations plus précises concernant les familles et leur courrier, dans le but de préparer d'autres observations du même genre qu'on va pouvoir faire ensuite concernant les familles et les médias de masse. Ainsi dans les lignes suivantes, les Éléments 1, 2 et 3 aident à voir comment la réception du courrier peut être considérée comme une utilisation d'un média. Et ce qu'on va lire dans ces lignes relève du sens commun. Élément 1 : Le Sujet Prenons le cas d'une personne qui reçoit une lettre lui venant d'un proche. C'est cette personne qui est traitée en premier dans ces lignes. Ici on accorde la priorité à cette personne. Et on l'appelle Le Sujet. Voici pourquoi on l'appelle ainsi. Au moment de lire cette lettre, cette personne se tourne mentalement vers ce proche. Elle ne se sent pas isolée. Elle pense alors à ce proche. Sa lecture, elle ne la fait pas seulement avec ses yeux, elle la fait aussi avec son coeur et avec son esprit. Elle devient alors consciente de ses rapports avec ce proche. Elle peut aussi ressentir certains sentiments pour ce proche. En fait cette personne se réfère à son proche pour faire la lecture de cette lettre. Elle vit ainsi une expérience qui lui est toute personnelle. Une expérience qui est subjective. C'est ainsi que le nom de Sujet se trouve attribué à cette personne, et peut sembler lui convenir aussi, vu qu'elle ressent tout cela en elle-même. Élément 2 : Le Médiateur Le Sujet (la personne qui reçoit la lettre) se trouve à `«passer par»ce proche pour mieux comprendre cette lettre, comme on passe par un ami, par un conseiller ou par un individu qu'on connaît déjà, pour arriver à faire ou à connaître certaines choses. Pour sa part, le proche, lui, se trouve considéré par cette personne comme quelqu'un dont celle-ci veut tenir compte pour comprendre cette lettre. Car dans la mesure où en lisant cette lettre, cette personne pense à ce proche, s'inspire de celui-ci ou bien ressent des sentiments à son égard, ce proche devient comme une référence dont cette personne s'inspire réellement pour faire sa lecture. Aussi on peut dire que ce proche sert comme un intermédiaire par lequel cette personne se trouve à passer pour comprendre le message de cette lettre, comme pour y donner suite. De sorte qu'on peut donner le nom de Médiateur à ce proche vu que le Sujet (la personne) ne lit pas sa lettre sans penser à lui. Élément 3 : L'Objet Dans le cas qui nous intéresse, ce qu'on appelle « l'Objet » c'est la lettre en question. Et il est vrai que cette lettre prend d'abord la forme physique d'une enveloppe qui contient la lettre d'une ou plusieurs pages qu'on peut toucher, comme on touche à une chose matérielle. Mais aux yeux de la personne qui la reçoit, cette lettre n'est pas seulement matérielle, ni un simple morceau de papier. En fait, pour cette personne, cette lettre se transforme, dès que celle-ci s'aperçoit que cette lettre la concerne personnellement. Cette lettre devient alors intéressante. Et si cette lettre prend de l'importance aux yeux de cette personne, c'est par sa façon de s'occuper de cette lettre, d'y mettre de son temps, avec de la joie, de la peine, un sentiment de surprise ou un autre sentiment. Aussi on peut dire que cette lettre acquiert une valeur nouvelle pour cette personne elle-même et aussi à cause de cette personne. Noter en plus que parfois rien qu'à regarder le dessus de l'enveloppe, avant même de l'ouvrir, et en la tenant dans ses mains, cette personne peut tout de suite penser à son proche. Comme après avoir lu cette lettre, dans les jours suivants, cette personne peut repenser à ce proche et se souvenir encore de lui et de sa lettre. Même bien plus tard, après bien des années, des lettres sont encore gardées précieusement par des personnes, lesquelles peuvent les reprendre dans leurs mains en repensant encore à ceux et celles de qui ces personnes les ont reçues. La réception et l'envoi des lettres peuvent s'observer ainsi quand on tient compte des rapports humains entre des personnes. On voit alors d'un côté, un Sujet (une personne qui pense et ressent des sentiments et d'un autre côté un Médiateur (la femme ou l'homme auquel cette personne pense), en s'appropriant cette lettre comme un Objet qui devient le sien. De plus on comprend ainsi qu'un tel Objet n'est pas seulement un « moyen » impersonnel, ni comme les autres «moyens»semblables, ni un simple « instrument » qu'on utilise sans penser à rien. Par ailleurs, de tels Objets se retrouvent aussi sous bien d'autres formes que celles d'une lettre. Par exemple une intention de faire plaisir peut venir à l'esprit d'une personne A, quand celle-ci attend un appel téléphonique d'une autre personne B. En pensant alors à cette personne B, la personne A s'en fait un Médiateur vers lequel cette personne A se tourne mentalement aussitôt qu'elle reconnaît la voix de cette personne B en tenant le récepteur d'un téléphone. Ce qui fait que la réponse à cet appel n'est pas comme une réponse comme d'autres réponses le sont, c'est que la personne A s'en occupe ainsi elle-même, en y mettant ses pensées ou ses sentiments. Il en va de même pour les courriels, les photos, les images et les cassettes que des personnes reçoivent. La valeur de ces choses dépend du désir qu'on peut en avoir. Aussi dans la mesure où ces choses peuvent être désirées par une ou par plusieurs personnes, on les appelle des Objets de désir. Les dessins 1 et 2 qui suivent viennent illustrer les lignes précédentes. Dessin 1 : Une femme, un homme... et une lettre
Dessin 2 : Diana et un milliard de téléspectateurs
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| 3- Les rapports entres les familles et les gens
des médias Les familles ont affaire aux médias de bien des façons et cela dans de nombreux pays. Les émissions de télévision et de radio pénètrent dans leurs maisons presque tous les jours. Et des multitudes de foyers s'ouvrent à l'Internet partout sur la planèteDe plus dans certaines régions, les familles reçoivent toutes sortes d'écrits. Elles sont innombrables les familles qui reçoivent leur courrier à leurs domiciles. Des multitudes de familles trouvent à leurs portes des pages d'annonces, des dépliants et des brochures publicitaires.Aussi les familles ne cessent pas de voir arriver chez elles des quantités de médias divers. En même temps les familles entendent très souvent parler « des médias », et il en va de même pour l'ensemble des sociétés. Tantôt on entend dire que la télévision est un « média » et qu'un journal est « un média ». En plus ce mot «média»revient très souvent pour désigner des « moyens » tels des téléviseurs, un récepteur de radio, un « système » ou des techniques pour diffuser des images et des sons. Des entreprises et des organismes importants sont considérées comme étant des « médias ». Certains édifices s'appellent des « Centres de médias ». Et on parle aussi des « Cités du multimédia », dont on sait bien que les médias de tous genres y grandissent et se multiplient De plus, on dit que les « médias » diffusent des informations comme on dit que « les médias » diffusent des fictions. Il est aussi question « des médias » à propos des problèmes sociaux les plus graves, des choses de la vie courante comme aussi à propos de banalités. Et ce qui est plus sérieux, c'est que l'expression « les médias » sert même pour définir les époques. Il y a l'époque d'avant « les médias », comme il y a l'époque d'après 'les médias«. En plus, il arrive souvent que des gens s'accordent pour parler des « médias » mais le font des motifs tout différents. Ainsi ils sont certes nombreux à se féliciter « des médias ». Mais on en trouve aussi qui paraissent prendre plaisir à blâmer « les médias ». « C'est la faute aux médias », disent-ils à propos de tout et de rien. Mais cela dit on voit bien que ni les uns ni les autres ne vont pas se priver de parler des « médias ». Les personnalités médiatiques Bien mieux encore, certaines personnalités incarnent et représentent elles-mêmes «les médias«, et cela même quand elles n'en parlent pas. On les qualifie de « médiatiques » et ce n'est pas sans raison. D'abord il y a celles qui deviennent « médiatiques » du jour au lendemain, d'un seul coup. Il leur suffit d'un seul passage à l'écran des téléviseurs. Mais d'autres doivent y mettre plus de temps. Pour être perçues comme «médiatiques«, il leur faut d'abord entretenir des contacts avec « un média » bien établi et assez populaire. D'autres personnalités ont plus de chance. Elles n'ont jamais à attendre pour devenir «médiatiques«. Elles sont « médiatiques » par instinct. Leurs qualités «médiatiques»sont innées. Dans leur cas, on peut dire que les syllabes « média » du mot « médiatiques » désignent certains traits observables de leur tempérament. Le mot « média » et la politique Par ailleurs, on constate que le mot «média»revient aussi très fréquemment lors des événements politiques majeurs tels que les élections ou la formation des gouvernements. Puis Il est maintenant fort difficile d'imaginer qu'on puisse aller voter ou participer autrement à la vie publique, sans entendre parler « des médias ». Comme aujourd'hui il serait