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| M. Gilles
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de la conférence Écouter Voir Directeur général Conseil de développement de la recherche sur la famille du Québec Professeur associé Département des sciences du loisir et de la communication sociale UQTR |
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jeunes et la famille Famille, construction de l'identité incertaine et système de valeurs L'identité des jeunes se construit progressivement. Elle est d'abord fortement tributaire du milieu familial et de la qualité des interactions qui la nourrissent. En d'autres termes, le milieu familial, la présence des parents contribuent fortement à la stabilité ou non des comportements des jeunes, suscitent des attitudes favorables ou non à la construction de leur identité. Dans l'analyse des valeurs des jeunes, il n'est donc pas indifférent de poser d'abord la question du contexte familial en tant que milieu de vie. Dans l'enquête de Santé Québec à laquelle j'ai participé (2002), il était notable que chez les jeunes âgés de 9 ans, la pratique de certaines activités comme la lecture étaient nettement reliées au milieu familial, alors qu'à l'inverse certaines activités de loisir permettant trop tôt d'échapper au noyau familial, telles que des sorties diverses (jeux, spectacles, etc.) étaient davantage liées à des effets déviants. L'insertion des jeunes dans des activités hors école structurées (suivre des cours, faire partie de groupes ou d'équipes de loisir) relève du même phénomène. La sensibilisation précoce aux équipements culturels, l'accompagnement des parents dans les premières activités artistiques en amateur, traduisent l'importance des normes éducatives transmises aux enfants (Sylvie, Octobre, 2004). Aux premiers moments de l'identification de certaines valeurs chez les jeunes, il faut comprendre la nature du milieu familial d'où elles prennent leur source. Cette notion renvoie tout autant à la nature de l'expérience familiale du jeune qu'à une valeur proprement dite dont le contenu se transformera avec l'expérience de vie. Or la construction de cette identité, fortement tributaire des relations harmonieuses ou conflictuelles du jeune avec son milieu familial, suppose par la suite un certain détachement de la famille, souvent accompagné de relations sociales extérieures de plus en plus intenses. Cela débute assez tôt, entre 10 et 12 ans approximativement. La prégnance du milieu familial demeure tout aussi décisive à la sortie de l'enfance. Cependant, s'y superpose l'importance croissance des relations d'amitié. En d'autres termes, les jeunes adolescents n'échappent pas à leur milieu familial, mais l'effet de sources de soutien hors famille commence à apparaître. Autrement dit, dans la représentation des enjeux importants de sa vie, le jeune doit apprendre à relativiser la présence de son milieu familial et composer avec des acteurs extérieurs de plus en plus nombreux. Le détachement du milieu familial, source première de la construction de ses valeurs, ne se fait pas sans difficultés. L'identité devient incertaine, face aux multiples sollicitations extérieures. L'affirmation de goûts et intérêts de plus en plus diversifiés dans une quête incessante d'autonomie, ne rend pas la chose facile. D'autre part, si l'expérience familiale du jeune est moins positive (conflits familiaux, ruptures, absences parentales, etc.), il est à prévoir que les incertitudes liées à la construction de son identité seront multipliées, qu'il devra très tôt apprendre à se bricoler une image de lui-même, en solitaire ou avec le support de quelques amis. En d'autres termes, si un jeune parvient à construire une image forte et assurée de lui-même, tout en se détachant, ne l'oublions pas, du milieu familial qui l'a nourrit et tout en s'insérant dans d'autres milieux à priori perturbateurs, le corrélat que l'on peut observer est celui de capacités de se représenter un univers extérieur qu'il assume progressivement. Plus l'image du moi est fragile, plus il y a de chance d'observer au contraire une sorte de repli sur un monde clos et fermé, sur un univers plus restreint de relations sociales, comme pour s'assurer d'une emprise minimale sur un environnement qu'il sait ne pouvoir contrôler. Un tel processus de construction de l'identité suppose donc à la fois l'affirmation du moi en détachement du milieu familial, des rapports au temps forgés par l'expérience de vie du jeune et une décentration progressive pour qu'émergent une représentation de soi et de la société, et éventuellement des formes d'engagement social. École, identité et représentation de l'avenir Après la famille, les études sur les jeunes permettent de conclure que l'école constitue un autre milieu de vie tout aussi déterminant dans la construction d'un certain système de valeurs. Le milieu scolaire peut exercer une influence décisive. Ici, c'est principalement la réussite scolaire qui mène souvent le jeune à se donner une image positive de lui-même. L'échec scolaire, au contraire, a pour conséquence d'amener le jeune cette fois à tenter de trouver ailleurs d'autres sources de valorisation de lui-même. L'opposition au milieu scolaire, sinon parfois la rupture, ou