Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 16, numéro 81, mai 2005

     
Madame Louise Vandelac  Image de la conférence  Écouter  Voir      
Professeure
Département de sociologie - UQÀM
Institut des sciences de l'environnement
Professeure et directrice
Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie,la santé, la société et l'environnement (CINBIOSE)
 
Madame Louise Vandelac, Ph.D.
Professeure titulaire
Département de Sociologie
Institut Sciences de l'environnement (ISE) - UQAM

Directrice
Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l'environnement (CINBIOSE)

Avec la collaboration de

Monsieur Robert Ménard
Étudiant à la maïtrise

Groupe de recherche Technoscience du vivant et sociétés / CINBIOSE
Université du Québec à Montréal

Familles et environnement

(Texte rédigé par le Regroupement à partir d'une présentation orale, le mercredi 16 février 2005)

Salutations et introduction

   Ce matin, je pensais d'abord amorcer avec ce très beau texte de Pierre Dansereau, paru ce matin-même, mercredi 16 février 2005 :

L'Humanité à une croisée des chemins :

« De plus en plus de scientifiques tirent la sonnette d'alarme pour avertir l'humanité que nous devons changer fondamentalement notre développement, car les limites écologiques de la Terre vont bientôt être dépassées. »

   Il est vrai que la déclaration des scientifiques lors de la Conférence des NationsUnies sur l'environnement et le développement qui s'est tenue à Rio de Janeiro, Brésil, du 3 au 4 juin 1992, est passée largement inaperçue. À ce moment-là, c'étaient 1600 scientifiques de 71 pays dont plus de la moitié de tous les Prix Nobel soulignaient :

« qu'il ne reste plus qu'une décennie ou quelques-unes avant qu'il ne soit gaspillée cette chance de conjurer les menaces que nous affrontons et que ne soient infiniment rétrécies les perspectives d'avenir pour l'humanité.

« Nous signataires, respectés de la communauté scientifique internationale, prévenons ici toute l'humanité de ce qui l'attend. Un grand coup de barre s'impose à notre intendance de la terre et de la vie qui l'abrite pour éviter l'immense souffrance à l'humanité et les mutilations irrémédiables à notre habitat global sur cette planète.

« Ce niveau de consensus est vraiment sans précédent au sein de la communauté scientifique. On s'entend désormais dans une proportion exceptionnelle pour dire que les systèmes naturels ne peuvent plus désormais absorber la pression des pratiques humaines actuelles.

« La profondeur et l'ampleur du soutien de personnes qualifiées à cet avertissement devraient faire mûrement réfléchir ceux qui doutent de la réalité des menaces à notre environnement. »

   Disons que la réflexion n'est pas encore tout à fait au rendez-vous même si ce matin, enfin, est adopté le Protocole de Kyoto, on apprenait du même coup que le gouvernement canadien ne mettra toujours pas dans son prochain budget les mesures concrètes pour passer aux actes concernant le Protocole de Kyoto et il est à espérer que le fait qu'il soit l'hôte d'une rencontre internationale à l'automne l'incite à passer davantage aux actes.

   Je suis extrêmement contente que vous abordiez cette question d'environnement et de famille dans la mesure où pour moi depuis très longtemps, les deux sont intimement liés.

   Au moment où on commence à parler de plus en plus de développement durable, bien que ces deux termes couvrent trop souvent une réalité consistant à vouloir faire durer l'actuel développement, ce qui est absolument non soutenable, néanmoins quand on revient aux termes mêmes du rapport Bruntland, un des éléments clés de ce qu'on appelle le développement durable mais qui m'apparaît plus juste de dire soutenable, comme le disait la version anglaise, ou viable, ce qui est plus français, le coeur de ce dispositif c'est vraiment de s'assurer de la capacité de renouvellement des écosystèmes, autrement dit de la capacité de renouvellement des milieux de vie.

   Et je dirais que ce qui caractérise à la fois la famille et l'écologie, c'est cette conscience vive de la fragilité des équilibres biophysiques, humains, sociaux mais également psychiques pour pouvoir régénérer la vie et régénérer la vie sous toutes ses formes.

   On le sait très bien dans les familles, l'impossibilité totale de pouvoir assurer un équilibre psychique des enfants quand, par exemple, on a de tels horaires fous qu'on ne parvient à peu près plus à les voir et qu'ils ne savent à peu près jamais à quel moment on les verra.