inconcevable que ceux qu'on appelle « les gens des médias » soient absents de la vie politique. Aussi, il est maintenant bien plus raisonnable d'admettre que le mot « média » s'impose maintenant globalement, à tout le monde, partout et dans toutes les circonstances. En tout cas, il s'avère nécessaire de reconnaître ce mot « média » comme étant un mot-clé, si on veut comprendre plusieurs aspects importants de notre vie commune. Surtout, dans ce qu'on appelle « les démocraties », les citoyens ont plusieurs bonnes raisons de porter attention au mot « média », vu que son usage y progresse et s'y renforce depuis plus d'une cinquantaine d'années. Un sens à donner au mot « média » Pour y voir plus clair, on voudra noter d'abord certaines impressions que le mot «média»suscite presque toujours. D'abord « média » fait l'effet de « la nouveauté » et même de « l'instantané ». Il est hors de question d'associer le mot «média»aux vieilles choses du passé, et encore moins aux choses qui n'en finissent plus de finir. Plus spécialement, « média » fait souvent imaginer le mouvement, la force et aussi la puissance. « Média » ne fait pas penser à ce qui est statique ni à une faiblesse quelconque. Aussi dès qu'on apprend que « les médias » commencent à parler d'un problème quelconque, on observe qu'un courant d'opinion s'amplifie et se propage aussitôt pour exiger la solution immédiate de ce problème, si complexe soit-il. Il en va de même aussitôt qu'on entend dire que des « médias » vont s'activer par rapport à un conflit. On est surpris de voir alors de groupes influents sortir de l'ombre, pour se manifester au grand jour et intervenir résolument dans ce conflit. De sorte que le mot « média » fait alors penser à un moteur assez puissant pour entraîner d'énormes forces économiques, sociales et autres. D'autres fois, il faut bien le dire, en entendant parler « des médias », certains en viennent à réagir négativement. C'est ce qui arrive lorsque des personnalités ou des politiciens laissent paraître qu'ils ont peur « des médias ». Le mot « médias » fait alors soupçonner qu'il y a là une puissance hostile ou même un pouvoir implacable. Et comme la peur est contagieuse, il s'ensuit que bien des gens croient que « les médias » sont à craindre. Tout comme à l'inverse, quand quelqu'un parle maintenant « du pouvoir », « de puissance » ou « d'influence », le mot « média » vient vite à l'esprit de celui qui écoute. Car les choses en sont rendues au point où les mots «médias «et «pouvoir»vont maintenant de paire et sont interchangeables. Le mot «média»de 1960 à 1970 Pour tenter de comprendre ces phénomènes actuels, on n'évite pas de devoir revenir aux origines du mot « média ». Sans reculer trop loin dans le passé, on peut regarder comment on se met à l'utiliser ainsi durant la période allant de l'année 1960 à l'année 1970, du moins dans des pays dits «développés«. C'est vers l'année 1965, il arrive au Québec, comme ailleurs aussi, que les peuples de langue française empruntent l'expression « mass media » à la langue anglo-américaine. Et nos gens commencent aussitôt à utiliser cette expression-là sans rien y changer1. (Note à la fin de ce texte) Cela dit, il importe de remarquer que les gens de langue française, les gens qui parlent l'anglais, comme aussi ceux de langue espagnole s'accordent alors rapidement à propos de l'utilisation du mot « media ». Car on entrevoit la portée des significations qu'on va attribuer à ce mot « media » et le caractère crucial des interprétations qu'on va en faire. Aussi il est indispensable de chercher un sens à donner au mot « media ». Or pour y arriver, il semble indiqué de retourner à l'expression « mass media ». Car cette expression « mass media » est connue de la population et elle s'emploie chez les experts en matières de « medias ». On le doit largement à Marshall McLuhan. Celui-ci sait parler des « mass media », et ce qu'il en dit crée une très forte impression dans les années soixante comme par la suite. Pourtant, avec les années, au lieu de l'expression « mass media », c'est le mot «media»qu'on va utiliser le plus souvent et qui se répand toujours plus largement. Ce qui se comprend facilement, vu que ce mot est l'abréviation de cette expression. On trouve alors commode et on se satisfait de dire «un media»ou d'écrire « les medias », tout simplement. N'empêche qu'il faut garder à l'esprit le fait que le mot « mass » ne s'y trouve plus avec mot « media ».Il s'agit là d'un changement de discours qui porte à conséquence, même s'il peut sembler anodin. Car dire «media»sans dire «mass»fait oublier les masses d'auditeurs. Pire, à se contenter de « media », on risque de négliger les forces qui attirent ces masses et d'ignorer leur pouvoir. Puis, ce qui n'arrange rien, il est trop fréquent hélas! d'écrire le mot « média » sans en fournir la signification. C'est ainsi que des auteurs, qui sont sympathiques et respectables par ailleurs, se servent du mot « média » sans en donner une définition. D'où une certaine confusion dans l'esprit de celui qui veut bien essayer de les comprendre. Aussi il y a un réel besoin de savoir exactement de quoi on parle quand le mot « média » se trouve utilisé. Il faut le savoir non seulement à cause de la popularité de ce mot en Occident et ailleurs, mais surtout à cause des enjeux qui peuvent s'y relier. C'est pourquoi notre lecteur voudra s'intéresser à la définition suivante :
Bien entendu, cette définition n'est pas parfaite. Puis d'autres définitions sont plus détaillées. Mais on recourt quand même à cette définition, parce qu'elle suffit à faire voir certains points significatifs tout en étant assez brève. D'abord, comme on l'aura déjà compris, dès qu'on aperçoit le mot « moyens » dans cette définition, celle-ci devient très facile à comprendre. Elle rejoint ainsi une quantité d'autres définitions qui parlent de « moyens » elles aussi. On en trouve dans plusieurs dictionnaires. Autant dire que notre définition est « typique ». Bien des gens peuvent ainsi la comprendre, même à première vue et sans avoir à y réfléchir bien longtemps. Ensuite, en commençant par le mot « ensemble », notre définition, donne à penser que les dits « médias » ont en commun quelque chose ou certaines choses. Par exemple, avec cette définition, on est moins enclin à isoler « la télévision» » et « les journaux », malgré l'impression contraire qu'on peut avoir, vu que les téléviseurs sont arrivés plusieurs siècles après les presses à imprimer. On peut aussi rêver et imaginer comment le cinéma et l'Internet vont pouvoir se joindre de diverses façons. Et plus largement, on risque moins de dissocier certains problèmes qui sont importants et qui sont reliés, quand il est question « des médias ». La masse De plus, en incluant le mot « masse », cette définition nous rend un grand service. Car on ne peut pas surestimer ce que ce mot «masse»se trouve signifier. Observer une masse ou des masses, fait observer tout à la fois les immenses auditoires de la télévision et ceux de la radio, les multitudes que composent les lecteurs de journaux et aussi les énormes collectivités qu'on associe aux autres «médias»dits « de masse ». Alors on sait qu'on se retrouve devant des collectivités qui sont très nombreuses, très importantes, voire gigantesques. Comme à regarder ces masses, on se persuade aussi qu'il va bien falloir s'efforcer d'apprécier ces masses pour ce qu'elles sont réellement et aussi pour ce qu'elles sont capables de faire. Mais on le comprendra, pour y arriver il ne va pas suffire de comparer leurs tailles, comme on fait trop souvent. Par exemple, on ne peut pas se faire une idée satisfaisante de ces masses, quand une chaîne de télévision annonce que ses auditoires sont plus gros que ceux d'une chaîne rivale. Comme on ne comprendra pas ces masses, à parcourir trop rapidement «les cotes d'écoute«, ni à se contenter de lire furtivement les mesures de «l'audience»des divers médias. Devant ces masses, c'est une autre attitude qui convient. C'est une sorte de défi redoutable qu'on ressent dès qu'on pense un peu à ces masses immenses. Et surtout on ne voit vraiment pas comment on pourrait négliger d'observer les forces qui entraînent ces masses elles-mêmes ainsi que leur puissance dans la société. Les gens impliqués En plus, cette définition présente encore un autre point des plus significatifs. Elle le fait en mentionnant « les gens impliqués dans la production de ces moyens ». Ainsi en lisant «les gens », il devient évident qu'on a affaire à des humains, à des êtres « en chair et en os ». Et on pense ainsi spontanément à des hommes et à des femmes, qui s'activent pour des entreprises de télévision ou pour d'autres « médias de masse ». Comme on pense aussi à ceux et à celles qui s'impliquent pour des organismes qui sont variés mais qui sont reliés à de tels « médias ». Aussi le lecteur de cette définition peut y trouver un certain éclairage. Il peut ainsi s'interroger d'abord et principalement par rapport à ces hommes et ces femmes, qu'on appelle « les gens des médias ». Car ce faisant, il s'évite de trop fixer son attention sur «des moyens«, ou sur des « techniques », comme