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| Mme Claire Tranquille Image
de la conférence Écouter Voir Directrice générale Centre québécois de ressources à la petite enfance CQRPE |
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départ La rencontre avec la mort Présentation du CQRPE : Organisme communautaire ayant pour mission de promouvoir le bien-être de l'enfant 0-6 ans par une approche globale et préventive. Le CQRPE est un regroupement national d'organismes communautaires, publics et privés qui oeuvrent auprès et avec des parents, des intervenants, des éducateurs et toutes personnes qui ont à coeur le développement et le bien-être des tout-petits. Nous offrons :
Nous publions un bulletin pour les membres : L'Enfantin. Témoignage : Quand on aborde la mort, c'est comme si tout devenait abstrait : la politique devient presque futile tant la mort est une réalité, infaillible et incontournable. Quel sujet plus impliquant? Pourtant, quand la mort nous approche, ou nous frappe, un drôle de sentiment s'empare de notre bon sens. J'ai vécu la mort de ma mère l'an dernier, et avant ce jour, je n'avais jamais réellement senti une telle force pour me protéger de ce qui m'arrivait. Il faillait en effet me protéger, car si j'ai pu repousser des burn out, n'en n'ayant pas les moyens, la mort elle n'attend pas, elle choisi SON moment. En fait, je n'attendais plus sa visite. Ma mère, atteinte de sclérose en plaques depuis que j'ai 5 ans, ne faisait que survivre, naturellement mais sans aucune activité sociale autre que les infirmières, les préposées, le docteur et les quelques visites, certaines sporadiques, d'autres régulières. Consciente, sa foi en Dieu la prévenait de toute pensée pour interrompre ses souffrances. Les trente-huit années de maladie n'ont jamais amenuisé sa Foi. Mais pour nous, ses enfants, la vie ne s'est pas présentée comme un don du ciel. Sans entrer dans les dédales de mes souvenirs plutôt mornes de mon enfance et de mon adolescence, il est correct de dire que la vie de famille que j'ai actuellement est loin de la grisaille des images du passé. La maladie de ma mère l'a éloignée de moi. Étant prise avec ce mal, elle n'était pas disponible aux discussions, et aussi, je ne me souviens que de très rares conversations étant jeune adolescente. Avant cela je ne me souviens de presque rien. La longue maladie de ma mère m'a habituée à une distance tant physique que psychologique. À part les manoeuvres pour la lever du lit, de la chaise ou de la toilette, il n'y avait pratiquement aucun contact. Dès l'âge de 11 ans, je l'ai remplacée pour les tâches ménagères. Tous les jours, je l'ai prise dans mes bras pour les transferts, et lui ai fait à dîner les jours d'école, jusqu'en secondaire V. Tous les jours, sauf, je me souviens d'une Madame Chiasson qui venait faire du ménage une fois semaine pendant quelques temps et la fameuse popote roulante, aussi une fois semaine, aussi pendant un temps. Il y a eu le départ vers un centre de longue durée, mon propre départ de la maison peu après et les années aux études, en région et mes enfants. Ces vingt années se sont écoulées avec de rares visites, et toujours longues et épuisantes. Quelques épisodes, infarctus et autres sursauts sont venus troubler une existence presque oubliable. C'est comme si elle ne mourrait jamais. Je n'y croyais plus. Puis, en janvier 2003, je deviens Directrice du CQRPE. Le bureau est à 3 minutes du centre où vit ma mère. Je la visite alors plus régulièrement, mais la chaleur ne s'intensifie pas. Elle demeure la mère que j'ai soignée et moi la fille qui n'a pas été prise dans ses bras. Cependant, chaque visite est contraignante. Je trouve le temps long et c'est un réel sacrifice d'y passer mes heures de lunch. Le temps s'effiloche, et en février 2004, elle dort plus souvent aux moments des visites. J'en suis presque soulagée. Mes visites sont plus brèves, mais presque quotidiennes. Le dernier droit Alors que s'annonce un mois de mars occupé à préparer notre Foire aux outils, un coup de fil à 4 heures du matin vient troubler les pistes. Le Centre m'avertit que ma mère va très mal et qu'ils n'ont pu rejoindre personne d'autre... Je suis le dernier contact... Paradoxalement, la première semaine de mars marque pour le CQRPE un repos afin de concilier le travail à la célèbre semaine de relâche scolaire. Je ne croyais pas vivre une conciliation famille-travail dans le sens inverse.... J'ai donc pris le premier métro et suis demeurée auprès de ma mère à la replacer, humecter ses lèvres et lui donner des gorgées d'eau. Relevée de ma garde en soirée, je retrouve mes enfants et la routine de la maison. Ma soeur veillera mardi. D'instinct, et même si je me dis que c'est encore une fausse alerte, je suis troublée par l'absence de douleur de voir ma mère mourante. Est-ce parce que j'ai tant