   Je pense que dans nos sociétés, on a depuis une trentaine d'années rompu certains des équilibres absolument essentiels à la régénération des êtres et cela à tous les niveaux.

   C'est vrai au niveau de l'emploi du temps et je pense que l'on a largement manqué de vigilance par rapport aux politiques gouvernementales.

Pourquoi parler des politiques gouvernementales?

   D'abord et avant tout, essentiellement, parce que tous savent que l'enjeu même des entreprises, c'est la maximisation des profits.

   Par conséquent, on ne peut absolument leur en tenir rigueur, mais le dispositif collectif que nous nous sommes donnés, c'est l'État.

   Et l'État a pour objet d'assurer justement la régénération du milieu de vie biophysique, d'où la nécessité d'avoir un ministère de l'environnement - et un ministère de l'environnement qui est beaucoup plus fort que celui qui est là actuellement - d'où la nécessité, également, d'assurer l'arbitrage de certains équilibres sociaux pour éviter que des intérêts privés prennent le pas sur l'ensemble des intérêts collectifs.

   Quand on y regarde attentivement, on constate que les questions d'environnement et de familles sont étroitement liées. La possibilité même de préserver l'environnement familial tient très largement à cette conscience de la fragilité des équilibres entre les individus, mais beaucoup plus largement des équilibres sociaux et également des équilibres écologiques.

Transformations de l'environnement familial

   J'apporterai quelques exemples sur les questions de consommation, parce que comme le disait Pierre Dansereau, dans Le Devoir ce matin, nous sommes devant une impasse et il faut désormais être très attentif aux transformations extrêmement rapides, je dirais assez radicales, en termes d'aller à la racine des choses, des modes de vie dans lesquels nous sommes.

   Vous savez nous consommons à moins de 20 % de la population planétaire, plus de 80 % des ressources mondiales, et c'est non soutenable actuellement.

   Je reviendrai donc avec quelques éléments tout simples puisqu'ils sont parlants, mais je vous dirais que ce ne sont pas ces exemples-là qui sont les plus importants - j'ai l'air contradictoire - mais vous allez voir.

   À chaque fois que l'on amorce un processus de conscientisation, on a besoin d'éléments très concrets, mais en même temps on se rend compte que si on en reste à cet élément-là, parfois, c'est souvent plus pervers qu'autre chose. Donc il faut à chaque fois comprendre la genèse, les enjeux sous-jacents, et comprendre le portrait beaucoup plus global des questions.

La maison

   Au niveau de la famille, parmi les exemples qui sont les icônes de la famille, c'est d'abord la maison.

   Une famille, c'est d'abord une maison.

   Or, la taille moyenne des maisons neuves a plus que doublé depuis les années 1950 en passant d'une superficie de 90 m 2 en 1950 à 215 m 2 en 2000 (Graaf et al., 2004).

   C'est beaucoup. Je n'ai rien contre le fait qu'on ait élargi la taille des appartements, ça peut être plus agréable, néanmoins ça signifie en clair que si on ne fait pas un travail colossal sur la redéfinition des matériaux, de l'énergie, c'est absolument non soutenable.

   Donc, il faut faire un travail colossal sur la reconceptualisation non seulement de l'architecture, mais au niveau de l'urbanisme également et aussi au niveau de l'intégration aussi de toutes les sources d'énergie, parce qu'il faudra avoir des maisons entièrement soutenables, c'est-à-dire non seulement qui prennent de moins en moins d'énergie, mais dont les énergies sont des énergies complémentaires.

   Au Québec, on a toutes les raisons :

  • de développer et de soutenir le développement du géothermique, d'abord et avant tout;
  • de soutenir le développement du solaire pour nos maisons;
  • de faire en sorte qu'on repense les toitures, on parle depuis quelques jours de toitures vertes mais il y a aussi bon nombre d'exemples aux États-Unis de toitures blanches. Les toitures vertes sont des toitures revégétalisées, les toitures blanches sont tout simplement des toitures qui reflètent le soleil, donc il y a moins de pertes d'énergie en hiver et moins de chaleur en été.
  • d'intégrer éventuellement l'éolien sur des bases locales - dans certains endroits c'est plus facile qu'à d'autres -;
  • d'intégrer de façon correcte les sources d'énergie plus classiques que nous connaissons qui sont le gaz, l'électricité;
  • d'intégrer. enfin, évidemment, toutes les mesures de réduction des énergies, les énergies les meilleures étant celles que l'on ne consomme pas.

