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| M. Hassan El Hadi Image
de la conférence Écouter Voir Président du Conseil d'administration Centre québécois de ressources à la petite enfance - CQRPE |
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jeunes papas et la naissance 1) Description de ma culture d'origine Hassan, qui est mon nom, veut dire « bien », en français. Je suis l'aîné d'une famille de commerçants de Marrakech, qui se trouve au sud du Maroc. Au Canada, la famille se réduit au mari ou « chum », à la femme ou « blonde » et à leurs enfants. Chez nous, le terme « AYLA », la famille, désigne à la fois le couple, les ascendants et les descendants qui portent le même nom et ceux qui revendiquent l'appartenance au même ancêtre. L'arbre généalogique comprend plusieurs branches indissociables les unes des autres. C'est l'appartenance à une famille qui détermine la véritable identité d'un individu, plus que sa fonction ou son statut personnel. Donc, mon statut était relié à ma famille. J'étais obligé de suivre le même chemin que mes parents, faire du commerce et étudier dans ce domaine. La hiérarchie dans la famille repose principalement sur des rapports d'âge et d'ancienneté qui sont associés à sagesse et expérience. Le principe de base, c'est le respect envers le chef de famille : le père, « iba », et la mère, « mé » ou « ina », et le mot « père » chez les berbères peut désigner aussi à la fois l'aîné (je suis le successeur, le modèle et la personne la plus respectée après mon « iba » bien sûr), le protecteur, le patron, le professeur, le maître, le fquih (le prêtre enseignant à l'école coranique). Ce type de relation entre quelques individus de statut inégal se trouve dans tous les rouages de la société marocaine. Se rajoutant à la simple relation formelle de respect entre ancien et cadet, les liens personnels entre père et fils comportent en plus une obligation morale d'aide, de services réciproques qui est à l'origine des grandes qualités traditionnelles les plus prisées par les marocains :
Cette relation qui renforce ainsi le pouvoir respectif de chacune des parties représente un capital social que l'on cherchera à faire fructifier tout au long de la vie. Il sera important pour le fils d'être relié à un parent, l'employé au patron, le protégé au protecteur, l'élève au professeur, etc. Malgré le privilège d'être un homme et l'aîné de la famille, j'ai toujours souffert de cette façon traditionnelle de vivre. Je me sentais à la fois en sécurité et en prison, je suivais des directives. Je ne recevais aucune reconnaissance et je me sentais obligé de faire des choses que je n'aimais pas. Je n'avais pas de problème au niveau de l'argent, j'avais mes propres appartements, ma voiture. Reste que tout cela était au nom de mon père. C'était lui qui finançait tout. Donc, j'étais complètement dépendant de lui. Je n'avais ni autonomie, ni reconnaissance. Je devais me plier à ses choix et ses décisions. Je suivais ses directives sans poser de questions. Dans ma famille comme dans n'importe quelle famille traditionnelle au Maroc, la filiation se fait en ligne patrilinéaire et on le rappellera chaque fois que l'on désignera un membre de la famille. On dira le fils d'un tel, de la famille telle, de tel groupe, de tel village. Le prestige de l'homme ne se mesure pas à son mérite personnel mais en fonction de sa place au sein de sa famille et de la renommée de celle-ci dans cette configuration des familles que constitue le « douar » le village ou la ville. Dans mon cas : douar Aït-Hadi c'est-à-dire le village de la famille El Hadi. En effet, dans mon village tous les gens ont un lien de parenté. L'autre caractéristique de la famille traditionnelle est la structure de son habitat. En effet, plusieurs générations d'une même famille habitent toute une maison commune ou dans plusieurs maisons regroupées dans une cour sérieusement protégée des regards indiscrets. C'est une véritable petite société, séparée de la vie publique, elle juxtapose deux mondes vivant de façon cloisonnée : celui des hommes et des grands adolescents, d'une part, celui des femmes et des enfants de l'autre. La femme règne dans sa maison « dar », reçoit chez elle des parents et des amies. Toutes les personnes qui vivent dans cette famille sont tenues de respecter les règles de conduite. Cette communauté est dirigée par un chef « le père ou l `aîné » qui est responsable de tous pour le bien de chacun, il a un rôle déterminant dans les décisions. De plus, la famille est très importante. On vit en famille, elle se caractérise par sa fonction, qui est de protéger le patrimoine spirituel. En effet, tous les membres sont tenus de préserver l'honneur « charaf » familial s'ils ne veulent pas subir le châtiment du chef de famille.(1) Ceci dit, je peux avouer que la société d'où je viens, et dont j'ai décrit les traits principaux, connaît aujourd'hui, sous l'effet de la généralisation de l'enseignement, l'industrialisation, le régime politique et social moderne, une ouverture sur le monde occidental. Aussi, mon départ, mon éloignement a touché profondément ma famille. J'en ai pris conscience lors de mon voyage au Maroc, il y a deux ans. Je ne suis pas le seul à avoir changé, ma famille aussi. C'est en 1995 que j'ai décidé de quitter ma famille, ma place de successeur, mon pouvoir et ma prison aussi. Il y a beaucoup de gens ici qui me posent toujours la même question : comment ai-je fait pour quitter mon royaume pour venir ici et vivre si difficilement ?... Pour moi l'argent et le pouvoir ne font pas le bonheur. 