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| Mme Nicole
Mathieu-Valade Image
de la conférence Écouter Voir Directrice adjointe Office de la famille de Montréal |
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| Désir
d'enfants Il n'est sûrement pas exagéré d'affirmer que généralement un couple qui s'aime arrive un jour ou l'autre à désirer un enfant ensemble. Cependant le désir d'enfant ne surgit pas spontanément parce qu'il y a projet amoureux. Il remonte loin dans notre histoire personnelle. C'est à l'adolescence alors que le corps se transforme et que l'activité hormonale se met en place, que l'être humain devient conscient de sa capacité d'engendrer. Chez la fille, le désir de grossesse peut aussi s'éveiller à ce moment-là. C'est généralement mis en veilleuse jusqu'au moment où un contexte amoureux va venir éveiller cette possibilité de transmettre la vie. C'est assez naturel pour un couple qui s'aime d'en venir à échanger sur les enfants que leur rencontre va pouvoir engendrer. Porté par l'élan amoureux, fortifié par leur choix mutuel, le désir de donner naissance à une nouvelle vie en ce qu'elle offre de plus beau au plan de la nature fait son chemin. Désirer un enfant de l'autre est l'une des manières les plus profonde de l'aimer. Désir commun ne veut pas dire même désir, mêmes attentes. Chez chacun on rencontre des motivations multiples plus ou moins conscientes, plus ou moins exprimables qui lui confèrent un petit quelque chose de mystérieux. Avoir un enfant c'est pour un couple la preuve qu'il est normal que tout fonctionne bien. L'enfant dit au couple qu'il a non seulement le pouvoir mais la capacité de créer. Accueillir un enfant vient ouvrir l'amour, l'empêcher de se refermer sur lui-même. C'est aussi une oeuvre réalisée en commun. Très concrètement, très charnellement c'est permettre que se mêlent les traits, l'héritage, la vie la plus intime de chacun. Cet enfant sera un peu toi, un peu moi et ensemble nous l'aiderons à devenir lui-même. Avoir un enfant, n'est-ce pas se convaincre qu'on est plus fort que la mort inscrite en nous dès la naissance? N'est-ce pas l'espérance qu'une part de nous-mêmes va continuer d'exister quand on y sera plus? Le désir d'enfant, on peut dire que c'est une composante socialement construite. C'est grandement influencé par l'éducation que l'individu a reçue à la maison, par les valeurs véhiculées dans sa famille et par la suite par les expériences amoureuses vécues par chacun des conjoints de même que par leurs expériences professionnelles. Il nous faut faire la distinction entre désir et projet d'enfant. Le désir renvoie au rêve d'avoir un enfant alors que, le projet, renvoie à l'intention d'actualiser ce rêve. Je prends par exemple une personne qui décide de se consacrer à la vie religieuse, ça ne veut pas dire que cette personne ne portait pas en elle le désir d'enfant, son choix de vie va faire qu'elle ne le concrétisera pas. Je me reporte maintenant à une recherche menée dans les années 80 par l'anthropologue Renée B.Dandurand professeure-chercheure titulaire à l'INRS-Urbanisation, Culture et société, recherche qui a permis de faire les constats suivants. Parmi les couples interviewés, il ressortait que, pour la femme, le désir d'enfant était plus intériorisé et ressenti plus tôt. Comme la femme sait qu'après 40 ans il lui sera plus difficile de réaliser son projet d'enfant ça peut expliquer ce fait. Cette limite temporelle ne touche pas les hommes de la même manière. Par contre, chez l'homme, le désir vient souvent de l'extérieur : la conjointe qui désire un enfant, les amis qui ont une famille. Et cela je le vérifie chez les couples que je rencontre en préparation au mariage. Il arrive souvent que les hommes expriment leur désir d'enfant en fonction du désir de la femme. On les entend dire : on va avoir des enfants c'est important pour elle, mais si elle n'en voulait pas ça ne me dérangerait pas; ou on va avoir des enfants quand elle