   Au niveau de la maison, soulignons également qu'à cause des produits toxiques présents dans les matériaux de construction et dans les produits domestiques, jusqu'à 40 millions d'Américains sont possiblement allergiques à leurs propres maisons (Graaf et al., 2004).

   Encore là, les pouvoirs publics ne font pas le travail requis qui devrait être le leur. À ce niveau-là, on a un déficit de réglementation qui est tout à fait inadmissible sur certains produits, je pense au bois traité qui est encore en vente au Canada alors qu'il est interdit aux États-Unis depuis deux ans....

   Un acre de gazon utilise dix fois plus de pesticides chimiques à l'acre qu'une surface équivalente de terre agricole (Mongeau, 1998). Là aussi fort heureusement et pour une fois bon point pour les pouvoirs publics suite aux pressions qui ont été faites par bon nombre d'organisations, il y a maintenant une volonté de stopper cet usage des pesticides chimiques domestiques.

   Néanmoins, 90 % des pesticides chimiques sont utilisés en agriculture, peut-être qu'ils en prennent moins à l'acre mais ils sont utilisés d'abord et avant tout dans ce contexte-là et par conséquent ils sont absorbés via toute la chaîne alimentaire, via en partie l'eau, un peu par l'air également, par la peau pour ceux qui ont à les manier directement.

   Je pense qu'il faudra élaborer une autre stratégie. J'y reviendrai un peu plus tard par rapport à l'ensemble des questions d'agriculture et d'alimentation dans le cas du Québec.

L'énergie

   Chaque Québécois émet annuellement 11,6 tonnes de gaz à effet de serre (GES) comparativement à 23,1 tonnes par Canadien et 24,1 tonnes par Américain (Ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, 2004).

   C'est grâce à l'énergie hydroélectrique essentiellement.

   Entre 1962 et 2002, la demande totale d'énergie a plus que doublé au Québec (Ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, 2004). Chaque Canadien consomme annuellement 8 800 kg d'équivalents pétrole, comparativement à 7 050 kg par Américain (Gendron et Vaillancourt, 1998). Certes la température joue un peu mais là-dessus on aurait sans doute des efforts à faire. Pour produire un kilowatt/heure d'électricité, il faut environ 12 000 litres d'eau (Villeneuve, 1996). Des images comme celles-là nous invitent à éviter d'avoir des lumières ouvertes en tout temps par exemple, et ça nous invite aussi à réduire la consommation.

Les appareils ménagers

   Souvent quand on parle de la consommation d'eau, on voit essentiellement la goutte du robinet ou le robinet qui coule quand on se lave les dents. Je pense qu'il faut, de plus en plus, prendre en compte l'eau qui est nécessaire à la production de certains biens et services. Par exemple,13 000 litres d'eau sont utilisés pour la fabrication d'une plaque de silicium de 15,24 cm entrant dans tout appareil électronique (Bouguerra, 2003).

   Pour les besoins domestiques, la consommation d'eau est :

  • de 25 à 28 litres pour les toilettes;
  • de 40 litres pour le lave-vaisselle;
  • de 25 à 40 litres pour la vaisselle à la main;
  • de 12 à 15 litres à la minute pour la douche avec pomme régulière;
  • de 8 à 10 litres à la minute pour la douche avec pomme économique;
  • de 100 à 140 litres pour le bain;
  • de 10 à 16 litres à la minute pour le robinet;
  • de 120 à 160 litres par charge pour la lessive;
  • de 3 litres pour la consommation breuvage (Villeneuve, 1996).

La préservation des ressources : l'eau douce

   J'attire votre attention aussi sur un élément tout à fait fondamental. Dans le cas du Québec, nous disposons d'une des plus grandes ressources d'eau douce par habitant au monde. Nous avons donc un devoir particulier de préserver cette ressource. Ceci dit, il n'y a jamais de surplus d'eau en tant que tel dans un écosystème, c'est aussi extrêmement important de le savoir. Par conséquent, les grandes dérivations, les exportations massives ne sont pas écologiquement viables à moyen et à long terme. On peut prendre une légère ponction mais les grands projets ne sont absolument pas viables.