encore l'intégration dynamique (et non passive) des valeurs et des normes qui y sont véhiculées, contribuent à façonner progressivement l'identité du jeune. La manière dont on se présente l'avenir sous forme d'un horizon temporel plus ou moins lointain et favorable en est tributaire en partie. Travail, valeurs, Il en va de même pour le travail, aux effets ambigus. Un très grand nombre de jeunes exercent de petits métiers pendant leurs études. Malgré le caractère précaire de ces emplois, leur faible niveau de rémunération, les jeunes en expriment généralement une vision positive, tant qu'elle leur permet de diversifier leur expérience de vie et qu'elle constitue une porte ouverte sur la société de consommation. Le jeune fait ainsi l'expérience progressive de la diversification de ses milieux d'appartenance. Ses expériences de vie, la constitution progressive de ses goûts et de ses intérêts, reflètent cette diversification. En complémentarité ou en opposition au milieu scolaire, la participation ponctuelle ou régulière au monde du travail constitue ainsi une étape qui peut également marquer comment le jeune construit son univers de valeurs. Des travaux sur le sujet, on peut faire ressortir que la majorité des jeunes qui occupent un emploi le font entre autres pour acquérir une certaine autonomie dans l'univers de la consommation. D'autres, plus directs dans leurs propos, avouent carrément que les petits boulots constituent une manière de satisfaire leur appétit de consommation. Un autre motif relève de l'acquisition d'une expérience minimale de la vie en société et de ses exigences. C'est généralement le fait de jeunes qui ont des ambitions poussées. La majorité de nos informateurs expriment également l'importance d'avoir des relations sociales, de fuir une certaine solitude. Dans la construction du système des valeurs, l'expérience de travail se différencie du rapport à l'école en ce qu'elle est représentée comme une étape dans l'apprentissage direct et immédiat de la vie en société. L'école, au contraire, suppose une sorte de report de réalisation de soi, accepté et intégré dans un projet de vie, pour certains, à écarter au plus vite pour d'autres. Dans le travail, le rapport au temps peut intégrer un horizon temporel qui se superpose à celui que l'école permet de construire ; dans ce cas l'identité du jeune doit être suffisamment forte pour qu'il puisse y intégrer une certaine vision optimiste de l'avenir, voir dans les petits boulots une pièce du puzzle de sa vie, y mélangeant déjà sa participation à l'univers de la consommation, l'amorce pratique d'une certaine autonomie financière, la diversification de son réseau de relations sociales. Si, au contraire, le temps presse, (pour des raisons d'échecs scolaires, de milieu familial, par exemple), sur fond d'identité précaire ou incertaine, on peut chercher à écourter le passage scolaire, sinon le court-circuiter par une relation plus intense au monde du travail et voir dans l'accès à un emploi, même peu qualifié, un signe de réussite sociale et personnelle. Conclusion Le système de valeurs d'un jeune ne se construit pas indépendamment de son contexte. À la limite, on peut dire que le système de valeurs des jeunes se superpose au contexte familial, scolaire et de sociabilité, sans compter les rapports au travail. Les jeunes expriment des valeurs qui très souvent épousent leurs expériences de vie familiale, scolaire et d'amitié. À mesure que le temps passe, les expériences de vie sont plus ou moins intégrées dans une vision rétrospective et prospective de l'avenir. De plus en plus capables de prendre recul par rapport à l'école et à la famille, tout particulièrement, les jeunes parviennent généralement à insérer ces deux univers dans une vision d'ensemble à laquelle ils donnent sens. Bibliographie Galland, O. (2002). Les jeunes (6e édition). Paris : La Découverte. Galland, O. et Roudet, B. (sous la direction de) (2001). Les valeurs des jeunes. Tendances en France depuis 20 ans. Paris : L'Harmattan. Gauthier, Madeleine et Guillaume, J.-F, (sous la direction de), (1999), Définir la jeunesse? D'un bout à l'autre du monde, Sainte-Foy et Paris, PUL-IQRC et L'Harmattan, 270 p. Gauthier, Madeleine et, (1997), Les 15-19. Quel présent? Vers quel avenir?, Québec, Presses de l'Université Laval et IQRC, 252 p. Gauthier, Madeleine et, (sous la direction de), (2000), Etre jeunes en l'an 2000, Québec, Les Éditions de l'IQRC, 154 p. Pronovost, Gilles et Royer, Chantal, sous la direction de (2004), Les valeurs des jeunes Québec, Presses de l'Université du Québec, 252 p. Pronovost, Gilles, (1996), Sociologie du temps , Bruxelles, De Boeck, 181 p. Roy, J. (2004). Valeurs des collégiens et réussite scolaire : convergences et divergences. Dans G. Pronovost & C. Royer (sous la direction de), Les valeurs des jeunes (pp.95-111). Sainte-Foy : Presses de l'Université du Québec. Royer, C., Pronovost, G., & Charbonneau, S. (2004). Valeurs sociales fondamentales de jeunes québécoises et québécois : ce qui compte pour eux . Dans G. Pronovost & C. Royer (sous la direction de), Les valeurs des jeunes (pp.50-69). Sainte-Foy : Presses de l'Université du Québec. |
M. Gilles Pronovost |
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