on le fait habituellement quand parle des « médias ». Incidemment, cela n'empêche pas d'admettre par ailleurs que ces hommes et femmes utilisent normalement des caméras, des téléviseurs et d'autres moyens pour s'activer, comme tout le monde le sait déjà. De plus, cette définition offre l'opportunité d'observer certains rapports humains. Comme on vient de le voir, les masses d'auditeurs et les gens des médias s'y trouvent réunis. Il devient ainsi tout naturel de s'interroger sur les rapports pouvant exister entre ces «masses»et ces « gens des médias ». Puis ces masses et « ces gens des médias » se distinguent aussi comme deux groupements qui sont nettement différents, aussitôt qu'on se met à vouloir regarder ces rapports. À ce propos, il convient de noter en passant que ces masses d'auditeurs sont infiniment plus nombreuses que ne le sont les entreprises et les organisations formées par les gens des médias. Dans ces masses, les auditeurs se comptent par centaines de milliers d'auditeurs, par millions, par dizaines de millions ou même par centaines de millions. Bien plus encore, de telles masses dépassent le milliard d'auditeurs lors de ce qu'on appelle les « grands moments de la télévision », exemples : lors des Jeux Olympiques et lors des funérailles de Diana. Pour leur part, les gens des médias, sont infiniment moins nombreux. Ces gens se comptent seulement par centaines ou parfois par milliers et non pas par millions. Exemple: la chaîne de télévision américaine CNN compte seulement mille quatre cents journalistes environ, alors qu'il lui arrive parfois de diffuser ses informations à des centaines de millions d'auditeurs se trouvant dans de nombreux pays. Cependant, on aurait grand tort de sous-estimer « les gens des médias » à cause de leurs petits nombres. Tout au contraire, il faut estimer l'action de ces gens à sa juste valeur, quand on voit qu'ils sont si peu nombreux par rapport à leurs masses d'auditeurs. Des observateurs peuvent ainsi se motiver à examiner la place que ces gens des médias occupent dans les sociétés. Car ces observateurs peuvent se dire que dans l'histoire, elles sont rares les fois où des gens si peu nombreux ont pu se trouver en rapport avec des masses aussi gigantesques. Mais alors il devient nécessaire d'approfondir encore plus la signification de notre fameux mot «médias«. La raison en est que l'expression «les gens des médias»ne peut pas se comprendre sans qu'on trouve d'abord une signification satisfaisante au mot «média«, puisque ce mot fait partie de cette même expression. Cela nous ramène aux origines les plus anciennes de ce mot «media«, jusqu'à la Rome de l'Antiquité! Les Romains font alors usage des deux syllabes « media » dans leur langue, le latin. Or leurs syllabes «media»ont franchi les siècles et nous servent maintenant pour composer certains mots, dont le mot «médiateur«. Et on vient ainsi à pouvoir dire que nos gens des médias sont « nos médiateurs ». Le simple fait d'avoir « nos médiateurs » dans l'esprit donne tout de suite l'idée de regarder certaines choses autrement, ce que l'usage habituel du mot « média » ne permet pas de faire. Avec « nos médiateurs » on peut maintenant s'imaginer qu'on va pouvoir faire de nouveaux progrès et avancer autrement dans le monde des médias. Mais prétendre pouvoir suivre « nos médiateurs » tout de suite et partout serait aventureux. Aussi prenons d'abord le temps qu'il faut pour bien noter le fait que nos gens dits «des médias»sont bel et bien « impliqués dans la production des moyens », comme notre définition le dit plus haut. Mais cela étant admis, hâtons-nous quand même de préciser que ces mêmes gens ne sont pas seulement d'abord des producteurs de « moyens ». À les considérer comme « nos médiateurs », on en vient à vouloir regarder comment leur action peut dépasser les limites inhérentes aux activités requises par la production et la diffusion des émissions. En pensant à « nos médiateurs », on se dispose à observer comment ceux-ci peuvent mener une action plus large et plus profonde que celle de l'utilisation des « moyens ». En fait, l'action de nos médiateurs constitue une médiation humaine, et il semble souhaitable de la traiter comme telle. Toutefois on sent bien que cette médiation va être assez différente des autres médiations que nous offrent les juges, les arbitres ou les autres médiateurs que nous connaissons déjà. On comprend mieux la médiation exercée par ces médiateurs quand on se demande qui en sont les demandeurs. Disons que ces demandeurs, ce sont ceux qu'on appelle d'ordinaire « les auditeurs », ou plus précisément, ce sont les masses elles-mêmes lesquelles se composent de tous ces auditeurs. Ce sont ces masses elles-mêmes qui se tournent vers nos médiateurs pour demander à ceux-ci d'agir pour elles à propos de ce qui les concerne elles-mêmes. Ce sont aussi ces masses qui consentent, sollicitent la médiation des médiateurs, tandis que c'est par rapport à ces masses que ceux-ci exercent leur médiation Puis, le recours de ces masses à ces médiateurs est éminemment collectif, vu que ces masses agissent toujours collectivement. L'implication et la responsabilité de ces masses sont essentiellement collectives. Tous les auditeurs y ressentent des désirs communs à tous et y participent ensemble à une action qui est commune à tous. Et cela sans qu'aucun d'eux ne vienne s'élever au-dessus des autres, ni parler au nom des autres, et souvent aussi sans que la quasi totalité des auditeurs qui s'y trouvent ne s'y reconnaissent personnellement responsables de quoi que ce soit. En pratique on voit ces masses recourir à leurs médiateurs et rester à l'écoute de ceux-ci pour obtenir des informations ou bien pour se divertir par l'action de leurs médiateurs, pour voir des divertissements, pour se distraire et s'amuser comme pour s'éviter des ennuis et des peines, pour souhaiter ou désirer ceci ou cela, ou rechercher certaines choses, comme pour dédaigner ceci ou cela. En fait, ces masses attendent, espèrent et veulent la médiation de leurs médiateurs pour tout Objet que les hommes peuvent désirer. Pour ce qui concerne ces masses, disons que celles-ci accueillent leurs médiateurs de manière à ce que ceux-ci exercent leur médiation aussi largement que possible. Pour ces masses, la juridiction de leurs médiateurs est illimitée. Les choses à inclure dans cette médiation peuvent êtres réelles aussi bien qu'imaginaires. Les Objets dont il s'agit y compris les Objets discutables ou litigieux sont innombrables et multiformes. Entre ces masses et leurs médiateurs, tout peut se dire et le contraire de tout. Et une seule loi s'applique : la loi du désir des masses. Ensuite, tout en continuant à penser à ces masses d'auditeurs, on peut se demander comment nos médiateurs interviennent à propos des problèmes graves rencontrés par ces masses. Ainsi il apparaît qu'au contact de leurs médiateurs, ces masses d'auditeurs regardent suffisamment d'images de guerres, de violences, de morts, pour estimer que la médiation de leurs médiateurs peut s'exercer à propos de la vie elle-même et aussi de la mort. Pour leur part, les masses d'auditeurs ne se trompent pas quand il s'agit de tenir compte et d'apprécier cette médiation que leurs médiateurs exercent pour elles. Ces masses consentent à la médiation de leurs médiateurs presque tous les jours et de bien des manières. Elles le font tout d'abord et avant tout en acceptant les invitations de leurs médiateurs à regarder les émissions diffusées par ceux-ci et en continuant de les accepter par la suite. Puis, par plusieurs de leurs gestes, ces masses font voir comment elles font confiance à leurs médiateurs, comme la plupart des personnes et des groupes font confiance à des juges, des conseillers, des arbitres qu'on dit bien informés, réputés et sympathiques. Notamment, un de ces gestes de confiance les plus frappants et les plus déterminants s'observe chez les multitudes d'auditeurs qui sont des parents. Il s'agit de ces gestes par lesquels des masses d'auditeurs-parents laissent leurs enfants les plus jeunes en compagnie de leurs médiateurs pendant les heures où ces enfants écoutent la télévision ou s'amusent à d'autres médias de masse. Ensuite, ces masses démontrent un attachement indéfectible à leurs médiateurs en poursuivant leur écoute des émissions à l'année longue. Comme si une force toute puissante ne cesse d'attirer les masses d'auditeurs et les empêche de délaisser leurs médiateurs. Or il faut bien noter que ces masses elles-mêmes - et tous et chacun de ceux qui font partie de ces masses - font ainsi passer leurs pensées et leur désir par « leurs médiateurs ». Ainsi nos médiateurs s'interposent entre d'un côté, les masses d'auditeurs elles-mêmes, et de l'autre autre côté, les questions, les problèmes ou les autres « Objets » que ces masses peuvent désirer, dont elles s'occupent ou se soucient. Notamment, il est évident que ces médiateurs interviennent entre d'un côté, ces masses elles-mêmes, et de l'autre côté, l'Information, et cela autant pour l'ensemble de ces informations que pour les idées qu'on peut s'en faire. Le dessin suivant sert à illustrer cela.