   Par ailleurs, quand on regarde la consommation globale d'une grande ville comme Montréal - le journaliste Louis-Gilles Francoeur a publié des articles tout à fait intéressants l'été dernier là-dessus - , ce sont notamment les travaux de réfrigération qui requièrent beaucoup d'eau et surtout la réfrigération de certains équipements avec l'eau du robinet, donc avec ponction sur l'eau qui est traitée collectivement pour usages personnels, ça ce sont des usages absolument inappropriés.

   De la même façon au Québec, on rejette encore à l'égout des métaux lourds et bon nombre de produits toxiques. Il est vrai que la CUM a fait des efforts importants. Mais tant qu'il n'y a pas de normes beaucoup plus précises et beaucoup plus rigoureuses au niveau provincial, les entreprises menacent tout simplement de déménager au nord ou au sud de l'Île de Montréal. Par conséquent, il faut que ce soit une politique beaucoup plus rigoureuse et avec un soutien en termes de recherche et développement pour pouvoir trouver d'autres types de stratégies parce que ce n'est pas évident de pouvoir modifier ce genre de question.

La souveraineté de la gestion

   Mais beaucoup plus profondément, ce qui m'apparaît essentiel, c'est d'éviter de croire que le problème de l'eau au Québec en est un de consommation individuelle. Je pense qu'on a tous intérêt à éviter les usages inappropriés. Mais néanmoins, on a une des meilleures eaux au monde, des moins chères au monde et une eau de grande qualité. Par conséquent, le problème pour l'instant n'est pas là. Le problème m'apparaît davantage être lié au fait que ayant signé le traité de l'ALENA, nous ne sommes absolument pas protégés concernant les eaux canadiennes, ce qui explique qu'il y ait eu un moratoire sur la question de l'eau il y a 4 ans et demi maintenant. Ça devrait être revu l'été prochain. C'est une question fondamentale parce que nous risquons, si nous faisons des exportations massives, de perdre la souveraineté sur la gestion de nos eaux au profit des Etats-Unis, pour dire les choses clairement d'abord et avant tout.

L'appropriation privée de la ressource eau

   Par ailleurs, l'autre problème c'est qu'à l'échelle du monde, il y a un enjeu de taille qui est celui de l'appropriation privée de la ressource eau. Cette appropriation privée prend des formes diverses. Ça peut être entre autres l'appropriation du service de l'eau par le biais de contrats de longue durée. C'est ce qu'on appelle au Québec les projets de partenariat privés publics (PPP).

   Actuellement, trois projets de loi (60, 61 et 62) sont en cours. Une Commission parlementaire siègera bientôt. Ces 3 projets sont intimement liés et vont permettre de faire en sorte que les fonds fédéraux transitent par le provincial sous condition de devoir faire affaire avec des firmes privées pour la gestion de l'eau. Cette question-là est absolument fondamentale. Elle a entraîné dans divers pays des situations de corruptions d'élus. De plus, la reconversion au système public a entraîné également une réduction des coûts d'environ 25 %.

   Et je pense que quand on parle de famille, il est important de voir qu'il y a des besoins essentiels qui sont des besoins de l'ensemble de la collectivité, qui doivent être pris en charge collectivement, et qui font partie du bien commun.

   Quand on pense à cette privatisation de la gestion, je vous dis qu'au Québec actuellement c'est une des questions absolument fondamentales, puisque bon nombre de bureaux d'avocats, bon nombre de bureaux d'ingénierie, sont déjà à pied d'oeuvre pour travailler là-dessus, et ça passera par les pouvoirs municipaux. Donc il faut que les gens soient très vigilants au niveau municipal, car c'est là que ça va se jouer au cours des prochains mois.

L'alimentation

   Pour continuer avec l'alimentation, et toujours en lien avec l'eau, vous savez que ça prend entre 15 000 à 70 000 litres d'eau pour produire 1 kg de boeuf comparativement à 900 à 2 000 litres d'eau pour 1 kg de blé (Bouguerra, 2003). Vous savez, c'est vraiment dans la transmission intergénérationnelle et au coeur des familles qu'on dit : « mange ton steak, c'est bon pour la santé » . Je ne suis pas végétarienne, ça fait partie de mes nombreuses contradictions - mais depuis de nombreuses années en prenant conscience de ces données - on a intérêt à modifier notre alimentation, à transformer les choses progressivement. C'est un processus qui est extrêmement long. Mais ce qu'on transmet aux enfants, c'est extrêmement important et ne serait-ce que de cuisiner un repas de légumineuses par semaine, plutôt que de la viande, déjà ce serait une transformation très significative.