sera prête; ou encore on a plein d'amis qui ont déjà des enfants, ça nous donne le goût d'en avoir. Dans la recherche, il ressortait également que la femme, plus que l'homme, arrive à exprimer davantage ses attentes quant à la parentalité. Elle souhaite que l'homme, tout autant qu'elle, s'occupe activement de l'enfant, il n'est pas là que pour jouer avec lui. Elle veut s'assurer de la solidité de leur couple. Elle s'interroge davantage sur la capacité du conjoint à s'engager vis-à-vis d'un enfant. Elle semble davantage consciente des effets néfastes, que peuvent avoir sur les enfants, des séparations multiples. Elle craint aussi la pauvreté qui suit souvent les désunions. Quant aux hommes, ils dressaient un portrait peu élaboré de la mère. Comme si une mère correspondait nécessairement à une bonne mère, comme si ce rôle constituait une seconde nature pour la femme. Dans le cadre de la recherche, les femmes qui ont été rencontrées se considéraient comme inscrites dans un parcours de vie personnel comprenant carrière, vie de couple et enfin la mise au monde d'au moins un enfant. Elles percevaient la maternité comme un accomplissement personnel. Bien que certaines aient éprouvé le désir d'enfant alors qu'elles n'avaient que 20 ans, d'autres ont exprimé ne pas s'être senties concernées par la maternité avant l'âge de 25 ans. Bien souvent le désir d'enfant demeure en veilleuse jusqu'à ce que la femme soit rassurée sur sa capacité de pouvoir concilier vie familiale, vie professionnelle et vie publique. Facteurs qui ont une incidence sur le projet d'enfantLe choix de l'orientation professionnelle et la durée de la formation scolaire influencent le moment où on laissera libre cours au désir d'enfant. Parmi les jeunes interrogés, le désir était plus flou chez les peu scolarisés, sans emploi et vivant encore chez leurs parents. Dans ce cas, l'absence de conditions matérielles et conjugales minimales empêchaient d'envisager un projet d'enfant. De nos jours, il n'est plus nécessaire d'être marié pour avoir des enfants. En effet, des couples se marient soit en même temps ou après la venue du premier enfant et parfois lorsque la famille est bien constituée. Cependant, pour un bon nombre de couples, le mariage demeure un préalable. Je le vérifie chez les couples que je rencontre. J'entends souvent des personnes, peut-être plus de la part des femmes, affirmer vouloir se marier avant de penser à mettre au monde des enfants. Chez ceux-ci, le mariage apparaît encore comme le cadre le plus propice à la venue d'un enfant. Je me rappelle un couple que j'ai accompagné il y a six ans. Il était évident qu'après quelques années de cohabitation, particulièrement pour elle, le mariage signifiait la concrétisation de son rêve de devenir mère. Elle avait décidé qu'elle serait enceinte en voyage de noces et on sentait que ce serait une grande déception si ça n'arrivait pas comme elle le souhaitait. C'est arrivé comme elle l'avait imaginé. Le deuxième enfant a été assez rapproché. Mais sans que je puisse vous dire exactement pourquoi, le rêve s'est brisé. Il y a un peu plus d'un an, elle a quitté son foyer laissant la garde des enfants à son mari. Cet exemple illustre bien l'écart qu'il y a parfois entre le projet tel qu'imaginé dans sa tête et la réalité. Avoir un enfant n'apporte pas que des joies. Viennent avec, les responsabilités, les déceptions, les dérangements et les renoncements. Le choix de ne pas avoir d'enfant Dans l'enquête menée par Mme Dandurand, peu de personnes ont affirmé ne pas vouloir d'enfants. Je peux dire que dans ma pratique je rencontre peu de couples qui affirment ne pas vouloir au moins un enfant. On a tendance à croire que les personnes qui affirment ne pas vouloir d'enfant le font par pur égoïsme. Au-delà de l'égoïsme, se cachent bien souvent des peurs qu'on arrive difficilement à maîtriser. Sur le plan personnel La peur de la grossesse avec ce qu'elle entraîne de transformations corporelles. J'ai