2) Relation de couple L'intégration sociale exige une certaine familiarité avec le mode de vie canadien ou québécois. Mis à part la connaissance de l'anglais ou du français et les aptitudes professionnelles. L'adaptation à cette culture et à ce régime social particulier demande des efforts considérables. L'intégration remet en question l'identité sociale et individuelle de l'immigrant qui est partagé entre sa culture d'origine et la culture locale. Certains gestes ou attitudes qui nous semblent insignifiants pourraient, dans la province du Québec, nous attirer des ennuis. En effet, lors de ma première relation avec une femme québécoise, j'étais surpris et choqué en même temps de voir qu'elle s'exprimait librement et donnait des points de vue personnels sur des sujets comme l'amour, la sexualité, la religion, la politique, le ménage, etc. Au Maroc, on n'ose jamais discuter de ces sujets au sein de la famille, ils sont tabous. Cependant on peut en discuter avec des amis, parler de la sexualité et du corps de la femme, mais ça reste entre nous et j'imagine que c'est la même chose pour les femmes au Maroc. Tantôt j'ai parlé de l'honneur, « charaf », qui est primordial au sein de la famille marocaine. On parle de « secrets de famille » et « toute vérité n'est pas bonne à dire ». En effet, c'est porter atteinte à la solidarité familiale et à l'équilibre même du groupe qui, aux yeux du monde extérieur, ne doit pas montrer ses faiblesses, que de déshonorer la famille. Au début, c'était très difficile pour moi de m'adapter à ce genre de mode de vie québécois, surtout lorsqu'on vit en couple. Non seulement de tolérer ce qui me semblait différent et choquant, mais il fallait aussi que je respecte ça et que j'essaie de comprendre le pourquoi et le comment de tel ou tel aspect si différent. En effet, mon expérience de vie en couple avec une québécoise m'a aidé énormément à comprendre un certain nombre de caractéristiques sociales et culturelles à savoir : le mode de vie québécois, les rapports homme-femme, le partage des tâches, la liberté et l'autonomie de la femme, la liberté d'expression et l'aspect individualiste au sein de la famille. 3) Mon rôle de père Dans notre société actuelle, le père a une place de plus en plus importante, il prend une part active à l'éducation des enfants. « La femme devient mère par l'intermédiaire d'un processus biologique tandis que l'homme devient père par l'intermédiaire d'un système symbolique imposé par la société ». En effet, on est mère dès l'instant de la grossesse alors qu'on devient père par un processus psychologique conditionné par des normes culturelles et sociales. Les temps ont changé. Les pères portent leurs petits, ils donnent le bain à leur bébé, les promènent en poussette, changent les couches, amènent leurs bébés à la crèche, les accompagnent au rendez-vous chez le pédiatre; tous ces gestes sont devenus courants. Certains participent même avec leur bébé à des activités spécialement offertes aux papas, tels des groupes de jeu, des cours de massage-bébé, ... J'ai désiré avoir un enfant après quelque temps de vie et d'expériences communes avec mon amie. J'étais bien avec elle. Ça m'est venu naturellement, c'était une envie de vivre autre chose, un désir de continuité et de stabilité dans notre relation amoureuse. Pendant la grossesse, ce n'était pas toujours évident pour moi : c'est une longue attente pour le père qui ne le vit pas physiquement mais à travers les malaises, la fatigue de sa compagne et se sent seulement figurant. Les états d'âme de la femme enceinte ne sont pas toujours faciles à vivre!! Mais j'ai vécu également de bons moments quand, par exemple, je caressais le gros ventre et sentais l'enfant bouger. Durant cette période, nous avons partagé davantage les tâches quotidiennes et j'ai pris en charge de façon plus importante le premier enfant (au niveau des activités, jeux, toilette...). Ma compagne était suivie par une sage-femme à Pointe-Claire. Les consultations et les visites avec la sage-femme m'ont paru très humaines, avec un dialogue ouvert, une certaine complicité et un suivi médical attentif et compétent. Nous avions décidé de ne pas faire aucune échographie; paraît trop technique, il y a violation de l'intimité de l'enfant. Puis j'ai participé intimement au premier accouchement. J'étais très présent et participais totalement au côté de la sage-femme. J'ai vécu la naissance de ma fille très sereinement. J'avais une entière confiance dans son déroulement, je ne me posais pas de questions. C''est moi qui ai coupé le cordon et j'étais le premier qui a changé la couche la première couche de ma fille. Tout s'est fait naturellement. Après la naissance de ma fille, j'étais sur une autre planète. Je me sentais en pleine effervescence les premiers jours. J'étais fatigué mais heureux, j'étais émerveillé de la regarder vivre. 4) Les pleurs de bébé? Les premiers temps, je l'ai ressenti comme un langage simplement. Ensuite, c'était confus : on mélangeait fatigue et énervement et leurs pleurs étaient parfois mal compris. Il nous a fallu un certain temps d'adaptation à cette nouvelle vie. 5) Mon rôle par rapport à celui de la mère? Le père et la mère ont tous deux un rôle très distinct et complémentaire. Je me vois donc comme participant à la vie du foyer en y apportant mon aide et aussi une ouverture sur l'extérieur. J'essaie d'intervenir quand les relations mère-enfant sont trop tendues même après la séparation et le divorce. |
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