   Pour produire une protéine animale, il faut entre 7 et 10 protéines végétales (Bouttier-Guérive et Thouvenot, 2004). Autrement dit, à l'échelle du monde ce n'est pas que nous ne produisons pas assez, c'est que plus de la moitié des oléagineux sont destinés à l'alimentation animale, ce qui est problématique. Par rapport à son équivalent nutritif en céréales entières, la viande rouge multiplie par 20 l'usure du sol, par 17 la pollution de l'eau, par 5 la toxicité et l'usage de l'eau, par 3 les émissions de gaz à effet de serre (Graaf et al., 2004). Chaque Canadien absorbe en moyenne 3 500 calories par jour alors que l'apport quotidien nécessaire pour être en bonne santé est de 2 550 calories (Keating, 1997).

Les déchets

   Chaque Québécois génère en moyenne une demi-tonne de déchets par année (Waridel, 2003). On retrouve dans un sac de poubelle québécois moyen 41 % de matières putrescibles donc qui pourraient très facilement pour l'essentiel être utilisées sous forme de compost. On pourrait assurer la certification des nouveaux sacs maintenant qu'ils sont sur le marché, ce qui faciliterait entre autres la production de compost, notamment pour l'hiver. Encore faut-il que ces sacs soient certifiés, car s'ils ne sont pas certifiés on peut retrouver des composés toxiques dans ces sacs de plastique. Il y a tout un débat en cours actuellement là-dessus. On retrouve 29 % de papier et carton, 7 % de verre, 4 % de métaux, 7 % de plastique et 12 % de textiles et autres résidus (Waridel, 2003). Depuis 1988, la quantité de résidus générés au Québec a connu une hausse d'environ 55 % - on a l'impression d'être plus verts, mais là je pense qu'on va rougir - ce qui représente une croissance annuelle moyenne de près de 5 % (Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, 2003).

   Il faut bien voir que une des raisons pour cela, c'est la mise en marché des produits pour enfants. - J'ai un fils de 13 ans, je ne suis absolument pas exemplaire. - Mais tout le monde sait à quel point ça devient intenable d'éviter d'acheter les petits pots, les petits gadgets, les petits emballages, tous plus alléchants les uns que les autres. Une des raisons pour cette augmentation c'est le suremballage des produits et le peu de travail qui a été fait pour intervenir en amont sur le design des produits et sur les normes gouvernementales.

   On a laissé aller les pouvoirs publics dans tous les secteurs et ils ne font pas leur boulot. Il n'y a aucune raison de se retrouver avec des sites d'enfouissement, ce sont les citoyens actuellement qui doivent se battre de façon inouïe pour éviter des problèmes de lixivia, de gaz etc. et qui sont souvent absolument désespérés à cause des odeurs, à cause du passage des camions. Je pense qu'il va falloir être très sérieux et des organisations familiales pourraient faire un travail colossal dans des dossiers comme ceux-là.

   La quantité de résidus éliminés au Québec a augmenté de plus de 23 % de 1998 à 2000 alors que la quantité de matières résiduelles récupérées a augmenté de 14 % durant la même période (Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, 2003. Autrement dit, oui on fait un peu plus de récupération mais c'est bien insuffisant par rapport à l'augmentation actuelle.

   Le taux de récupération au Québec est de 35 % (Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, 2003). Alors qu'il pourrait être doublé facilement.

   Nous fabriquons aujourd'hui 80 % plus d'emballages qu'en 1960, soit environ 200 kg par personne par année (Waridel, 2003). Absurde. Écoutez c'est pas très compliqué de se promener avec un petit sac de toile et toujours un ou deux sacs de plastique dans un sac à main. On pourrait le faire beaucoup plus systématiquement.

   De tous les matériaux qui deviennent des produits, 80 % sont jetés après une seule utilisation (Graaf et al., 2004). La société du jetable après usage, la société kleenex.

