Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 16, numéro 80, décembre 2004

     
Monsieur Sylvain Camus   Image de la conférence    Écouter    Voir

Intervenant
Directeur général
Pères Séparés

 
La violence faite aux hommes : un phénomène négligé

   Je remercie le Regoupement pour l'occasion qui nous est offerte d'exprimer le point de vue de Pères Séparés sur la question de la violence dans la famille.

Le contexte social

   Aujourd'hui des audiences publiques sont convoquées par la Commission des affaires sociales du Québec sur l'avis du Conseil du Statut de la Femme intitulé « Vers un nouveau contrat social pour l'égalité entre les femmes et les hommes ». L'avis interpelle les hommes à établir avec les femmes un dialogue pour intégrer des préoccupations de fond des hommes dans la quête de l'égalité ente les genres.

   Or, la 5ième orientation de l'avis vise à « éliminer toute violence et atteinte à la dignité ou à l'intégrité subies en raison du sexe ». Et on y met l'emphase sur l'importance « de la disponibilité du soutien et des services adéquats pour les femmes victimes de violence et leurs enfants » et appelle à « intervenir en amont des situations de violence en mettant sur pied un programme national de promotion et de prévention comprenant une campagne nationale se sensibilisation ».

   L'orientation ne dit rien sur la violence à l'égard des hommes ou la violence mutuelle dans les situations de tension familiale. Les hommes ne seraient-ils pas les négligés dans cet énoncé ?

   Si la violence des femmes à l'égard des hommes s'avérait significative n'y aurait-il pas lieu de modifier l'orientation de la promotion et de la prévention en matière de violence familiale ? N'y aurait-il pas alors une erreur de ciblage dans l'intervention en amont des situations de violence conjugales ainsi que dans la formulation d'un programme national de promotion et de prévention ?

   Souvent de tels propos mettent certains porte-parole du mouvement des femmes sur la défensive. Nos propos ne se veulent aucunement une attaque contre les acquis du mouvement des femmes en matière de violence familiale.

   Nous voudrions donc d'abord souligner l'importance de l'apport des femmes au cours des 35 dernières années à la problématique de la violence familiale et nous les remercions d'avoir mis cette préoccupation à l'attention du public et des décideurs.

   Le mouvement des femmes a réussi à sensibiliser la population à l'égard de la violence familiale, mais cet apport ne serait-il pas trop limité dans le contexte actuel ? Que savons-nous de la violence familiale à l'égard des hommes ?

   Au cours des dernières années nous avons appris que la problématique de la violence a été marquée par l'idéologisation du problème.

   Cette situation a été documentée par l'ouvrage de John Fekete « Moral Panic : Biopolitics Rising » (1995). L'auteur démontre que nombre de recherches sur la violence faite aux femmes ont documenté un nombre significatif de violences faites aux hommes. Toutefois, les mécanismes politiques ont mis de côté le problème pour ne conserver que l'aspect de violence à l'égard des F (et des enfants). Cette restriction aura des conséquences importantes sur la documentation et l'appréciation du problème ainsi que le développement des infrastructures de service.

   Par exemple, Statistiques Canada a commencé à mesurer et répertorier les assauts des H à l'égard des F mais en ne mesurant aucunement la violence des F à l'égard des H.

   Ce n'est que tout récemment que les statistiques des gouvernements ont commencé à recenser les cas d'hommes victime de violence familiale. Or, le chercheur Denis Laroche en conclut qu'il existe une « égalité » des sexes en matière de violence conjugale au Québec :

  • + de 6 H sur 100
  • + de 6 F sur 100 parmi la population âgée de plus de 14 ans.

   Ces données sont similaires à celles cueillies au Canada, aux Etats-Unis et en Europe.

   De plus, au Québec, les plaintes pour violence conjugale déposées par les H auprès de la police et jugées fondées après enquête, ont augmenté de 40%. En l'an 2000, 17,5% des situations de violence conjugale (2,365 cas) étaient dénoncées par des H.

La violence familiale et les ruptures d'union

   Les ruptures d'union sont non seulement des transitions familiales majeures mais des situations où les tensions dues au stress et rejet sont propices à des actes de violence et, notamment, en matière de disputes sur la garde des enfants.

Diverses formes de violence

   La violence familiale peut être regardée en bonne partie comme un phénomène de territorialité. La résidence est un prolongement de notre espace d'intimité personnelle. Il en est de même de l'intégrité de chaque partenaire du couple. Lorsque cet espace est violé ou lorsque le couple est au seuil d'une crise majeure telle qu'une rupture d'union, l'intégrité de l'espace intime se trouve souvent violé. Il peut alors en résulter un degré élevé de conflit. Et ce d'autant plus qu'une rupture d'union est considérée comme étant un des événements de vie qui génère un des plus haut niveau de stress. Le stress aidant, il peut en résulter des conflits de haut niveau. Ceci est d'autant plus important si un ou les deux membres du couple a des difficultés relationnelles ou encore certains problèmes d'ordre psychiatrique.

