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| Mme
Mariette Julien, Ph.D. Communication Image
de la conférence Écouter première partie Écouter deuxième partie Voir Partie 1 Voir Partie 2 Professeure École supérieure de mode de Montréal Université du Québec à Montréal - UQÀM |
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Mieux comprendre la mode de nos enfants et de nos adolescents(La mode et l'identification de la personne, l'habillement des jeunes enfants, le tatouage et le perçage) Nombril à l'air, gilet bedaine, tanga qui dépasse du jean taille basse, dessous dessus, tatouage, sourcil percé, cheveux de style out of bed, le look sexy gagne en popularité et dérange de plus en plus. Alors que plusieurs parents s'inquiètent de la transformation des petites filles en femmes fatales et de l'adoption des codes pornographiques dans les tenues vestimentaires, d'autres se demandent pourquoi leurs adolescents tiennent absolument à porter des vêtements et des chaussures griffés qui se vendent à des prix exagérément élevés. Sans prétendre pouvoir répondre à tous les questionnements que suscite la mode actuelle, le texte qui suit souhaite apporter un éclairage nouveau sur le phénomène de l'hypersexualisation des fillettes et jeunes filles, sur la propension des adolescents à vouloir porter des « marques » à tout prix et sur la pratique grandissante du piercing et du tatouage. L'importance du vêtement et de la marque chez les jeunesLe vêtement joue un rôle d'identification chez tous les êtres humains. Il indique, entre autres, le rang social d'un individu, son groupe d'âge, ses croyances, ses valeurs, son état d'esprit, ses goûts musicaux ou autres. Pour les adolescents, le vêtement tient une place de premier plan en regard de leur socialisation. Il permet d'afficher leur différence par rapport aux adultes et leur appartenance à un « type de jeunes ». Les adolescents ne représentent pas une catégorie sociologique en soi. Leurs conditions sociales sont d'une grande diversité et leur univers symbolique est tout aussi varié. Aussi, les jeunes se démarquent-ils entre eux par leurs choix musicaux, leurs activités sportives, leurs valeurs, leurs croyances et leurs intérêts particuliers. Le vêtement devient pour eux une façon de marquer leur différence à l'intérieur de leur groupe d'âge. Quelques exemples de catégories créées par les jeunes eux-mêmes : les rockers, les gothiques, les skate, les roller, les rapper, les emo, les hip-hop, les grounge, les prep, les country et les metal head. Par ailleurs, les adolescents ont des identités en devenir et en raison de cela, ils trouvent dans l'apparence un moyen d'afficher et de jouer des identités potentielles. Comme ils sont à la recherche d'une « personnalité », pour eux s'habiller comme ceux qui font l'envie de tout le monde, c'est jouer une carte gagnante. C'est s'assurer la reconnaissance des autres. Par exemple, le fait d'être habillé de la même façon qu'une star du cinéma dont on parle continuellement dans les médias équivaut à adopter un style vestimentaire gagnant. Par ailleurs, comme les sportifs professionnels et les vedettes glamour de tout acabit sont devenus les idoles de notre temps, ils deviennent les deux principaux modèles à imiter. Pas étonnant que les petites filles souhaitent ressembler à Britney Spears et que la casquette de baseball connaisse autant de succès auprès des garçons et des jeunes hommes de 7 à... 77 ans! Pas surprenant non plus que les jeunes insistent pour porter des « marques » à tout prix. Comme ils sont vulnérables à se défendre de l'emprise des représentations médiatiques en raison de leur identité incertaine, ils deviennent des cibles faciles pour les gens du marketing. La quête d'identité des jeunes les motive à vouloir ressembler à leurs héros. Ils arrivent difficilement à échapper aux effets de la forte valorisation des marques portées par les sportifs ou les stars du show-business. Il faut également savoir qu'en optant pour des chaussures et des vêtements griffés, le jeune affiche sa capacité à faire partie de la société. Comme la consommation est devenue un moyen privilégié de participer à la société, le jeune qui porte une marque « facilement reconnaissable » indique symboliquement aux autres sa capacité à participer à la vie économique... même si dans les faits, ce sont ses parents (ou un pourvoyeur profiteur) qui paient la note! La pression est grande pour le jeune, puisque son prestige auprès de ses pairs dépend en partie de sa capacité à s'offrir des marques qui coûtent souvent très cher. Pis encore, ce prestige augmente en fonction du nombre de vêtements griffés qu'il peut s'offrir. Un cauchemar pour les parents! Il devient donc important pour ces derniers de sensibiliser leurs enfants aux influences non conscientisées qu'ils subissent afin de leur permettre de développer une réflexion face à leur comportement d'achat. Les influences non conscientisées de la mode hypersexualiséeDeux tendances viennent marquer la mode actuelle : le « style relaxe » incarné par le jean, le T-shirt et les vêtements sport et le « look glamour » mis en valeur par les tissus transparents ou moulants, les pantalons taille basse, les gilets bedaine et les dessous sexy rendus visibles. C'est connu, le vêtement est ce qui reflète le mieux une époque et une société. Il révèle toujours les valeurs sociales qui l'ont motivé. Par exemple, la tenue hippie des années 70 correspondait à l'ouverture sur le monde (tunique indienne), à la liberté sexuelle (abandon du soutien-gorge), à la révolte (cheveux longs et barbes non rasées) et à la valorisation de la jeunesse (couleur orange à la mode = couleur qui représente la jeunesse). Prenons le cas du vêtement moulant qui domine la mode actuelle. Il met le corps en vedette en accentuant les formes, en grossissant le