   Seulement 20 % des déchets produits dans le monde font l'objet d'un traitement (Sacquet, 2002). C'est très peu.

Les autres produits

   Concernant la production de papier, 750 000 litres d'eau sont utilisés pour produire une tonne de papier (Bouguerra, 2003). Avec les ordinateurs on nous avait dit qu'on utliliserait beaucoup moins de papier. La blague, à peu près comme celle de la société des loisirs.

   Un ordinateur nécessite l'utilisation de 700 matériaux différents pour sa fabrication en plus de produire 63 kg de déchets solides et dangereux, 28 000 litres d'eaux usées et utilise environ le quart de la consommation d'énergie de sa vie utile (Graaf et al., 2004).

   Onze tonnes de matières naturelles non renouvelables sont nécessaires pour la fabrication d'un ordinateur (Dupont et al., 2003). C'est beaucoup, il y a beaucoup de nappes phréatiques actuellement qui sont complètement contaminées suite aux travaux qui se font dans cette région-là de façon très concentrée sur l'informatique.

   Une bague en or nécessite l'extraction de 5,4 tonnes métriques de minerai pour sa production (Graaf et al., 2004). Ça aussi ça fait partie du mythe familial, la bague en or. Peut-être qu'on pourrait y penser à deux fois pour la bague en or.

   Trente-deux kg de matières naturelles non renouvelables et 8 000 litres d'eau sont nécessaires à la fabrication d'un pantalon de type « jean » de 600 grammes (Dupont et al., 2003).

L'automobile

   Autre bien culte : l'automobile dite familiale.

   Aux États-Unis, le parc automobile est responsable de :

  • 620 milliards de litres d'essence brûlés annuellement;
  • 40 000 collisions mortelles et 6000 décès de piétons;
  • 250 millions de personnes estropiées, blessées depuis 1905;
  • 50 millions d'animaux tués par année;
  • un quart des émissions de GES/année;
  • plus de 3 milliards de kilos de ferrailles et de détritus non recyclés par année (Graaf et al., 2004).

   Encore là on a développé en Amérique du Nord un aménagement de l'espace qui est lié à l'automobile. Alors même si on veut faire marche arrière, il est vrai que ça implique de refaçonner complètement l'occupation de l'espace et donc de densifier davantage les villes, de développer davantage d'autres types de services, de rendre plus efficace le transport en commun, etc. Mais ça implique également de faire un travail colossal sur l'industrie automobile pour transformer cette industrie.

   C'est complètement essentiel alors même que par exemple en Allemagne on sait que lors de la production d'une automobile on conçoit dès l'origine de la production de cette auto la possibilité de récupérer de 90 à 95 % de l'ensemble des matières de cette automobile. Il n'y a aucune raison pour que ça ne se fasse pas de la même façon et surtout qu'on ne réduise pas au niveau de l'ensemble des processus les intrants les énergies les matières premières non renouvelables, et les impacts négatifs.

   C'est ce qu'on appelle une « approche cycle de vie » , c'est ce qui se fait de plus en plus du côté du programme des Nations Unies pour l'environnement, et c'est je dirais une des clés de voûte de ce qu'on appelle l'écologie industrielle qui n'est pas révolutionnaire, qui ne change pas le système actuel, mais qui oblige à avoir des processus plus efficaces et à avoir davantage d'efficience globale, ce qui devrait aller de soi et ce qui devrait être encouragé en termes de recherche et développement notamment.

Rouler en « m'as-tu-vu »

   Du côté de l'automobile les « m'as-tu-vu » sont les principaux problèmes, ce sont les VUS, les véhicules utilitaires sport, que j'appelle les « m'as-tu-vu » , parce que c'est souvent comme ça qu'on les utilise en ville. On voit des gens avec de gros jeeps se promener en ville, il y a quelque chose d'un peu ridicule là-dedans.

   La fabrication d'une automobile exige déjà 400 000 litres d'eau (Bouguerra, 2003), mais dans le cas des VUS, ce qu'il faut savoir c'est que ça dégage plus de 300 kg de pollution atmosphérique et 3,5 tonnes de carbone (Graaf et al., 2004).

   À la fin des années 1990, la moitié des voitures neuves étaient des VUS et des camionnettes (Graaf et al., 2004).

