| La fratrie au sein de la
famille recomposée Hélène
David, Ph.D.
Professeure titulaire, psychologue et psychanalyste
et Julie Gosselin, B.Sc.
Candidate au Ph.D en psychologie clinique
Département de psychologie
Université de Montréal
Au Canada et au
Québec
- Au Canada, même si le
nombre des enfants âgés entre 0 et 14 ans est
passé de 3,9 millions à 4,6 millions entre 1981
et 2001, le pourcentage de ceux qui vivent avec
des parents mariés a chuté de 84 % à 68 %
durant la même période (Statistique Canada,
2002).
- Au Québec, seulement
trois familles sur dix (29 %) sont des
couples mariés ayant des enfants de moins de 24
ans (Statistique Canada, 2002). C'est la plus faible
proportion au Canada.
L'évolution de
la famille
- Au Québec, la prévalence
de l'union libre est non seulement
supérieure à celle des autres provinces
canadiennes, mais elle est aussi supérieure à
celle de plusieurs pays d'Europe de l'Est et
d'Amérique du Nord (Statistique Canada, 2002).
En l'an 2000, 58 % des naissances se sont
produits hors du mariage au Québec (Institut de
la statistique du Québec, Enquête sociale et de
santé, 1998).
- Les enfants issus d'un
union libre sont six fois plus nombreux à
avoir connu la séparation de leurs parents avant
l'âge de dix ans, comparativement à ceux issus
d'un mariage traditionnel (Marcil-Gratton, 1998).
La place de la
famille recomposée
- Selon les données
démographiques les plus récentes :
- 9,5 % des
familles québécoises sont des familles
recomposées (Institut de la statistique
du Québec, Enquête sociale générale,
cycles 10 et 15, CANSIM, 2001),
- comparativement à 12
% au Canada (Statistique Canada,
2002).
- Mais ces données
représentent une sous-estimation du phénomène...
Biais relevés
dans la recherche
- Alors que plusieurs
recherches indiquaient que les enfants de
familles recomposées présentaient toute une
gamme de problèmes d'adaptation, de comportement
et de développement:
- Des recherches
récentes remettent en question ces
résultats (tant au niveau
méthodologique que conceptuel);
- En fait, la
majorité des enfants fonctionnement
normalement (en comparaison aux enfants
de familles nucléaire similaires...),
- Ceux qui
présentent des problèmes sont
minoritaires, et les problèmes sont
passagers.
- Les enfants les
plus à risque sont ceux qui vivent des
stress socio-économiques et ceux qui
vivent la recomposition à répétition.
Quel type de
fratrie?
- La recomposition familiale
peut potentiellement créer trois types de
fratrie:
- Des demi-frères et
demi-soeurs qui ne partagent aucun parent
biologique;
- Des demi-frères et
demi-soeurs qui partagent un seul parent
biologique;
- Des frères et
soeurs qui partagent les deux parents
biologiques
Des enjeux habituels
- La personnalité, les
attitudes et les actions des membres de la
fratrie, ainsi que la disponibilité de leurs
parents influence les sous-systèmes de la
fratrie recomposée.
- Certaines demi-fratries
peuvent développer des relations qui ressemblent
énormément à une fratrie nucléaire, surtout
s'ils sont élevés ensemble dès leur petite
enfance (Berger, 2000).
- Ceux-ci font face aux
mêmes enjeux fraternels: jalousie, rivalité,
etc..
De nouveaux enjeux
- Il peut aussi arriver que
les enfants forment des coalitions, puisque
chaque enfant ne bénéficie pas nécessairement
du même type de garde, ou du même soutien
financier, etc.
- Ceci peut donner lieu à
des problèmes du genre: « Tes enfants et
mes enfants s'en prennent encore au
nôtre ».
- De plus, le fait que ce
milieu familial ne soit pas régit par des normes
sociales claires peut exacerber les tensions
sexuelles à l'adolescence, ainsi que l'inconfort
lié à une trop grande intimité avec les autres
membres de la famille recomposée (Berger, 2000).
De nouvelles forces
- D'autre part, le
sous-système de la fratrie peut offrir aux
enfants un soutien et un sentiment d'appartenance
qui peuvent les aider à s'adapter aux
transitions familiales.
- De plus, il arrive que
lorsque les conjoints ont un enfant ensemble,
ceci augmente le sentiment de cohésion au sein
de la famille recomposée (surtout si les
premières cohortes sont jeunes), ou alors permet
d'unir les anciennes cohortes contre le nouvel
arrivant (jalousie partagée) (Duberman, 1973).
Des variables importantes
- Il faut toutefois prendre
en compte le nombre et l'âge des enfants dans
chaque cohorte (rapport de pouvoir) et leur sexe
(les demi-fratries hétérosexuelles ont des
relations plus harmonieuses que les demi-fratries
homosexuelles) afin de déterminer la nature et
la qualité des relations au sein de la fratrie
(Bernstein, 1997).
- De plus, il semble que les
stress socio-économiques vécus par la famille
peuvent jouer un rôle important dans les
relations au sein de la fratrie (Dunn et al.,
1999).
Résultats de
recherches
- Il est à noter que
certains chercheurs ont trouvé un lien entre la
qualité des relations au sein de la fratrie et
le degré d'adaptation de la famille recomposée
(Duberman, 1973).
- Des chercheurs ont relevé
davantage de rivalité et des échanges plus
négatifs dans les demi-fratries que dans les
fratries nucléaires (Hetherington, 1993,
Anderson et Greene, 1999).
- Les aînés
seraient plus négatifs envers les
cadets, peu importe le type de famille
recomposée.
- Les cadets au sein
de familles recomposées complexes
seraient aussi plus négatifs envers
leurs aînés.
Des liens
significatifs
- Les travaux de Dunn et al.
(1999) indiquent que:
- L'absence
d'affection et la présence d'hostilité
de la part du parent dans ses échanges
avec les enfants sont liées à
l'augmentation des échanges négatifs au
sein de la fratrie;
- Le contraire est
aussi vrai.
- Ceci indiquerait
que les enfants qui grandissent des
milieux familiaux « orageux »
apprendraient à jouer
« dur » pour gagner leurs
conflits, et répondraient à la
frustration en s'en prenant aux plus
jeunes.
- D'autre part, alors
que dans la famille nucléaire les
conflits dans le couple étaient à
l'origine de résultats semblables, on ne
retrouve pas les mêmes liens dans la
famille recomposée.
De plus...
- Il n'y a pas de différence
au niveau du sexe de l'enfant (en terme de
négativité exprimée à la fratrie), mais:
- Il semble que les
filles aînées auraient davantage
d'échanges positifs avec les cadets
(Anderson et Greene, 1999).
- Plus les enfants
vieillissent, moins l'on note d'échanges
positifs ou négatifs envers les cadets,
ce qui suggère une prise de distance de
la part des aînés (hypothèse qui a
été soutenue par plusieurs études
portant sur les adolescents au sein des
familles recomposées).
- Les relations les
plus positives semblent être entre les
enfants qui n'ont aucun parent en commun
(moins de rivalité et de jalousie?).
Stratégies
d'intervention
- Les recherches nous
indiquent trois pistes intéressantes:
- Les stratégies
de développement et de maintien des
affinités (Ganong et al., 1999);
- L'utilisation de l'évitement
comme mécanisme de régulation dans la
communication intra familiale (Afifi,
2003);
- Le développement
de l'identité familiale à travers la
formation de nouveaux rituels (en
délimitant les sous-systèmes et les
rôles que chacun peuvent y jouer)
(Whiteside, 1989).
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