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Le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec |
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Pensons famille |
Volume 16, numéro 80, décembre 2004 |
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| Monsieur
François Labbé Image
de la conférence Écouter Voir Agent
de recherche et de liaison |
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| L'institution
source de violence et de pauvreté - François
Labbé Nous entendons par « institutions » toutes les composantes, tous les établissements qui dispensent des services publics. Lorsque nous pensons aux institutions comme source de violence et de pauvreté dans une société démocratique, nous songeons peut-être à des débordements de répression policière ou à des erreurs professionnelles et administratives. Cependant, violence et appauvrissement prennent d'autres formes, moins spectaculaires, mais non moins dures. Les grandes institutions de l'État en sont-elles des sources quotidiennes? Trois exemples : les centres jeunesse, la Ville de Montréal et la sécurité du revenu. 1. Les centres jeunesse : contrôle et dépendance Les centres jeunesse (CJ) couvrent les 17 régions administratives du Québec. Ce sont des établissements publics chargés de fournir des services spécialisés aux jeunes de moins de 18 ans, aux familles et aux jeunes mères qui vivent des « difficultés graves ». Les CJ sont régis par trois lois :
Parmi les services spécialisés des CJ, nous retrouvons des mesures de placement (centres fermés, centres ouverts, familles d'accueil). Nous nous attardons ici plus précisément sur ces mesures. En centres jeunesse, la violence prend la forme d'un contrôle sévère et continue. Des jeunes ayant vécu des placements racontent les conditions de vie carcérales qui les privent de liberté à un point tel que certains cherchent (et réussissent parfois) à fuir dans la rue et même dans la mort. Peu importe la composante qui les accueille (centre fermé, centre ouvert, famille d'accueil ou de centre de réadaptation), les jeunes y reconnaissent un même milieu de vie artificiel. Le contrôle prime sur tout. Ils se disent « éduqués » pour réagir aux règles de vie et aux normes d'un centre jeunesse, et non pour vivre en société de manière autonome. S'ils désobéissent, c'est la punition (privés de sortie, confinés à leur chambre, etc.). Les familles d'accueil ne trouvent grâce à leurs yeux que lorsqu'ils ont cette « chance » d'être « bien tombés ». Les jeunes constatent aussi l'impossibilité de se faire écouter. Ils ne sont pas impliqués dans la définition des problèmes qu'ils vivent, ni appelés à participer à la recherche de solution et à leur application. Il n'y a aucune espace véritable de médiation, les intervenants se posant en « experts » pour régler tous les problèmes. Pourtant, quoi de plus normal que des enfants et des adolescents qui négocient avec leurs parents? Comment devenir autonome et responsable sans ce droit d'être impliqué au premier chef dans les décisions importantes de notre vie? À leur sortie du CJ, à 18 ans, les jeunes se retrouvent trop souvent sans un sou, sans diplôme valable, sans réseau social ni famille, et surtout gravement dépendant, n'ayant jamais pu faire l'expérience de l'autonomie. Leur parcours en CJ les a rendus non seulement dépendants, il les a aussi appauvris. Ainsi, des recherches menées à Montréal tendent à démontrer que le tiers des jeunes de la rue sont passés par les CJ. Dans les Auberges du coeur, on constate que, selon les années, ces jeunes composent de 30 à 50% des résidants. 2. Ville de Montréal : vous appelez ça de la revitalisation? Dans les plans d'urbanisme de la Ville de Montréal, revitalisation est un concept à la mode. On entend par là revitaliser certains secteurs de la ville par la réfection d'immeubles, en stimulant les activités financières, commerciales, touristiques et culturelles. L'enjeu, c'est d'attirer un maximum de richesse dans un contexte de compétition entre les grandes métropoles du monde. À partir du milieu des années 1990, l'un des secteurs visés par cette revitalisation urbaine est l'ancien Red Light, puis le faubourg Saint-Laurent, élargi maintenant à tout l'arrondissement Ville-Marie. La Ville et les acteurs économiques se retrouvent face à face avec une population pauvre et marginale qui y habite et y socialise déjà, notamment des jeunes de la rue, des prostituées, des locataires à faible revenu attirés par des logements abordables. Cette population ne fait pas partie des plans de revitalisation. Les beaux quartiers, c'est pour le beau monde... Les jeunes de la rue seront particulièrement ciblés par la vague de répression qui commence avec la revitalisation du milieu des années 1990. La Ville de Montréal utilisera son service de police pour chasser ces jeunes des lieux visés par la revitalisation, par des « évacuations » périodiques et des contraventions. Elle cherchera également à les empêcher de se regrouper dans certains lieux précis en modifiant arbitrairement des règlements municipaux (c'est le cas notamment pour la Place Émilie-Gamelin), en transformant physiquement l'espace et même en s'acharnant sur certains commerces (Foufounes électriques). Nous avons aussi vu tout récemment l'apparition de caméras de surveillance dans le même secteur, sous le prétexte de surveiller le trafic de drogue et chasser une « faune » indésirable. Cette répression a mené à des affrontements entre policiers municipaux et jeunes de la rue (deux émeutes en 1996). Pour plusieurs chercheurs, dont Michel Parazelli de l'UQAM (2002), les jeunes réagissaient violemment à la répression qui les a chassé des lieux dans lesquels ils socialisaient et auxquels ils s'identifiaient. Pour ce chercheur, cette répression est une violence dont on mesure encore mal les effets chez les jeunes. Les jeunes de la rue et les autres résidants chassés de ces quartiers « revitalisés » se retrouvent appauvris. Tout d'abord, ils sont refoulés et confinés encore une fois dans des quartiers « défavorisé » où ils trouveront des appartements détériorés. Ils seront aussi éloignés des organismes communautaires qui s'étaient mis en place dans leur milieu pour répondre à leurs besoins les plus urgents. La violence aura encore une fois mené à l'appauvrissement... les personnes les plus pauvres. François Labbé Pour connaître les Auberges du coeur du Québec : www.aubergesducoeur.com L'institution source de violence et de pauvreté - Frédéric Mailhot |
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