   Entre 1985 et 1997, le poids moyen des automobiles s'est alourdi de 200 kilos (Bergeron, 1999).

   Trois tonnes de matières naturelles non renouvelables sont nécessaires pour la fabrication d'un convertisseur catalytique pour une automobile (Dupont et al., 2003). Donc là aussi on voit que c'est extrêmement important.

L'impact environnemental global

   L'empreinte écologique, c'est l'ensemble des énergies, des matières premières et des ressources qui sont nécessaires à un individu pour maintenir un rythme de vie donné compte tenu de la consommation de cet individu.

   Reconvertie en espace physique, l'empreinte écologique moyenne d'un Canadien est de 7,2 hectares et de 9,6 hectares pour un Américain (Latouche, 2004).

   L'empreinte écologique par habitant devrait être de 1,4 hectares afin d'assurer les besoins essentiels de tous les êtres humains en respectant les limites écologiques de la planète (Latouche, 2004). Nous avons donc dépassé de 5 à 6 fois ce qui devrait être l'empreinte écologique.

   L'empreinte écologique d'un habitant de pays développé est 6 fois supérieure à celle d'un pays à faible revenu (Chauveau, 2004).

   Un habitant du Canada consomme 8 fois plus d'énergie qu'un habitant d'un pays à faible revenu, 14 fois plus de papier, 18 fois plus de produits chimiques Je dirais que c'est pas tout à fait brillant puisque on sait fort bien qu'on produit plus de 70 000 tonnes de 40 000 produits chimiques différents actuellement dans le monde et que un certain nombre ont de répercussions endocriniennes. On pourra revenir sur le volet santé qui est extrêmement important. On produit également 8 fois plus de bois de construction, 6 fois plus de viande, 3 fois plus de poisson -- il n'est pas évident qu'on puisse continuer très longtemps au rythme de désertification des fonds marins depuis quelques années --, 3 fois plus de ciment et d'eau douce, et 19 fois plus d'aluminium,13 fois plus de fer et d'acier. Près de 100 tonnes de ressources non renouvelables et 500 tonnes d'eau sont consommées par personne pour maintenir l'actuel style de vie de nos sociétés industrialisées.

   Enfin, 20 % de la population mondiale consomme à elle seule 86 % des ressources naturelles exploitées (Programme des Nations Unies pour l'environnement, 2002).

Conclusion

   Dans un tel contexte, Albert Einstein disait : « We cannot solve the problem with the same kind of thinking that created the problem » ( Nous ne pouvons résoudre un problème avec le même type de pensée qui a créé le problème). Autrement dit, il faudra commencer à aborder l'ensemble de ces questions-là sous un tout autre angle. Je pense qu'une campagne publicitaire par exemple sur famille et vie, serait une très bonne chose, parce que je vous avoue que je rage de voir qu'on vend aux familles la sécurité de ces véhicules utilitaires sport pour pouvoir promener leurs jeunes enfants de 5 ou 6 ans, alors qu'on sait fort bien que la pollution atmosphérique créée en partie par les autos est responsable, au Canada, bon an mal an, d'environ 15,000 décès prématurés.

   Et quand on sait les problèmes d'asthme des enfants, je pense qu'il faudrait être beaucoup plus vigilant sur le type d'automobile qu'on utilise. Je ne veux pas culpabiliser les gens sur le fait d'avoir une automobile, l'organisation de l'espace fait en sorte que c'est souvent extrêmement difficile de faire autrement, mais on peut en limiter l'usage, et on peut également avoir progressivement une autre perspective des choses qui ne se réduise pas à notre rôle de consommateur, -- et j'insiste là-dessus, -- mais à notre rôle de citoyen.

   Et il faut actuellement, avant que l'État ne soit complètement privatisé, ce qui se passe vraiment à très grands pas, qu'il y ait une mobilisation de toute la population, pour faire en sorte que les pouvoirs publics jouent le rôle pour lequel nous payons des impôts et des taxes, c'est-à-dire la protection de l'intérêt public, non seulement de l'intérêt privé et la protection du bien commun et le bien commun passe notamment par la protection beaucoup plus vigilante des questions d'environnement, mais aussi de l'environnement familial, c'est-à-dire de l'ensemble des équilibres fragiles qui permettent la régénération des êtres et des milieux de vie.

   Je vous remercie


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