   Par exemple, Marc et Stéphanie sont un couple en rupture. Le couple qui demeure encore ensemble mais Stéphanie a commencé à fréquenter un gars. Ce soir-là Stéphanie a décidé de sortir avec le gars. Marc se fait du mauvais sang et tourne en rond. Elle rentre à trois heures du matin. Ils ont alors une discussion tendue. Marc prend des sacs de plastique neufs pour les vidanges et les ouvre dans l'air. Il est hors de lui. Stéphanie appelle la police et il se retrouve encadré par trois policiers. Il s'est alors senti en danger. Qui fait violence à qui ?

   Autre situation, André et Louise ont une forte argumentation dans le corridor. Louise ne veut plus l'écouter, André met son bras en travers du corridor et l'empêche de passer. Louise fonce sur lui. Les deux tombent dans le sofa, Marc est légèrement coupé. Louise appelle la police et une plainte de violence conjugale est déposée contre Marc. Marc se voit refuser un temps de garde partagée. Le juge a interrogé directement les enfants. Un an plus tard, le fils de Marc lui apprend que leur mère les a obligé à mentir devant le Tribunal. Le juge a cumulé deux rôles, celui de témoin expert et de juge. Et il s'est fourvoyé. Ou se situe la violence dans cette situation ?

   Peut-on se servir des lois et de la réglementation policière en les détournant pour des fins mensongères et personnelles ? Jérôme est un pompier. Il a laissé Chantal revenir chez lui avec son fils. Tanné il lui demande de partir. Il désire un temps de garde partagée. Un différend apparaît sur le linge de l'enfant. Chantal décide de faire une plainte de violence conjugale et de pornographie infantile. La police intervient avec un mandat de perquisition. La police repart avec son ordinateur. Ils ne trouveront qu'un peu de pornographie pour adultes. Chantal a fait un méfait public. Qui fait violence à qui ?

   On peut se demander, dans un grand nombre de situations, si on peut tracer une ligne de démarcation nette entre les protagonistes dans les situations de violence conjugale.

   La violence conjugale peut être un acte physique mais c'est souvent une situation d'interaction ou il est difficile de trancher la question. Aussi on peut se servir des mécanismes mêmes de défense conte la violence pour faire de la violence. Nous pouvons aussi nous interroger sur ce que les enfants peuvent vivre dans ces situations. Y a-t-il lieu de ne considérer que la violence à l'égard de la femme et de l'enfant ?

   En somme, les organismes de pères séparés ont été depuis près de 10 ans les principaux critiques de l'inéquité de traitement dans les situations de violence conjugale.

   De plus, nous savons que les signalements de mauvais traitements à l'égard des enfants se partagent à près de 50/50 entre les pères et les mères.

   Quoique les personnes victimes de violence conjugale et ayant nécessité des blessures nécessitant des interventions médicales soient surtout des femmes, nous ne saurions mésestimer l'importance de comportements violents à l'égard des hommes.

   Les conséquences sur la santé mentale sont ici négligées et l'apprentissage de la citoyenneté en contexte démocratique dans un esprit de non-violence. Toutefois on retient les effets de la violence parentale sur la santé des enfants pour justifier une intervention à leur égard.

   Les hommes sont-ils encore les méchants la source de danger pour les femmes et les enfants ?

   Ce serait demeurer dans le carcan de l'idéologique que de continuer à partager arbitrairement les bons et les méchants selon le sexe.

   Devant l'ampleur et l'égalité du recours à des actes de violence pour résoudre les situations conjugales conflictuelles, il importe de promouvoir une politique et des programmes de promotion et de prévention non-sexistes qui interpellent tant les hommes que les femmes.

   De plus, les comités consultatifs actuels ne privilégient que la participation des services en violence conjugale, ceci semble aussi contribuer à biaiser le débat. Il nous semble ainsi que l'orientation actuelle tend, au nom de l`égalité, que reproduire les infrastructures existantes mises sur pied dans un contexte d'émergence mais aussi d'idéologisation de la problématique de la violence. À quand une approche équitable pour les hommes dans le traitement de l'égalité des hommes et des femmes ? À quand une approche plus respectueuse de la globalité familiale en matière de violence et de traitement des différends familiaux ?

   Voilà ce à quoi nous confronte une prise en compte conséquente du phénomène de la violence à l'égard des pères et des hommes.


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