Bien entendu, malgré sa constance et sa régularité, la médiation menée par nos médiateurs laisse voir des variations. C'est ainsi qu'à travers leur écoute de la télévision, des masses sont attirées par des médiateurs qui répondent à leurs désirs à travers la diffusion des programmes de la télé. Comme durant leur écoute de la radio, les masses sont charmées par des médiateurs qui leur font voir les attraits qu'ils diffusent par leurs émissions. Et bien d'autres masses encore sont tout autant attirées par d'autres médiateurs qui tendent à combler le désir de ces masses en diffusant largement d'autres représentations, nouvelles ou spectacles, lesquels relèvent de la communication dite «de masse«. Or il faut voir comme les multitudes d'auditeurs qui font partie de ces masses se changent eux-mêmes en développant de tels rapports avec ces médiateurs. Disons que pour désirer une émission, entendre une vedette, un film ou d'autres Objets, comme pour ne pas les désirer, ces masses passent par leurs médiateurs. Ces masses ne s'en tiennent alors qu'à ce qu'elles ne peuvent désirer par elles-mêmes. Pour désirer quelque chose, ces masses se tournent plutôt vers leurs médiateurs. Pour autant, celles-ci tendent à exprimer leur désir et à y donner suite, non pas par elles-mêmes ni selon elles-mêmes. Ces masses s'intéressent et y donnent suite plutôt selon leurs médiateurs, en tenant compte du désir qui leur vient par leurs contacts avec leurs médiateurs, par l'entremise de leurs médiateurs. À cause des attraits que ceux-ci donnent à voir et à ressentir par ces masses De plus, à consentir recevoir les émissions de leurs médiateurs, à choisir parmi ces médiateurs, à les trouver attirants comme à les « aimer » de quelque manière, ces masses tendent à se détourner des ministres et de leurs politiques, des responsables sociaux et des divers leaders lesquels ne font pas partie de ces médiateurs. C'est pourquoi on se doit de constater et de reconnaître le fait majeur suivant : aux yeux de ces masses, ce sont leurs médiateurs qui sont plus attirants, plus prestigieux et surtout qui paraissent plus aptes à répondre au désir de ces masses elles-mêmes. À ce propos et en même temps, il est indiscutable que dans leurs rapports avec leurs masses d'auditeurs, les médiateurs, eux, s'appliquent à faire briller des modèles désirables ou d'autres Objets attirants ou enviables. C'est ainsi que ces masses peuvent voir des vedettes plus irrésistibles les unes que les autres, se tourner vers leurs médiateurs et rester en compagnie de ceux-ci. On voit bien alors que ces masses ne veulent pas « manquer » de regarder les autres personnes attirantes ou séduisantes ainsi que d'autres présentateurs aimables et sympathiques, lesquels leur sont représentés et diffusés comme tels par leurs médiateurs. En plus de ces représentations toujours désirables à regarder et souvent séduisantes, ces masses en viennent aussi à vouloir bien d'autres choses. Elles sont aussi captivées par les autres rapports qu'elles ont avec leurs médiateurs. Ces rapports sont ou paraissent presque toujours agréables aux yeux des masses d'auditeurs. En comparaison, les autres rapports qu'on peut vivre dans une société peuvent paraître moins désirables ou même indésirables. Car il est bien vrai que les rapports familiaux et sociaux peuvent être difficiles et s'accompagnent de certaines obligations. Comme on le sait, ces masses commencent à vouloir regarder les nouveaux programmes de télévision, quand les médiateurs leur font voir leur propre désir pour ces programmes par des annonces ou autrement. Et par la suite, ces masses continuent d'aimer les programmes en voyant ou en imaginant que leurs médiateurs les aiment eux aussi. Cela s'observe très souvent lorsque les médiateurs font les louanges des programmes qu'ils se trouvent à diffuser. On voit alors le désir de ces masses d'auditeurs se former et se renforcer comme étant un désir d'imiter le désir des médiateurs. Comme durant les messages publicitaires diffusés par les médiateurs, des masses vont aussi imiter le désir manifesté par les auteurs de ces messages pour des produits divers, des partis politique, des groupes financiers, des bonnes causes, qui paraissent « politiquement corrects ». On sait déjà comment ces messages diffusés aux masses font croître les achats et favorisent leurs commanditaires. Mais on se fait une meilleure idée de la puissance de ces commanditaires, quand on note que ceux-ci y parviennent avec des messages d'une trentaine de secondes. Par contre, ce qui est certain, c'est que les masses et leurs médiateurs s'occupent non pas seulement d'achats ou de ventes, mais de bien d'autres choses aussi. Dans leurs rapports avec leurs médiateurs, les masses ressentent des attirances aussi pour les représentations que ceux-ci font et diffusent de la vie de la société. Si bien que c'est tout « un mode de vie » qui devient attirant ou qui va paraître désirable aux yeux des masses, dans la mesure où celles-ci développent leurs relations avec leurs médiateurs. Aussi on peut vouloir observer comment ces masses vont trouver désirables les choses ou les Objets que leurs médiateurs vont trouver désirables, ou bien comment ces masses vont trouver indésirables les choses que leurs médiateurs considèrent eux-mêmes comme indésirables ou que ceux-ci font voir comme des choses peu attrayantes ou «dépassées«. Dès lors, il devient possible de suivre comment le désir des masses d'auditeurs va se combiner continuellement au désir des médiateurs, et surtout, comment il s'en dégage une double force, laquelle est assurément très puissante, sinon irrésistible. Noter qu'il y a là beaucoup plus qu'il n'en faut pour revigorer et rehausser le sens et la portée qu'on peut donner à l'expression «les médias de masse«. Au point que le pouvoir de l'attraction qui s'y déploie peut même sembler démesuré. Surtout que d'immenses masses d'auditeurs ne vont pas résister à cette attraction-là, sans même savoir comment celle-ci agit sur eux. C'est bien là ce qui arrive aux masses de téléspectateurs. Leurs désirs se transforment profondément sous l'attraction de leurs médiateurs, mais ces masses ignorent qu'il en est ainsi. Elles ne s'en rendent pas compte, entre autres raisons, parce que leur attention reste fixée par leur perception des images et des sons des programmes, et surtout parce que souvent ces phénomènes de désir sont difficiles à observer pour ces auditeurs eux-mêmes, et plus encore difficiles pour les masses que ceux-ci composent. De plus, certains phénomènes indiquent que cette attraction toute puissante s'exerce encore chez ces masses de téléspectateurs, en dehors des heures de leur écoute des émissions. Certains peuvent même s'en préoccuper. C'est le cas de ces parents qui s'inquiètent, avec raison, quand leurs enfants font des cauchemars après avoir regardé une émission avant de se coucher le soir. D'une façon troublante mais significative, les cauchemars de ces enfants font voir ce que ceux-ci ressentent en eux-mêmes. Et en considérant la sensibilité de ces jeunes enfants, on peut imaginer ce qui peut se passer plus largement et à la longue, dans les coeurs et les esprits des autres enfants un peu plus vieux qui composent eux aussi des masses de jeunes auditeurs, et aussi ce qui se produit dans les masses d'auditeurs qui sont adultes. Aussi, pour mieux connaître nos masses d'auditeurs, et à cause de certains enjeux qu'on peut maintenant entrevoir, on en vient à vouloir considérer ce que nos masses peuvent avoir en commun avec d'autres masses humaines. Les propriétés des masses humaines Comme chacun peut s'en douter, des masses humaines se forment depuis la nuit des temps, donc bien avant l'arrivée de nos masses d'auditeurs. Et comme certains auteurs se sont fait connaître à cause de leurs ouvrages sur les masses, ce qu'ils en disent peut servir à mieux comprendre nos masses d'auditeurs. C'est le cas d'Élias Canetti. Il a obtenu un Prix Nobel pour son oeuvre. Or Élias Canetti arrive à montrer comment les masses humaines se forment chez plusieurs peuples, à diverses époques et dans toutes sortes de circonstances. Il le fait dans « Masse et puissance »3, un livre fort remarqué. Or en le lisant, on découvre ce qu'il appelle « les propriétés essentielles » des masses humaines. C'est pourquoi, dans un effort pour mieux connaître nos masses d'auditeurs, on va maintenant énoncer ces propriétés essentielles, et ensuite on va tenter de voir si on peut les retrouver ou non dans nos masses d'auditeurs. 