Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 16, numéro 77, septembre 2004

     
Monsieur Manuel Peñafiel, t.s.     Image de la conférence    Écouter     Voir  

Travailleur social
Équipe jeunesse
CLSC Des Faubourgs

 
La santé mentale des enfants : SOS Garçons

Présentation générale du thème

   Récemment, il a été publié dans quelques quotidiens et revues, des articles relatant des symptômes de malaises, de difficultés, de déroutes (!), qu'on attribuerait aux garçons.

   Ces propos concernaient la réussite scolaire, la vie sociale, la vie affective des garçons.

   Quelques écrits ont mis en cause le féminisme.

   On a lancé ce message : S.O.S. Garçons !

   Qu'en est-il exactement ?

   Nos personnes ressources s'interrogent sur le phénomène et apportent quelques pistes de réflexions.

   Monsieur Manuel Peñafiel est travailleur social et oeuvre dans l'Équipe jeunesse du CLSC Des Faubourgs.

   Il possède une grande expertise dans le Centre-Sud de Montréal. Il a été intervenant au Projet TRIP.

   Dans son intervention, il nous parlera de la difficulté pour les garçons de grandir et de devenir un homme avec les mythes de la masculinité, qui les poussent à reproduire une image de l'homme qui est difficile à tenir.

Fondement théorique

   Nous avons fait le choix de concevoir un projet qui s'adresse exclusivement aux jeunes garçons. Voici les motifs de notre choix.

Le code de la masculinité

   Devenir un homme, être le garçon auquel on s'attend, représente un défi de taille pour tous les adolescents. Cela fait partie intégrante du chemin à parcourir pour se forger une personnalité propre. Les garçons empruntent donc ce chemin et se guident avec les conceptions sociales de ce qu'un homme doit être. Ces conceptions font souvent référence aux stéréotypes qui constituent l'idéal masculin. Cet idéal, renforcé par la société, devient le code de conduite obligatoire qui régit les attitudes et les comportements du « mâle ». Il devient alors très difficile pour un jeune de déroger à ces règles.

   Ces stéréotypes reposent sur quatre impératifs qui sont au coeur du code de la masculinité. Ces impératifs peuvent se résumer ainsi :

   « Les hommes sont forts comme des chênes », c'est-à-dire, rien ne peut les atteindre. Cette prémisse pousse les garçons à refouler tout sentiment qui pourrait les rendre vulnérables aux yeux des autres et surtout de leurs pairs. Comme tous les stéréotypes, celui-ci est renforcé par la société dès la tendre enfance par des phrases du type, « un garçon ne pleure pas ».

   « Les hommes, ça crie toujours plus fort ». C'est l'attitude de défi, d'audace et d'insolence que l'on tolère chez les hommes car on la croit inévitable. Comme si les garçons avaient une prédisposition biologique à la violence, incapables de se retenir ou de se contrôler. Ce sont les entraîneurs sportifs qui gueulent, les héros de films qui ne se laissent jamais piler sur les pieds. Ce mythe pousse les garçons à s'embarquer dans des situations explosives où il est impossible de reculer sans perdre la face. C'est le mythe qui transforme les hommes en boucs.

   « Les hommes sont des gros bonnets ». Le mythe veut que les hommes qui réussissent soient des « big shots », des gagnants qui y sont parvenus en étant des caïds. C'est le chemin à emprunter pour avoir du pouvoir, pour être le dominateur. Et il faut savoir que dans l'univers de l'adolescent, l'absolu est souvent roi. Alors si l'un n'est pas dominant, il est forcément dominé ! Vaut mieux être le premier. Cela pousse alors les garçons à se vêtir d'une armure qui prétend montrer qu'ils sont en contrôle et qui les protège de la honte et de l'humiliation à tout prix. « De toute façon, rien n'affecte les vrais hommes ». Cette attitude fait donc en sorte que les garçons qui vivent des échecs doivent cacher leurs peurs derrière le masque du « je m'en fous !».

