Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 18, numéro 87, novembre 2006

   

Éditorial

Écolo ou écono?

Quand j'étais enfant - de ça il y a plusieurs années! – nous étions pauvres.

Au Québec, nous étions pauvres.

Pauvres économiquement.

Pauvres culturellement.

Enfin, pas pauvres culturellement, mais nous ne savions pas que nous avions une culture exceptionnellement riche.

Nous n'avions pas pris conscience de la richesse de notre culture.

Tout ou presque tout – sauf les enfants – se faisait en anglais.

Nous avions honte de notre langue.

Nous vivions encore sous l'influence d'un certain M. Durham qui avait dit de nous que nous étions un peuple sans culture, sans histoire et sans avenir.

Nous vivions encore sous l'influence que nous étions nés pour un petit pain.

Et, en effet, le pain était petit.

Le père d'un de mes amis – ils étaient quatorze enfants – disait à la mi-septembre : “ Ouf ! Mon bois de chauffage et mes patates sont entrés pour l'hiver ”!

Mais quelle atmosphère familiale et quelle solidarité.

Quand j'allais chez le boucher avec ma mère, le boucher ne demandait pas : “ Sac en papier ou en plastique? ”, il enveloppait la viande dans du papier ciré, puis dans du papier journal, et attachait le tout avec une corde qui pendait du plafond et qu'il cassait après l'avoir mis autour de son petit doigt.

Puis, les poètes sont venus nous dire le petit bonheur et que c'était notre tour de nous laisser parler d'amour.

Et, en même temps, par le travail de nos mains et la sueur de nos fronts est venu la prospérité économique.

Curieusement, d'ailleurs : après avoir réalisé une première étape de prospérité avec nos usines d'armement en détruisant l'Europe, nous avons atteint une deuxième étape de prospérité en nourrissant et en reconstruisant l'Europe par nos matières premières et nos exportations.

Nous nous sommes également enrichis par des vagues d'immigrants qui cherchaient un monde meilleur, le nôtre, et qu'ils ont contribué à enrichir davantage.

Pauvres, nous étions, et rationnés.

Puis, nous avons pris conscience de notre culture et eu accès à la richesse.

Plus question de papier journal pour envelopper l'épicerie.

Plus question de laver nos mouchoirs, nous avions des papiers mouchoirs jetables.

Quel progrès.

Plus de rationnement.

On mangeait et il en restait.

Actuellement, les jeunes nous disent à nous qu'on gaspille, à nous qui vivions chaque jour le rationnement, à nous qui sommes sortis de la misère noire comme on disait, et dont l'espoir était sans cesse dans la production.

Tout ça nous confronte, car nous avons l'impression qu'on veut nous remettre au rationnement et à la gène de consommer.

Alors, vous les jeunes qui avez tout et sentez le besoin de refreiner votre consommation et de recycler, pensez des fois à nous qui consommions très peu et qui recyclions tout jusqu'à la corde en taillant des manteaux pour les plus jeunes en les retournant pour ne pas faire voir l'usure.

La conclusion : nous les vieux ne savons plus si en étant écolo comme vous dites, vous ne nous dites pas qu'on aurait dû ne pas tant s'en faire pour vous et ne pas être si écono.

Écolo ou écono, je vous dis et vous me dites.

Merci, Catherine, pour la réflexion.

Yves Lajoie

Directeur général

   
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