1- « La masse tend toujours à s'accroître » On a là première propriété essentielle des masses, telle que mentionnée par Élias Canetti. D'où la question suivante: nos masses de téléspectateurs et d'auditeurs ont-elles toujours tendance à s'accroître? Ont-elles cette propriété essentielle des masses humaines? Or il semble que la réponse, c'est oui. Car, à ce propos, il convient de rappeler le fait que nos médiateurs s'efforcent sans cesse d'augmenter les tailles de leurs masses d'auditeurs de la télé ou de la radio. Et qu'au contraire ils vont penser à ne plus diffuser une émission quand ils constatent que la masse qui écoute leur émission se trouve à décroître. Comme si pour nos médiateurs, la tendance à croître de leurs masses d'auditeurs était une tendance qui allait de soi. Ensuite il s'agit de porter attention au fait suivant. Quand une masse d'auditeurs de la télévision fait voir son désir de regarder une certaine émission, de nouveaux auditeurs se mettent à vouloir la regarder eux aussi, ce qui enclenche et fait observer un accroissement de la masse initiale. Pendant que de leur côté, les médiateurs qui diffusent cette émission s'empressent de se féliciter de cet accroissement. Cela dit, il ne faut pas oublier que nos médiateurs peuvent subir des baisses de revenus et des diminutions de leur prestige à cause de la décroissance de leurs masses d'auditeurs. Ce qu'on ne peut pas sous-estimer. Aussi de tels phénomènes semblent indiquer non seulement qu'une masse d'auditeurs a une tendance à croître, mais qu'en plus nos médiateurs veulent renforcer cette tendance. Comme on peut en dire autant pour les autres masses qui composent « les usagés » ou « les consommateurs » auxquels s'adressent les divers médias de masse. Ainsi on peut considérer qu'une tendance à s'accroître se retrouve dans nos masses d'auditeurs comme dans les autres masses humaines. 2- « Au sein de la masse règne l'égalité » C'est là une deuxième propriété qu'Élias Canetti attribue aux masses humaines. En la lisant, on se pose la question suivante: nos masses d'auditeurs de la radio, de télévision et des autres médias de masse font-elles régner l'égalité entre ces auditeurs eux-mêmes? Pour y répondre, il importe de d'abord bien situer cette « égalité » à l'intérieur des masses d'auditeurs, et plus précisément dans les coeurs et les esprits des multitudes de gens qui en font partie. Oui, tous et chacun d'eux y deviennent égaux entre eux parce que tous y vivent une même appartenance à une même « Grande Collectivité ». Ils s'y trouvent tous à former un « Grand Tout », ils y font tous l'expérience de se trouver dans leur Masse, laquelle est la même pour tous et chacun d'eux. Ce qui fait qu'aucun auditeur n'y trouve un statut plus élevé ni plus bas que le statut qui est celui de tous les autres auditeurs et de chacun d'eux. Le lien par lequel cette Masse relie tous et chacun de ces auditeurs est le même pour tous et chacun d'eux. Tous et chacun des auditeurs oublient ou perdent ainsi les différences qui les caractérisent pourtant par ailleurs, quand ils restent en dehors de cette Masse et quand ils échappent à l'attraction de celle-ci. Ainsi, à cause de la Masse que tous et chacun des téléspectateurs composent, en regardant un même émission, chacun d'eux devient égal à tous les autres, comme tous les autres deviennent égaux à lui. De plus cette égalité de Masse se crée aussi et se renforce parce que le plus souvent les médiateurs diffusent uniformément leurs émissions à tous les téléspectateurs, à tous les auditeurs de la radio et tous les « usagés » des autres médias de masse. Ce que font aussi les éditeurs de journaux pour leurs Masses de lecteurs. Puis, ce qui concerne l'ensemble des émissions et des autres « productions » faites pour « le public » et diffusées à celui-ci, il est à noter plus spécialement que les médiateurs y montrent uniformément les mêmes vedettes et les mêmes modèles désirables à tous et chacun de leurs auditeurs. Comme on le sait, ces médiateurs sont eux-mêmes dits « de masse ». Aussi il leur est impossible d'ignorer ni les Masses pour lesquels ils s'activent eux-mêmes, ni d'ignorer l'égalité qui est propre à ceux qui se retrouvent dans ces Masses. Par exemple, quand des médiateurs disent que des émissions sont destinées au « Grand Public », tout le monde comprend alors que ces émissions conviennent également aux auditeurs de tous les âges. Ce qui entraîne forcément que tous et chacun des enfants qui regardent ces émissions s'y trouvent égaux entre eux et y sont égaux aussi avec les adultes qui les regardent eux aussi, tout comme ces adultes y sont égaux entre eux. Bien plus, ces médiateurs de masses ne cessent pas de diffuser tout aussi uniformément à tous leurs auditeurs l'ensemble de leur programmation. À la longue, mais sans délai ni détour, il s'ensuit qu'au sein des masses d'auditeurs, le désir commun de tous opère comme un laminoir lequel, tout en tournant régulièrement et sans qu'on le voit, réduit peu à peu ou même efface les différences personnelles, familiales, sociales, religieuses, nationales, culturelles ou autres, lesquelles pouvaient exister entre ces auditeurs. Et il s'ensuit que tous et chacun y deviennent égaux par le désir commun de leur Masse, ou à tout le moins, tous s'y trouvent puissamment entraînés et efficacement attirés à adopter cette égalité-là que leur Masse leur impose. 3- « La masse aime la densité » Il s'agit là de la troisième propriété essentielle de la masse. Par cette propriété, les multitudes de gens qui font partie d'une masse, tendent à s'y rapprocher les uns des autres. Il va sans dire qu'ils n'admettent pas d'intrus. Ils ne tendent pas non plus à laisser entre eux d'espace, selon Élias Canetti. Ainsi, à s'inspirer de lui, on peut dire que ceux qui font partie d'une masse ne s'intéressent pas aux choses ni aux gens qui n'en font pas partie. D'où la question : nos masses d'auditeurs aiment-elles la densité? Pour y répondre, il convient d'abord de se rappeler que c'est dans leurs coeurs et dans leurs esprits, que les auditeurs tendent à se rapprocher. Leurs coeurs battent à l'unisson et leurs esprits ont les mêmes pensées. Ils se rapprochent ainsi « mentalement » même si leurs corps, eux, restent à distance. Ils y sont attirés plus spécialement par les vedettes, les « stars », les personnalités « médiatiques » et les personnages imaginaires qui sont attirants ou séduisants, comme ils sont attirés plus largement par tout ce qui leur vient dans les programmes et en provenance de leurs médiateurs. De plus, à certains jours et même en dehors de l'écoute des émissions, il est frappant de voir de nombreux auditeurs lesquels sont pourtant dispersés dans un grand lieu public, se mettre à courir et à se rapprocher afin de mieux voir une vedette de la télévision, lorsque il leur arrive d'y apercevoir celle-ci par hasard. On les voit même se presser les uns sur les autres et se rapprocher autant que possible afin de mieux voir leur vedette. Toutefois, la plupart du temps, la densité de nos masses d'auditeurs reste peu visible, sinon imperceptible pour ceux-ci. Malgré que tous s'y rapprochent, nul n'y porte attention. Les masses d'auditeurs pénètrent dans les maisons sans que leurs habitants s'en aperçoivent. De sorte que les auditeurs formant ces masses s'en trouvent attirés efficacement même en ayant le coeur et l'esprit