hâte de la voir délivrée de ce corps décharné? Je sens une fin toute proche, mais ne souffre pas. Un hasard me fait entrer en contact avec une formatrice du CQRPE, Nicole Barbe, qui est en visite au Québec, vivant actuellement aux États-Unis. Nicole connaît bien la mort pour avoir été des années une ressource aux soins palliatifs. Je lui confie ma préoccupation. Déni? On parle un moment. La longue maladie prépare infailliblement au départ. La délivrance devient une lumière. Elle allait mieux. Mais encore le téléphone mercredi matin 5 heures du matin. Elle se plaint, elle a froid, soif. Elle a la nausée, des crampes, mal au dos. Son corps crie littéralement sa souffrance et agrippe son âme. Pour la première fois, elle demande à Jésus de venir la chercher, dans un souffle : Je suis tannée! Une journée difficile. De mon côté, je m'acharne à terminer un travail d'université, au côté de ma mère mourante.. Une image que j'ai en tête et qui me fait sourire. Quel déni! Je sors un moment, je vais au bureau, prendre le courrier... Je me souviens, dans la semaine, avoir accepté d'amener les enfants qui voulaient la voir. Je craignais de leur réaction pour rien. Ils l'ont embrassée et tenu la main. Sans drame. Pourtant je ne me rappelle même plus quel soir... Et puis ce jour doit arriver. Encore un appel, à 6 heures cette fois. On doit amener ma mère à l'hôpital, elle a fait une chute de pression. J'y arrive vers 10h. Ma soeur arrive, puis mon frère, et puis l'autre. Mes nièces arrivent aussi tour à tour. Après une journée en salle d'observation, le médecin nous informe qu'ils ne peuvent rien faire, c'est un épisode qui l'a beaucoup affaiblie et elle ne s'en remettra probablement pas. On la ramènera au centre. Je resterai pour le transfert. Il est 20h, puis 21h. Dans l'autobus où ma mère est secouée plus qu'il ne le faudrait (je me dis à ce moment que c'est une chance que ma soeur ou mon plus jeune frère ne soit pas à ma place) les images et pensées se bousculent. Je lui caresse le front, sans grande conviction. Elle a rassemblé toute sa famille ces derniers jours. Son âme est prête, et son corps trop faible pour la garder encore captive longtemps. Le départ Je ne désire pas la voir mourir. Je ne veux pas la voir morte. J'espère qu'elle mourra en dormant. Arrivée au Centre, ma soeur et mes frères arrivent. De mon côté, il est 11 heures et je retourne à la maison en espérant qu'elle s'endorme et parte sans souffrance. Ma nièce m'appelle à 1h30. Elle est partie. Elle me demande si je veux venir la voir avant de ... Non. Merci. Je ressens encore le coup de massue au coeur, puis imagine son âme libre enfin. Je me rendors sans même avoir fais un geste autre que de fermer le téléphone. Un matin irréel. Je m'habille, et les enfants étant encore endormis, je m'enfuis au travail pour une rencontre. Je travaille toute la journée sur la dissertation. Les trois semaines suivantes seront empreintes d'un travail acharné. Toutes mes énergies sont concentrées sur la Foire aux outils. Le matin du service funéraire, je tiens mon conseil d'administration. Je glisse une phrase : c'est bien de tenir le CA ici, c'est à deux pas de l'Église où se tient le service de ma mère décédée la semaine dernière... Le deuil Malgré le dénie, au lendemain de la Foire aux outils, tout s'effondre. Le stress de l'événement et la charge de travail n'étant plus, je n'ai aucune occupation pour m'y réfugier. Je me sens orpheline. Je suis une orpheline. Je vis mon deuil à ce moment. Pas celui de ma soeur. Le mien. C'est troublant et à la fois libérateur. Je m'approprie une expérience qui m'est propre. Je me sens évoluer, sortir de mon propre carcan. Je ne suis plus confrontée à une existence sclérosée. Je commence à faire aussi un ménage de mes réflexes devant l'adversité, dont celui de geler, de m'immobiliser. Je suis une adulte à travers la petite fille qui n'a pas été prise dans des bras. Un monde d'explications devient clair à mes yeux. Je vois des situations, je comprends des réactions. Croire aux anges me pousserait à dire que ma mère me parle et m'explique ces choses de sa situation dorénavant privilégiée. Pour la première fois, je suis vraiment seule. C'est à la fois terrifiant et exaltant. La douleur se vit en pleurant. Cela a pris des mois. Pourtant je n'ai pas de regrets, comme les fréquents « j'aurais dû me rapprocher avant que... » Non, la boucle est bouclée. Il ne reste qu'un point qui me chicote : avoir refusé de la voir morte, d'y toucher. Puis des reportages en ont parlé. Je me suis réconciliée avec la mort. Je la crains comme tout parent qui aime ses enfants. J'ai voilé la mort de ma mère. Je n'en ai parlé que dans un souffle. Voilà que c'est fait.
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Mme Claire Tranquille Directrice générale 4855, rue Boyer, bureau 238 Vox : (1-514) 369-0234 |