   « Il ne faut jamais faire fillette ». La conception de ce qui fait « gars » ou « fille », empêche les garçons d'exprimer toute la panoplie de sentiments qui sont réservés aux filles (la dépendance, la chaleur humaine, l'empathie). Tout ce qui fait « fille » rend vulnérable. Camisole de force par excellence, ce clivage entre sentiments d'homme et sentiments de femme, réduit l'éventail des sentiments masculins à la seule expression de ceux qui les rend en apparence solides, autonomes et indépendants. Il est donc impossible pour les garçons d'explorer toute l'étendue du registre des sentiments possibles puisque tabous aux yeux de la société, mais qui pourtant sont naturels, spontanés et sains. Les garçons comprennent vite qu'il est préférable de ne pas se montrer vulnérables et refoulent constamment leur vécu affectif et émotionnel. Beaucoup d'entre eux sont incapables de se montrer à la hauteur des attentes et doivent endurer les sarcasmes, le rejet et le ridicule. C'est le début d'une déconnexion entre les garçons et les adultes.

Les conséquences

   Nous élevons ainsi des garçons qu'on pousse très tôt vers l'autonomie mais à qui l'on n'accorde pas le droit de douter, de prendre le temps d'être prêts. Des garçons à qui l'on inculque la honte s'ils ne parviennent pas à cadrer dans le modèle de la masculinité qui leur est présenté. Car il est honteux pour un garçon de ne pas être à la hauteur. Si tu as peur dans le noir, « fais un homme de toi » ; si tu n'es pas bon avec tes poings, « t'es pas un homme »; si tu racontes tes peurs ou tes problèmes, « arrête de te cacher sous les jupes de ta mère » ; si tu aimes la danse, « t'es une vraie tite-fille ».

   Dans de telles conditions, il n'est pas étonnant que les jeunes adolescents qui débarquent dans un nouveau milieu comme l'école secondaire, traînent des blessures en silence depuis plusieurs années. Ces jeunes sont peu portés à se confier et à demander de l'aide. Frustrés par leur incapacité à exprimer certaines facettes de leur personnalité, ridiculisés lorsqu'ils ne sont pas assez « virils », certains garçons se mettent à emprunter un parcours dangereux. Tour à tour victimes des plus forts et bourreaux des plus faibles, ces jeunes passent le plus clair de leur temps d'école à survivre. On se fait attaquer psychologiquement et physiquement par les plus forts, on se venge sur les plus faibles dès qu'on en a l'occasion. Tout cela sans que les adultes soient au courant. Soit que les jeunes ne nous en parlent pas car le code de la masculinité les oblige à garder l'image du garçon en contrôle de tout, soit qu'on trouve cela normal car après tout, « ce sont des garçons ».

Le défi

   Mais comment faire pour que nos garçons puissent devenir des hommes, sans tomber dans les pièges du code de la masculinité. Il est parfois difficile pour des parents préoccupés par ces stéréotypes de ne pas les inculquer à leurs enfants, lorsque ces derniers sont encore tout petits. Vouloir le faire avec des adolescents, qui ont déjà bien compris et intégré ces comportements, s'avère une entreprise délicate. En effet, il faut réussir à élargir l'éventail de sentiments que ces jeunes peuvent utiliser, tout en assurant un lieu protégé des moqueries et du sentiment de honte omniprésent dans leur milieu. Il faut leur faire vivre ces sentiments, leur donner la chance d'en parler et de trouver des façons de faire qui pourront remplacer la violence, la fanfaronnade ou le « je-m'en-foutisme » avec lequel ils affrontent la vie. Cette dernière facette de l'entreprise est importante, car s'il est salutaire de pouvoir s'exprimer librement dans un lieu sécurisé pour adopter ces nouvelles façons de faire, il faut de plus être certain qu'on ne perdra pas la face en reniant l'ancien code.

   Tout d'abord, il faut réunir nos jeunes autour d'un projet qui nous permettra d'explorer la gamme d'émotions dont nous parlions plus tôt. Pour créer un environnement propice, il est important de respecter le désir ludique des adolescents, sans pour autant oublier qu'ils possèdent souvent une vue plutôt restreinte des possibilités que peut présenter une activité. Toutefois, pour qu'ils se sentent « repus », il importe que l'activité soit complète, c'est-à-dire qu'elle fasse appel à tous leurs sens.