ailleurs que dans leurs maisons, soit dans des lieux imaginaires fabriqués par le désir de leurs masses et selon ce même désir. Pour ainsi dire, ces masses d'auditeurs restent assises dans leurs fauteuils et à l'intérieur de leurs murs, alors qu'elles se rapprochent à « converger mentalement » vers ces vedettes et animateurs qui apparaissent uniformément à tous. Par exemple, de nos jours, les habitants du Pôle Nord et ceux du Pôle Sud peuvent se sentir moins éloignés ou plus proches les uns des autres, à se trouver devant les mêmes vedettes qui leur sont diffusées en même temps et de la même façon à tous et chacun d'eux. La distance physique ne vient plus séparer ni éloigner les auditeurs du Nord de ceux du Sud. Tout comme pour les masses d'auditeurs du Nord autant que pour les masses d'auditeurs du Sud, les différences d'heures n'ont plus d'importance. L'heure est plutôt au rapprochement entre ces masses du Nord et celles du Sud. Même les saisons ne sont plus différentes. Par exemple, tout en aimant la même vedette, les Québécois peuvent très bien se trouver en hiver, pendant que les Australiens, eux, sont en été Au fond, dans nos masses d'auditeurs «tout le monde»aime se rapprocher de « tout le monde ». En plus, la densité des masses d'auditeurs ainsi que le rapprochement de ceux-ci se manifestent parfois par leur influence sur d'autres masses, sur des ensembles humains ou sur des groupes. On en voit une démonstration lorsqu'une émission est télédiffusée, laquelle est nettement plus populaire que les autres émissions. Il s'ensuit que des milliers d'auditeurs, qui sont des automobilistes par ailleurs, sont alors désireux de regarder cette émission-là et s'abstiennent ainsi d'aller en ville. À cause d'eux, une augmentation de la masse d'auditeurs et de sa densité se produit alors, ce qui entraîne indirectement une diminution de la circulation automobile dans Montréal, comme dans d'autres villes aussi. Car en voyant la circulation automobile devenir plus fluide ou moins dense à l'heure précise où cette émission se trouve diffusée, on peut se dire ou supposer que la densité de la masse d'auditeurs à l'écoute de cette émission s'accroît d'autant. Des policiers, qui sont spécialement affectés à de la circulation, sont souvent témoins de ces phénomènes, lesquels se répètent quand des émissions sont ainsi plus populaires. Par ailleurs, certains phénomènes donnent à penser que cette densité des masses d'auditeurs vient agir négativement sur la densité des familles elles-mêmes. D'abord à l'intérieur de leurs foyers, on observe que les membres des familles ne se parlent pas pendant qu'ils regardent les émissions. Leur attention est ailleurs. Ils sont avec quelqu'un d'autre. Même si ces auditeurs aiment être dans leurs foyers, ils en « sortent » quand même d'une certaine façon pendant leur écoute des émissions. Ils ont alors « la tête ailleurs » et le coeur aussi. Ils se tournent alors mentalement vers leur masse (ou vers un « public ») qu'ils composent avec des multitudes d'autres auditeurs. Ils y sont attirés très fortement par l'attraction que leur masse exerce sur eux. Ainsi ils s'approchent mentalement de leur masse et tous ces autres auditeurs qui composent cette masse, autant qu'ils s'éloignent mentalement des autres membres de leurs familles. Ainsi on peut dire que la densité de leur masse se resserre alors que la densité de leurs familles se relâche. Il est à noter en plus que nos masses d'auditeurs ainsi que leur densité se trouvent mises en évidence lorsqu'elles suscitent l'envie de certains politiciens. On le sait bien, les masses d'auditeurs sont tellement imposantes, qu'en comparaison, les foules qui vont aux assemblées des partis politiques paraissent toute minuscules. D'où certaines initiatives de ces politiciens pour obtenir des collaborations de la part des médiateurs pour que les masses d'auditeurs s'accroissent encore, pour que leurs multitudes d'auditeurs s'y rapprochent à nouveau et deviennent encore plus denses, et cela pour les motifs que l'on sait... 4- « La masse a besoin d'une direction » Par ailleurs, on gagne à observer comment nos masses d'auditeurs ont besoin d'une direction, ce qui constitue la quatrième propriété essentielle des masses humaines, selon Élias Canetti. Car selon lui, il faut absolument qu'un leader quelconque ou un groupe dominant intervienne pour donner aux masses des objectifs précis, à court terme et facilement accessibles. Or on trouve facilement plusieurs phénomènes montrant comment nos masses d'auditeurs se trouvent à recevoir une direction, et laissant voir que ces masses ne se dirigent pas elles-mêmes. D'abord, c'est un fait connu que les émissions arrivent aux masses d'auditeurs en suivant un ordre précis, un ordre qui n'est pas conçu par ces masses elles-mêmes. Puis, le plus souvent, les programmes sont dûment préparés, produits à l'avance et avec méthode. Ils sont aussi chronométrés et même les secondes y sont calculées. Et les masses elles-mêmes sont vraiment incapables de faire tout cela. En plus, les programmes sont aussi encadrés. Et cela, même si on y trouve certains passages « improvisés » ou même si certains animateurs peuvent dire tout ce qu'ils ont le goût de dire. Ainsi nul peut contredire ceux qui disent : « Un média, c'est un système de communication«. Alors que les masses, elles, n'ont rien d'un tel « système ». Pour ce qui concerne les médiateurs qui dirigent les chaînes ou les autres organismes de diffusion de masse, la logique et la gestion sont de rigueur pour eux autant que pour les dirigeants d'autres organismes. Tout comme les lois du marché et de la concurrence restent et s'imposent quand les médiateurs relèvent d'entreprises privées. Aussi, en tenant compte de ces phénomènes, on aperçoit déjà ce besoin qu'ont les masses d'auditeurs d'être dirigées par quelqu'un d'autre. Pourtant, on voit encore mieux ce besoin de direction de nos masses, quand on compare les capacités qu'ont ces masses de passer à l'action avec les capacités qu'ont leurs médiateurs de le faire. Incidemment, au moment de s'y appliquer, il convient de saluer les groupes de citoyens qui font faire valoir leurs points de vue en matières de médias. Comme on peut vouloir se solidariser avec les organismes familiaux et les groupes communautaires qui encouragent leurs membres à défendre les intérêts et les droits des auditeurs, des téléspectateurs et ceux des «usagers»des divers services de communication de masse. Mais cela étant dit, il n'en demeure pas moins que trop souvent ces groupes disposent de trop peu de moyens. En comparaison, avec leurs entreprises et organismes divers, nos médiateurs, eux, disposent de formidables moyens financiers, sociaux, politiques et autres. Et il s'ensuit qu'ils se positionnent comme étant ceux qui déterminent les principaux buts et objectifs des programmes et qui en assurent la direction. Aussi il ne vient à l'esprit de personne que les masses d'auditeurs puissent diriger les programmes, ni que les masses de lecteurs des journaux en soient les dirigeants. D'une façon tout autant observable, les masses d'auditeurs restent très souvent dépendantes par rapport à leurs médiateurs. Elles le font en s'assoyant pour écouter leurs médiateurs et en se contentant de réagir aux émissions diffusées par ceux-ci. Il n'est pas rare que ces masses se retrouvent devant un choix fait par leurs médiateurs, comme on se retrouve devant un fait accompli. La réciprocité entre masses d'auditeurs et médiateur Toutefois, il ne faut pas pour autant exclure toute réciprocité entre les masses d'auditeurs et leurs médiateurs. Ainsi on se doit de tenir compte des sondages et des recherches que les médiateurs font ou font faire pour connaître la volonté leurs masses d'auditeurs. Car il est bien vrai que ces médiateurs s'efforcent de se conformer au désir du «public«, comme ils le disent souvent. On peut bien en convenir, vu que cela peut signifier qu'ils veulent combler le désir de leurs masses d'auditeurs. Toutefois, il faut remarquer que pour combler ainsi le désir des masses, il faut en même temps diriger ces masses. Un exemple vivant en est donné par le couple que Céline Dion et René Angélil se trouvent à former. Alors que Céline excelle à combler le désir de ses masses de fans, René, lui, se trouve diriger ces masses par ses talents d'administrateur. Mais l'espace manque ici pour traiter convenablement des problèmes posés par cette réciprocité entre ces masses et leurs médiateurs. Et bien des questions qui concernent les masses d'auditeurs et leurs médiateurs restent encore sans réponses et exigent d'autres travaux. 