une amie qui m'avouait qu'elle aurait mieux aimer ne pas avoir à porter ses enfants. Elle ne se sentait pas belle enceinte. La crainte de l'accouchement. Une certaine anxiété devant les changements qu'entraînent la venue d'un enfant. La crainte de voir sa liberté entravée. Inconsciemment le refus de devenir père ou mère qui signifie qu'on quitte notre statut d'enfant. Sur le plan conjugal La crainte pour la femme de voir le mari s'éloigner du fait de la grossesse, de l'enfant. Pour l'homme la crainte de ne plus avoir sa place dans cette relation à trois. On peut rencontrer aussi une relation conjugale fermée à l'enfant du fait que l'un des conjoints a un statut d'enfant. Quand un couple fonctionne sur le modèle père-fille ou mère-fils, il n'y a pas de place pour l'enfant, la place est déjà occupée. Sur le plan familialL'histoire de vie familiale, ce qui a été vécu dans la famille d'origine, est très étroitement liée au désir d'enfant. Les personnes qui ont grandi dans une ambiance familiale positive, que ce soit parce que les parents s'entendaient bien ou, s'il y a eu séparation, que celle-ci se soit réalisée dans un climat acceptable pour les enfants, ces personnes envisagent avec plus de confiance le fait d'avoir des enfants. Par contre, les hommes et les femmes qui ont vécu dans un contexte familial où les relations étaient de mauvaises qualités hésitent davantage à donner la vie. Il semble que, chez la femme, la qualité de la relation mère-fille soit un facteur déterminant, tandis que pour l'homme, la qualité de présence du père, sa facilité ou sa difficulté de communiquer avec ses enfants rend peut-être plus ambigu son désir d'enfant. Il serait souhaitable que le couple qui ne désire pas avoir d'enfant prenne le temps de découvrir ses motivations profondes. Il arrive que se rapprochant de l'âge mûr, les couples regrettent leur décision . Que dire du nombre d'enfants?Aujourd'hui, nous constatons que le choix des couples se porte rarement sur une famille nombreuse, deux enfants étant la norme habituelle. Quand un couple prend la décision d'en avoir un 3e, c'est la plupart du temps mûrement réfléchi. Dans la recherche citée plus haut, les femmes ont exprimé que le premier enfant avait suffi à combler leur désir d'enfant. Donc les femmes auraient d'abord un enfant pour elles, pour s'accomplir dans leur féminité. Le deuxième arriverait pour offrir un frère ou une soeur au premier. Quand au troisième, la perspective d'avoir un enfant de l'autre sexe, pourrait être une source d'influence dans la décision. Quand un couple décide d'appeler un troisième enfant à la vie, l'entourage est quelque peu étonné. Je dirais parfois déçu. On soupçonne d'abord que c'est un accident . Quand on apprend que c'est par choix, il s'en trouve pour trouver ce choix d'inconscient. Quand une de mes connaissances, l'an dernier, m'a annoncé que son fils attendait son 3e bébé, je n'ai pas senti chez elle le même enthousiasme qu'à l'annonce du premier et du deuxième. Il y avait quelque chose comme je ne sais pas à quoi ils ont pensé . Il se trouve aussi des couples qui envisageaient avoir plus d'un enfant mais qui renoncent à une nouvelle naissance quand, avec le premier enfant, ils ont rencontré des difficultés qui se sont avérées insurmontables. Bien que majoritairement les couples s'en tiennent à deux enfants, on entend des parents dire qu'ils auraient été prêts à en accueillir un et même deux de plus dans des conditions plus favorables. Ils évoquent alors la précarité d'emploi, la difficulté de concilier travail famille, la question du logement trop petit, trop rare, trop cher, l'obligation pour la femme d'interrompre pour un temps ses activités professionnelles, ce qui retarde aussi son avancement, la nécessité d'un deuxième salaire, le poids financier pour mener un enfant à l'âge adulte tout en lui assurant une bonne éducation et en lui permettant de développer son plein potentiel. Ce sont là autant de raisons qui viennent