Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 17, numéro 86, août 2006

     
Mme Rose-Marie Charest, MA.  Image de la conférence   Écouter   Voir
Psychologue
Présidente
Ordre des psychologue du Québec

L'importance de l'estime de soi comme parent dans l'exercice de la parentalité

Parents et fiers de l·être

   Décider de devenir parent, c·est accepter de se dépasser. Et c·est ce qui arrive à la très grande majorité des parents : ils trouvent en eux une force d·aimer, une générosité, une capacité de compréhension et d·adaptation surpassant tout ce qu·ils auraient pu soupçonner. De nos jours, la plupart des parents ont les enfants qu·ils désirent. Avoir un enfant est un projet pleinement consenti. On veut non seulement donner la vie, mais donner une vie de qualité. Forts des informations de plus en plus répandues sur les besoins  psychologiques des enfants, les parents s·interrogent, se remettent en question, cherchent des réponses.

   Trop souvent, c·est à l·extérieur d·eux qu·ils sont en quête de réponses alors qu·ils sont pourtant les personnes les plus compétentes, parce que ce sont eux qui connaissent le mieux leur enfant. Mais dans une société où l·on exige beaucoup des gens, les parents ressentent l·obligation d·être des parents parfaits et d·avoir l·enfant idéal. On subit la pression sociale, mais on y ajoute d·autres pressions, celles-là provenant de notre propre enfance, de nos rapports avec nos parents, de la fragilité plus ou moins grande de notre estime de nous-mêmes ou tout simplement de notre perfectionnisme.

   Être parent fait appel à des talents que l·on peut développer dans une certaine mesure. Mais la relation parent-enfant est empreinte de symbolisme, d·affects plus ou moins conscients et sur lesquels on a peu ou pas de contrôle. Le parent qui veut absolument être le parent qu·il aurait voulu que ses propres parents soient, ou celui qui veut s·assurer que ses enfants ne lui feront jamais aucun reproche, se prive et prive son enfant de sa plus grande richesse : son authenticité. On ne peut décider de ne pas avoir peur, de ne jamais ressentir de colère ou de tristesse. On peut décider d·exprimer ces affects d·une manière qui nous semble appropriée. Cependant, les nier, faire « comme si », priverait l·enfant de ses vrais parents.

   Le meilleur parent est celui qui est vrai et qui, de ce fait, encourage son enfant à l·être. Le plus grand geste d·amour envers un enfant, c·est de lui donner l·occasion d·être lui-même. Or, le parent authentique devient un modèle de personne qui s·accepte, s·exprime et agit de manière cohérente, en accord avec elle-même. Dans le développement d·un enfant, les modèles perçus valent des millions de mots. La vraie confiance en soi repose sur l·acceptation de ce qu·on est, tant dans ses faiblesses que dans ses forces. Pour faire en sorte que l·enfant développe une image positive de lui-même, il ne faut pas lui présenter la perfection, pas plus qu·il ne faut l·exiger de lui.

   Accompagner un autre être humain, son propre enfant, de sa naissance à l·âge adulte place le parent dans une situation privilégiée pour se connaître, découvrir une autre personne dans ses ressemblances et ses différences et vivre une relation qui se modifiera, mais qui ne prendra jamais fin. C·est à la fois un grand privilège et une lourde responsabilité. Certains jours, c·est le ciel. D·autres, c·est l·enfer. Mais en général, c·est un jardin à défricher, à nettoyer, à ensemencer et à arroser. Vivre, expérimenter, réussir, se tromper, réfléchir, changer d·idées, voilà ce qui caractérise le développement d·une personne de sa naissance à sa mort. C·est ce type de cheminement qui donne un sens réel à la vie : devenir de plus en plus soi-même.

Le bonheur d·être parent

   Trop de parents, de tout temps, ont cru qu·il fallait sacrifier leur propre bonheur à celui de leur enfant. Or, pour un enfant, le plus beau des cadeaux est de voir son ou ses parents heureux. Il apprend alors qu·il est davantage une source de bonheur qu·un fardeau sur leurs épaules. Être parent, c·est une occasion d·apprendre qui l·on est au plus profond de soi-même, de vivre un type de relation qui n·a pas son pareil.

   Mais cette relation ne peut combler tous les besoins. Les besoins affectifs, en particulier, ne peuvent trouver leur satisfaction strictement et entièrement dans la relation avec l·enfant. Si c·était le cas, ce serait décevant pour le parent et surtout très lourd pour l·enfant : il ne peut être le parent, l·ami, le confident ou le substitut du conjoint de son parent. Le parent doit donc conserver un espace pour la satisfaction de ses propres besoins, pour d·autres relations, d·autres projets, et ce, sans s·en sentir coupable. Au contraire, c·est un cadeau qu·il fait à son enfant que de se nourrir pour mieux l·aimer. L·aimer pour lui-même et non pour chercher à combler ses propres besoins d·amour. L·aider à se développer pour qu·il déploie son plein potentiel et non parce qu·on veut se réaliser à travers lui. Voilà de belles raisons d·être fier d·être parent.


Mme Rose-Marie Charest

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