   Les jeunes ont besoin d'une structure claire pour participer à une activité sans avoir à se soucier indûment des aléas propres à la vie en groupe (« vais-je être accepté », « ce que je fais sera jugé », « les plus grands veulent me frapper », « on ne m'aime pas », « de toute façon, c'est con »). Cependant, si la structure prend trop de place et devient trop lourde, les adolescents peuvent se sentir frustrés car l'atteinte de leurs objectifs ne leur apparaît pas perceptible dans le temps. L'immédiateté est une valeur bien connue de l'adolescence !

Un groupe de garçons

   Malgré tout, on peut toujours se demander pourquoi cette activité s'adresse seulement aux garçons. On observe en effet que le phénomène de la violence et de la criminalité est en croissance et en train de devenir très préoccupant chez les jeunes filles.

   En dehors du fait que les apprentissages requis diffèrent d'un groupe à l'autre, les garçons doivent faire face à des attentes très contradictoires de la part de la société. Cette réalité fait en sorte qu'ils s'efforcent de trouver des réponses particulières face à ce défi.

   Au Québec en particulier, on observe que les garçons abandonnent l'école dans une proportion de trois à quatre fois supérieure aux filles et leurs performances négatives au niveau académique ne sont plus un secret pour personne. Il est donc clair que les garçons éprouvent des difficultés. Cependant, au chapitre des mythes de la masculinité, ces difficultés apparaissent propres aux garçons et donc, normales. Toutes les angoisses dues à la peur de l'échec doivent alors être cachées car de toute façon, « on s'en fout ». Mais les garçons ont une drôle de façon de « s'en foutre ». La mortalité avant 18 ans est plus forte chez les garçons et 80 % des suicides sont masculins. Les garçons pressentent quatre fois plus de problèmes comportementaux ou émotionnels, deux fois plus de références en Centre Jeunesse, présentent six fois plus d'hyperactivité et six fois plus de schizophrénie à l'adolescence. Nous nous adressons donc à des garçons dont l'estime de soi est plus fragile, qui sont plus « diagnostiqués » et qui consomment souvent davantage de médicaments, parfois très puissants (troubles de l'attention).

   Pour conclure, notons aussi que les statistiques sur la criminalité et en particulier, sur les événements de violence contre la personne ou contre les biens, est dans une proportion très importante le fait des « garçons » devenus hommes adultes, mais dont le développement de l'affectivité présente des lacunes tout aussi importantes. La « Quête du héros intérieur » comporte donc une dimension préventive de premier ordre. Il veut à la fois respecter le besoin du mâle de se valoriser et d'être valorisé et être source d'apprentissage d'une plus grande empathie envers soi et envers ses concitoyens.

Objectifs généraux

   Pour prévenir l'occurrence de comportements violents et criminels, nous voulons :

  • Jeter les bases d'une identité masculine positive et d'un modèle constructif de la masculinité ;
  • Favoriser la reconnaissance et l'acceptation d'un registre étendu de sentiments et d'émotions chez les jeunes garçons ;
  • Confronté les jeunes à eux-mêmes, à leurs limites et à leurs capacités ;
  • Développer la tolérance et le respect ;
  • Cultiver la solidarité dans un groupe ;
  • Stimuler les apprentissages à l'intérieur d'un environnement ludique, stimulant le développement de l'imaginaire.

Objectifs spécifiques

   Pour parvenir au but visé, nous voulons :

  • Créer un environnement où les jeunes se sentiront libres d'exprimer tout le registre des émotions et sentiments qu'ils éprouveront ;
  • Augmenter l'identification et l'expression verbale des sentiments et des émotions éprouvés ;
  • Modifier la perception qu'ont les jeunes des valeurs en lien avec la masculinité et ainsi, nuancer le modèle de la masculinité qu'ils ont reçu ;
  • Augmenter les habiletés manuelles, cognitives et intellectuelles ;
  • Accroître l'estime de soi et la valorisation de soi ;
  • Réduire l'incidence du recours à la violence verbale et physique chez les jeunes participants.
 

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