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| M. Pierre
Gagnon Image
de la conférence Écouter Voir Assistant-gérant Les Trouvailles des petits frères Les petits frères des Pauvres |
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| Les
friperies Bonjour à toutes et à tous. Me présenter, c'est tout d'abord raconter comment je me suis retrouvé chez les petits frères des Pauvres : il s'agissait de l'opportunité de retrouver un emploi après une période de maladie. Au début, le hasard a voulu que j'aille avec le camionneur des petits frères chez les gens, livrer des choses achetées chez nous ou bien récupérer des choses offertes pour les vendre dans la boutique. J'ai fait ça pendant 6 mois et puis mon mandat s'est terminé. Mais finalement, il y a eu une personne qui a quitté la boutique pour aller travailler à la maison-mère, ce qui a créé un poste vacant sur lequel je me suis porté candidat, et j'ai obtenu le poste. Ce qui a changé beaucoup ma vision et multiplié par dix l'apréhension que je pouvais avoir sur l'objectif et le fonctionnement de l'organisme. Pendant mon travail, j'ai beaucoup appris sur l'organisme mais j'en ai encore énormément à apprendre.... Il existe beaucoup de zones d'ombre sur les petits frères des Pauvres, à commencer par la raison sociale. L'organisme est supposé être une entreprise religieuse : ça été le cas au début en Europe dans les années 40 où il y avait des religieuses qui s'occupaient de faire fonctionner l'organisme. Mais en 1962, l'année de l'implantation de l'organisme au Québec, ce sont des laïcs qui ont pris en main la destinée. Les petits frères des Pauvres n'existent pas seulement à Montréal, mais ils existent aussi à Sherbrooke, à Québec, et dans les régions. Le deuxième mot qui peut laisser perplexe, c'est le mot pauvre. C'est sûr qu'il arrive de nous adresser à une clientèle pauvre, mais tout d'abord, nous nous adressons à des clients qui sont surtout âgés de 75 ans et plus et qui n'ont plus personne dans la vie. Ce sont des gens qui vivent seuls, sont souvent démunis parce qu'ils connaissent mal les rouages des diverses subventions et nous avons des travailleurs sociaux qui s'occupent d'eux. Nous nous apercevons alors que ces personnes-là, mis à part leurs comptes en banque, ce qui les affecte le plus c'est le fait qu'ils n'ont plus de contact humain. Alors nous les avons pris en charge d'une certaine façon, en les invitant à la Maison-mère, située sur la rue Garnier, pour savourer un bon repas, ce qui leur permet de créer un genre de réseau social entre eux, des échanges de numéros de téléphone et d'adresse. Cela change la couleur de leur vie, c'est comme une étincelle qui leur dit que la vie n'est pas aussi éteinte que vous le croyez. Il y a également une superbe maison que Mme Juliette Huot nous a laissée, à Oka, où ces personnes-là, ainsi que d'autres peuvent êtres hébergées pour une durée de deux jours jusqu'à une semaine, ce qui permet à plusieurs personnes de quitter la ville, certains pour la première fois de leur vie, pour aller profiter de la nature. Tout ce qu'on reçoit à la boutique, ce sont des dons. Nous les vendons et avec cet argent, on peut se permettre d'aider les personnes âgées, alors c'est comme ça que fonctionne l'organisme. Je dirais aussi que la boutique est divisée en quatre, il y a la friperie, il y a le trésor, ce sont des petits bibelots et autres. Nous trouvons aussi un petit espace réservé aux antiquités, puis la friperie dite « chic » où on retrouve plus de vêtements griffés de plus grandes valeurs. Je tiens à mentionner que les Montréalais sont très généreux, au point de manquer d'espace et de cloches (boîtes de dépôt) pour mettre leurs dons. Les gens qui viennent nous voir sont très variés, des mamans avec leurs bébés, des vieux avec leurs cannes, des gens qui viennent nous voir tout le temps, pas nécessairement pour faire des achats mais pour se retrouver en groupe avec des gens rencontrés là-bas, c'est une forme de sortie sociale pour eux, ça devient finalement comme une petite famille. Il y a des moments dans l'année où il y a des creux comme après les Fêtes, mais aussi, il y en a d'autres où l'on déborde comme les mois qui précèdent les déménagements en été, et aussi la période de Noël. Maintenant si on regarde les quartiers, il y a des quartiers pauvres et d'autres riches. Les gens des deux pôles viennent nous voir, pour des raisons très différentes. C'est la maman qui décide d'acheter un vêtement à son enfant sur la rue Sainte-Catherine, ou ailleurs : il faut qu'elle s'attende à payer beaucoup. Par contre, nous pouvons lui offrir quelque chose qui est trié, jugé propre, pour 5 $ environ. Alors souvent, c'est les mêmes mamans qui viennent quand leur enfant a dépassé ce stade de la croissance, elle nous rapporte le vêtement qui va servir à d'autres. Il y a une petite solidarité qui se crée, on sent que les gens entre eux savent pourquoi ils sont là : il n'y a pas de regard sévère. Il y a aussi beaucoup de gens qui viennent nous voir parce qu'ils s'installent en logement pour la première fois, alors ils vont dans le côté meubles pour acheter leur premier lit, le premier meuble. Je tiens à signaler aussi que nous ne sommes rien sans nos bénévoles, on en compte, si je parle seulement de la boutique, environ vingt-cinq. Les gens qui nous apportent des vêtements griffés, sont des gens qui ont porté ces vêtements à plusieurs reprises, et puisque la mode change assez rapidement, ils décident de nous les donner pour s'offrir une nouvelle marque ou un nouveau modèle. Soixante-quinze pour cent des personnes qui viennent nous voir, viennent pour des raisons économiques, une certaine proportion des gens, surtout les jeunes entre 15 et 25 ans viennent pour se procurer des vêtements qui leur manquent, mais qu'ils paieront moins cher chez nous comme les jeans griffés. Souvent nous ne voyons pas les gens qui donnent, parce qu'ils mettent leurs dons dehors dans les cloches pendant la fermeture de la boutique. Après avoir triés ces vêtements, ceux qu'on trouve trop usés, nous ne les vendons pas, mais nous ne les jetons pas non plus , nous les donnons pour le recyclage, ce qui permet d'avoir un revenu qui s'ajoute pour la cause des petits frères des Pauvres. Donc c'est pour vous montrer que notre devise n'est pas nécessairement nourrir les gens qui viennent seuls, mais tout d'abord leur donner la joie d'être accueillis quelque part. Il y a des gens mal habillés que nous rencontrons dans la rue, selon mon avis personnel, c'est pas parce qu'ils nous ne connaissent pas, mais parce que c'est des gens pour qui l'aspect vestimentaire importe peu : ils sont confortables avec ce qu'ils portent. Ces gens-là n'aiment pas socialiser et faire partie d'une foule, ou bien c'est des gens tout simplement qui ont décidé que le vêtement vient en bout de ligne dans leur budget. Nous voyons aussi des enfants à Montréal en hiver qui marche en souliers et en manteaux de printemps dans la neige : ça c'est une réalité dure mais ça existe. Je vous remercie de votre attention. |