freiner le désir d'enfants. Malgré tout, on rencontre encore de nos jours, même si c'est plus rare, des familles de 4-5- 6 enfants. Une maman de quatre enfants disait : Avoir des enfants, les porter, est une telle plénitude que seul l'âge ou encore des problèmes de santé ou financiers m'en fera faire le deuil Une autre maman de six enfants s'exprimait ainsi : Dès que mon premier a trois ans, j'ai envie d'en avoir un autre, comme si chaque grossesse retenait le temps, me remplissait de vie . Mais arrivera pour ces femmes le moment où elles sentiront que c'est le dernier. Elles diront alors : Avant l'arrivée de la petite dernière ou du petit dernier, je ne pouvais m'imaginer ne plus avoir d'enfants, maintenant ça y est, je puis tourner la page . Ce n'est certes pas l'option de tous les couples d'avoir plusieurs enfants, mais il nous faut reconnaître que ce choix puisse être celui d'une minorité et qu'il puisse être acceptable. Quand l'enfant désiré ne vient pasLa plupart des couples en viennent à concevoir le nombre d'enfants désirés. Cependant, pour certains, ça n'arrive pas aussi vite qu'ils le souhaiteraient. On évalue à environ 25% les couples qui ont un enfant au moment où ils le désirent. On estime à 13% les couples qui ne peuvent concevoir, et on ne trouve pas toujours une explication médicale à une telle situation. Ce sont là des lieux de souffrance, de tension et d'incompréhension. Dans un monde où il est possible de se procurer tout assez facilement, comment admettre qu'on ne puisse arriver à avoir un enfant. Cette souffrance engendre aussi des conflits dans le couple d'où l'importance de la prendre en compte et d'oser en parler. Oser en parler pour comprendre ce que chacun vit, ne pas minimiser le sentiment de perte, même d'échec que cela entraîne, l'exprimer pour se soutenir mutuellement et chercher une solution qui satisfasse chacun des conjoints. Parmi les solutions qui s'ouvrent au couple il y a la conception médicalement assistée, il y a l'adoption, il y a la prise en compte de d'autres formes de fécondité, la fécondité du couple n'étant pas limitée à l'enfant. Quand un couple opte pour la conception médicalement assistée, il doit prendre le temps d'en mesurer toutes les implications et se demander jusqu'où il est prêt à aller, quel prix il est prêt à payer. Pendant un bon moment le couple risque d'être écartelé entre les phases d'espoir et les moments de découragement; entre les traitements lourds imposés à la femme et l'attente impuissante de l'homme; entre l'urgence du corps féminin, le plus tôt possible avant 40 ans; entre le sentiment d'inutilité des relations sexuelles et l'illusion de l'efficacité des traitements médicaux. Quand un couple s'est engagé dans un tel processus, il est difficile, pour lui tout autant que pour le médecin, de cesser de croire que la prochaine fois sera la bonne. Entre faire une tentative et multiplier les tentatives jusqu'à l'acharnement, lequel peut entraîner la destruction du couple, il faut trouver la juste mesure. Pour les couples qui n'ont pas choisi de ne pas avoir d'enfants, c'est une épreuve difficile. Mais la décision d'assumer cette souffrance peut s'avérer, pour ceux-ci, une voie d'épa-nouissement en leur permettant de devenir créatifs autrement. L'enfant est don, pas seulement le produit de mécanismes biologiques. L'Écriture nous le signifie par le biais des naissances miraculeuses. Ces exemples nous montrent que tout enfant est reçu autant que fait et que Dieu y est sûrement pour quelque chose. Bibliographie Revue Alliance, Association Bonne Nouvelle pour les Foyers, Paris :
Amour et Famille C.L.E.R. Le désir d'enfant # 208 Accueil rencontre, janvier 2002, Quand l'enfant désiré ne vient pas # 205 RND, janvier 2002, Un sujet nommé désir, Entrevue de Renée B.Dandurand. Conférence de la famille 2005, Enjeux démographiques, accompagnement du désir d'enfants. |
Mme Nicole Mathieu-Valade |
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