4- Conclusions et perspectives Les masses et les médiateurs entraînent des changements majeurs et profonds dans la vie des familles et des sociétés. Plusieurs sont mentionnés dans les pages précédentes. Mais pour mieux voir l'ampleur de ces changements, on sent le besoin d'en avoir une vue d'ensemble. Robert Laffont, lui, peut nous y aider. On peut considérer qu'il fait partie des gens des médias. Il a fondé la maison d'édition qui porte son nom et en plus il a produit des médias audio-visuels. Or, Robert Laffont réussit à résumer une vision globale de la télévision dans les quelques mots suivants:
Or, pour bien comprendre ce que ce que Robert Laffont veut dire par ces mots-là, il faut noter qu'en réalité celui-ci est un admirateur de « la télévision ». Il se félicite de « la télévision » autant qu'il se félicite de « la révolution la plus capitale » qui, selon lui, est provoquée par « la télévision ». Il s'en explique longuement dans son livre. Cela dit, on voudra surtout en retenir les deux faits suivants. Le premier fait crève les yeux. Avec Robert Laffont, certains changements attribués à « la télévision » relèvent de « la révolution la plus capitale ». Aussi avec lui on doit s'attendre à y trouver des changements qui sont tout à la fois majeurs, profonds et largement répandus dans les populations de nombreux pays. Le deuxième fait s'impose à l'esprit quand on y lit les mots «dans la majorité des foyers ». Car il devient alors évident que les familles elles-mêmes se trouvent impliquées dans cette révolution. Et il est permis de croire que c'est au sein des familles que se déroule « la révolution la plus capitale que l'homme ait connue ». Ainsi on ouvre les yeux plus grands pour mieux voir les masses d'auditeurs et leurs médiateurs faire leur entrée dans les familles. Il va de soi que les masses et les médiateurs vont y prendre la place qui leur revient en y apportant la révolution la plus formidable de l'histoire humaine! Et il est assuré que la venue et la présence de ces masses dans les familles vont bouleverser totalement celles-ci, il ne peut pas en être autrement. Cela étant, il ne reste plus qu'à se poser la question suivante : comment les familles vont-elles devenir des familles révolutionnaires? Pour y répondre, on sait d'avance que les changements qui vont se faire dans les familles ne seront pas superficiels ni passagers. Et vu que l'écoute de la télévision se fait souvent le soir, on se dit que les soirées qu'on passait en famille vont alors changer drastiquement. Elles deviennent subitement des soirées qu'on passe dans des masses. La vie en famille s'en trouve changée du tout au tout. Et on observe aussi comment tous et chacun des membres des familles qui vont se joindre à ces masses et se mettre à écouter leurs médiateurs. Et à composer ces masses, tous et chacun se transforment eux-mêmes, radicalement, mais imperceptiblement et même en y trouvant du plaisir. Leur révolution familiale est certes capitale mais tous et chacun peuvent parfaitement s'y divertir quand même. Ensuite à la lumière de cette révolution formidable et à cause de celle-ci, on devient plus apte à d'observer comment les rapports entre les membres des familles se trouvent alors remplacés par les autres rapports existant entre les auditeurs formant les masses et aussi par rapports entre les masses d'auditeurs et leurs médiateurs. Notamment, les rapports entre les enfants et leurs parents s'en trouvent transformés pour devenir des rapports qui sont proprement révolutionnaires mais qui paraissent comme étant des rapports « normaux ». Tout comme ces rapports entre masses et médiateurs se substituent aux rapports entre les conjoints, sans que ceux n'y trouvent à redire. Aussi, il reste à comprendre comment ces changements, qui sont vraiment les plus révolutionnaires de l'histoire, arrivent à se faire dans les familles sans que celles-ci sans aperçoivent. Or, certains phénomènes aident à s'en faire une idée. D'abord, il arrive qu'en faisant partie de ces masses, les familles s'y trouvent attirées par des Objets désirables leur venant de leurs médiateurs. Et pour autant le désir de ces familles s'en trouve comblé. Si bien que dans de tels moments les familles ne peuvent faire autrement que de vouloir que cela continue et que leur désir ne cesse d'être ainsi comblé. Pour autant, des multitudes de familles ne peuvent pas mettre en cause ce qui leur fait autant plaisir, et ne souhaitent pas s'en soucier en aucune façon. Ensuite, ce qui semble voiler la vue des familles, c'est le fait que les familles en deviennent incapables de s'inquiéter de ces changements. La raison en est que la quasi-totalité des familles s'y transforment alors très rapidement, parce que la télévision prend seulement quelques années pour faire son entrée dans presque tous les foyers. Et il s'ensuit que ces changements, même s'ils se font dans une révolution qui est la plus « capitale » pour l'humanité, se font dans les foyers, mais en paraissant convenir parfaitement à presque toutes les familles. Ce qui se comprend quand on sait que le désir commun des masses devient alors le désir commun qui attire la quasi-totalité de ces familles. C'est par la puissance-attraction de ce désir des masses, que toutes et chacune de ces familles se mettent à se conformer alors à ce qui apparaît à toutes et chacune comme étant le désir de tout le monde. Aussi, à voir la révolution la plus capitale se faire ainsi au sein de multitudes de familles, il devient nécessaire de regarder comment elle intervient aussi en dehors des foyers et dans l'ensemble de la société. Masses et peuples Comme les familles, les peuples et les nations vont alors changer radicalement et au profit des masses d'auditeurs lesquelles sont l'avant-garde triomphante de cette révolution si capitale. C'est ainsi que l'histoire de certains peuples ayant vécu avant l'avènement de la télévision va s'assombrir après l'arrivée de celle-ci. Ainsi, quelques années après l'arrivée des médiateurs de masses au Québec, se répand rapidement et partout l'opinion qu'une grande Noirceur avait recouvert l'histoire du Québec, et que, tout au contraire, ces médiateurs y sont venus répandre la Lumière. De fait, chez nous « la télévision » se trouve associée à « une révolution tranquille », comme chez pour d'autres peuples, « la télévision » se trouve considérée comme une révolution à la fois capitale et bénéfique. Car Robert Laffont n'est pas le seul à dire qu'il s'agit là d'une révolution qui est bénéfique. Bien d'autres gens disent semblablement que cette révolution télévisuelle fait progresser de bien des façons les peuples chez lesquels cette révolution se répand. Et il faut reconnaître aussi que la renommée de «la télévision»et que le prestige des « médias » sont extraordinaires aux yeux d'autres gens. Masses et vie politique Par ailleurs, nos médiateurs inspirent eux-mêmes des sortes de figures doubles des organismes déjà établis avant leur arrivée. Et ils font aussi des autorités en place. Par exemple, par la médiation que les médiateurs exercent sur leurs masses, ils peuvent imaginer des « doubles de juges » qui paraissent « meilleurs juges », des juges plus attirants que les juges eux-mêmes. Comme de leur côté, les masses s'inventent tout aussi facilement « des doubles de politiciens », lesquels paraissent « meilleurs politiciens » que les politiciens qui sont des élus et qui occupent leurs sièges à l'Assemblée nationale à Québec ou ceux qui siègent à la Chambre des Communes, à Ottawa. Ces « doubles de politiciens » qui sont imaginaires, paraissent « non-partisans » et « pour objectifs » en politique, et surtout ils paraissent « meilleurs » que les politiciens qui sont élus. N'empêche que ces « doubles de politiciens » influencent grandement la pensée et les orientations des chefs réels et des divers partis politiques existants comme aussi l'esrit même et l'évolution de la vie politique dans quantités de pays. En même temps, les masses et leurs médiateurs inspirent et enclenchent tout autant la formation d'autres doubles dans les divers domaines de la société et aux différents niveaux de celle-ci. Il ne s'agit pas là de personnes en chair et en os. Ces doubles sont plus faits par des mises en scène et des représentations de personnes et se substituent à la présence et à des personnes en chair et en os. Comme on peut dire aussi que ces doubles sont des «images désirables»lesquelles sont des copies de ces personnes, des copies qui aux yeux des masses sont plus attirantes et plus convaincantes que ces personnes elles-mêmes. Il faut voir que les masses d'auditeurs se trouvent à entretenir ces « images désirables » dans leurs rapports avec les responsables qui travaillent sur le terrain. Il en résulte des copies améliorées de ces responsables, autant dire des doubles. Le fait que ces doubles soient imaginaires ne nuit pas à leur efficacité et ne le empêche pas de rallier les masses. Tout au contraire, en étant imaginaires les doubles entraînent les masses plus facilement et plus efficacement. Car il faut bien admettre que ces doubles paraissent plus «ouverts'»et plus impliqués, ont l'air plus progressifs et mieux informés que ces responsables de terrain peuvent le paraître, et cela même si ceux-ci ont de l'expérience, connaissent très bien leur milieu et le travail qu'ils ont à faire. Par ailleurs, les masses d'auditeurs, elles, se trouvent ravies devant le prestige et devant l'énorme poids politique, social et culturel de leurs médiateurs. Mais il n'en reste pas moins que, sans nullement vouloir troubler leur bonheur, il faut regarder aussi comment ces masses elles-mêmes deviennent toutes puissantes dans l'ensemble de la société et en viennent à s'imposer En fait ces masses constituent d'énormes agrégats humains qui paraissent briller et scintiller comme des étoiles. S'y trouvent d'immenses multitudes de gens qui y sont entraînés par leurs désirs communs, tendent à se fusionner et développent ainsi un formidable pouvoir d'attraction. Ainsi ces masses elles-mêmes deviennent d'immenses « doubles » collectifs lesquels se superposent ou se juxtaposent aux collectivités préexistantes, aux villes, aux villages, aux communautés locales comme aux groupes sociaux. Alors, la plupart de ces autres groupes et ensembles, se mettent à paraître comme des groupes peu attirants, ou «dépassés«, et s'en trouvent délaissés avant de s'estomper dans l'indifférence de tout le monde Masses et religion Les masses d'auditeurs et leurs médiateurs n'agissent pas autrement pour ce qui concerne la religion et le sens qu'on peut donner à la vie. Ces masses vont se substituer peu à peu mais efficacement aux peuples croyants qui les ont précédées. Des multitudes de fidèles qui fréquentaient les églises, les temples et les autres lieux de cultes ont diminué ainsi avec le temps, sans qu'on sache pourquoi. Mais quand on tient compte de l'arrivée des masses d'auditeurs, de la force de leurs désirs communs et du fait que ces masses se renouvellent de soir en soir et d'année en année, on commence à comprendre comment ces multitudes de croyants vont tendre à disparaître. Les médiateurs interviennent eux aussi dans les questions de religion. Ils le font en diffusant des modèles qui paraissent plus attirants aux yeux des masses que les sages ou les saints des diverses religions. Puis ces médiateurs renouvellent sans cesse leurs modèles, et ils font en sorte que leurs modèles soient toujours plus désirables pour leurs masses d'auditeurs, y compris lors de la diffusion de cérémonies religieuses. Et alors la représentation des religions vient remplacer la religion. Des vedettes sont ainsi surnommées « idoles ». Comme on dit d'une chanson qu'elle est une « chanson culte ». Aussi ce que ces médiateurs arrivent à faire, c'est d'introduire ce qui équivaut à une religion basée sur le désir de masse. Alors que les masses, elles, y trouvent une sorte de religion qui est basée sur leur désir, une religion du désir des masses. Ainsi on voit comment le désir des masses d'auditeurs en vient à remplacer le désir des peuples de diverses religions. Au Québec, avant ces masses, un voyageur de passage trouvait facilement une église pleine de pratiquants. Aujourd'hui, ce qu'un voyageur trouve souvent, c'est une église presque vide. Car ici comme ailleurs, ces masses se comportent comme des doubles collectifs qui viennent se substituer à des parties importantes d'un peuple croyant, qu'il soit chrétien ou d'un autre religion. Les masses d'auditeurs dans le monde actuel De tels phénomènes de masses s'observent enfin jusqu'à l'échelle du monde. Un nouveau siècle commence à peine quand près de 3000 personnes innocentes sont tuées à NewYork le 11 septembre 2001. Sous le choc et consternés, les Américains passent les jours suivants, à regarder les images qui en sont diffusées par la télévision. C'est dire que des masses américaines se forment alors. Aussi les États-Unis sont paralysés non seulement par ce choc mais aussi par ces masses elles-mêmes. Le monde est stupéfait et il regarde ces images lui aussi. Les masses d'auditeurs se calculent alors par centaines de millions, vu que les médiateurs rejoignent ces masses et s'activent à exercer leur médiation en utilisant des satellites. Mais voici qu'en s'adressant aux masses américaines par la télévision, Georges Bush se met à parler... La guerre d'Irak s'ensuit. Alors des médiateurs, qui conseillent le président américain et qui sont des experts en communication, y travaillent alors autant que possible. Ils tiennent à donner au président une image irrésistible et à le montrer dans un décor saisissant. Il en résulte alors un spectacle inoubliable. Vêtu en un pilote d'avion militaire et suivi par les caméras, Georges Bush, va se poser sur un porte-avion et déclare triomphalement: « Mission accomplie ». Alors que les masses d'auditeurs américains comme les masses dans divers pays s'en trouvent fascinées. Or, il faut y voir une apogée éblouissante pour les masses et pour leurs médiateurs. Mais il faut se dire que cela leur arrive après une longue évolution. Ce n'est pas d'hier que le désir des masses et des médiateurs se répand chez les peuples. Aussi si une personne ose demander: Et les Nations Unies que font-elles? On peut lui répondre: « Bof! les Nations Unies ne diffusent pas de spectacles que tout le monde aime ». De nos jours, il est entendu que les masses et leurs médiateurs dominent de larges parties de la planète. Il reste alors aux familles et aux
citoyens de faire des efforts pour y trouver une place. 1- Les gens de langue française ne vont pas oublier le mot «media«, un mot qui leur vient des Anglo-américains. Mais ils vont quand même en venir à mettre un accent aigu sur la lettre «e»du mot «media»et à l'écrire «média»pour le «franciser«. De sorte qu'aujourd'hui nos gens se trouvent à écrire «media»ou «média«. 2- Définition en langue anglaise parue dans Encarta World English Dictionary. Ed. St-Martin Press, New York, 1999, et traduite par G. Gauthier , 3- Canetti Élias, Masse et puissance, Ed. Gallimard, 1966,1986, p.27-28. 4- Laffont Robert, Léger étonnement avant le saut, Ed. Robert Laffont, Paris 1996, p. 132. |
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