muscle, en attirant l'attention sur certaines parties du corps, plus particulièrement sur les fesses, les seins et sur les organes génitaux. Le vêtement moulant « déshabille virtuellement » le corps. Il en va de même du vêtement transparent. Il incite au voyeurisme en laissant deviner le corps. Ce n'est plus le vêtement qui retient l'attention mais bien le corps qu'il dévoile. Par ailleurs, en même temps que le vêtement transparent et que le vêtement moulant font valoir le corps, ils le privent de son intimité et le rendent public. Ces vêtements suppriment l'interdit tout comme le pantalon à taille basse le fait en laissant voir une des parties les plus intimes de la femme, son ventre. Cette forme de « laxisme vestimentaire » fait maintenant partie de notre imaginaire collectif puisque nous sommes habitués, voire entraînés à confronter la pudeur. Par exemple, avec la téléréalité la télévision est devenue un grand confessionnal où chacun peut étaler au grand jour ses secrets les plus intimes. Les émissions de téléréalité pullulent ce qui n'est certes pas sans influencer la pensée des jeunes. Comme la « non-pudeur » fait partie de la culture valorisée de notre société, les jeunes peuvent difficilement avoir un comportement pudique, entre autres, en matière d'habillement. Par ailleurs, sur le plan de la symbolique sociale, on peut penser que l'hommage au nombril reflète à merveille le comportement « nombriliste », c'est-à-dire narcissique de l'homme social d'aujourd'hui centré sur son apparence, son confort, ses besoins et son individualité. Il existe bien sûr plusieurs facteurs qui peuvent expliquer les influences de la mode actuelle. L'un d'entre eux reste incontournable. Il s'agit de la surenchère du sexe dans notre société. Non seulement cette surenchère vient-elle imprégner les tenues vestimentaires des fillettes, des jeunes filles et des femmes, mais également les pratiques corporelles qui y sont associées. On dit que 70 % du contenu sur Internet est lié au sexe et qu'il existe plus de 260 millions de pages pornographiques. Mais la surenchère du sexe ne s'arrête pas là puisque la pornographie se retrouve dorénavant au cinéma, dans les journaux, dans les magazines, dans la publicité, dans les vidéoclips, etc. Elle est partout. Si bien, qu'elle change même notre propre perception du corps « désirable ». À l'heure actuelle, trois jeunes filles de moins de 20 ans sur quatre et 2 jeunes hommes de moins de 20 ans sur quatre s'épilent le pubis. Le poil est devenu anti-érotique, une façon de penser empruntée à l'univers pornographique qui mise sur le voyeurisme en donnant une extrême visibilité aux parties génitales. Autres pratiques très répandues chez les jeunes filles d'aujourd'hui et qui proviennent de la pornographie : le tatouage et le piercing plagiés des danseuses nues des années 80. Par ailleurs, les magazines qui s'adressent aux femmes et aux adolescentes encouragent sans cesse celles-ci à adopter de nouvelles pratiques sexuelles osées et à consommer des produits de l'industrie du sexe. Pour avoir une sexualité épanouie, il faut tout essayer et apprendre à aimer la sodomie, l'échangisme, le triolisme, etc. Toute cette littérature qui enseigne aux femmes et aux jeunes filles à devenir « cochonnes » finit par avoir des incidences sur leur façon de se vêtir. Même avec la meilleure des volontés, il devient difficile de se prémunir de l'influence de la pornographisation puisqu'elle est partout et qu'en devenant familière, elle crée une sorte d'habitude qui la rend acceptable. Il n'en demeure pas moins que notre façon de nous vêtir a un impact direct sur la façon dont les autres nous considèrent. Le langage non verbal représente 93 % de la communication et l'on évalue à 50 % la portion d'informations livrées par l'apparence. C'est dire que si vous avez l'air « sexy », les gens vont fort probablement vous aborder comme étant disponible sexuellement. Or, ceux et celles qui suivent la mode, particulièrement les fillettes et les jeunes filles, n'ont pas nécessairement conscience de l'impact qu'elles ont sur les autres non plus de la valeur symbolique des vêtements qu'elles portent. Difficile de prendre du recul quand on vit depuis sa naissance dans un environnement qui accorde beaucoup d'importance à l'apparence, au sexe et à la valorisation de vedettes sans scrupule. Pour développer une réflexion, il faut avoir des éléments de comparaison. Seul l'adulte peut, par son vécu, sensibiliser un jeune à l'impact de ses tenues vestimentaires. Le piercing et le tatouage vus autrementLe piercing et le tatouage sont des pratiques très anciennes et très répandues dans l'histoire de l'Humanité. Dans les cultures traditionnelles, les modifications corporelles sont une marque rituelle ou sociale. Le symbolisme de la marque corporelle est alors compris par tous les membres d'une même communauté. Il en est tout autrement du piercing et du tatouage tels qu'on les connaît aujourd'hui. C'est l'individu qui décide de transformer son corps pour des raisons personnelles. Ce n'est plus la communauté qui impose le rituel, mais l'individu qui s'impose lui-même des rituels en fonction de ce qu'il juge important de souligner dans sa vie. Dans cette optique, le piercing et le tatouage d'aujourd'hui ont pénétré la culture dominante via les univers parallèles (punk, homosexuel et sadomasochiste). Qu'est-ce qui motive une personne à se faire « percer » ou « tatouer » ? C'est souvent pour ancrer un sens à sa vie qu'un individu choisit de marquer son corps. Ainsi, en s'imposant ce rituel douloureux chaque fois qu'il juge un événement important, il marque les passages significatifs de sa vie. Il comble ainsi la perte de rituels autrefois présents dans notre société. La marque corporelle sert également d'outil de communication. Elle permet à l'individu d'entrer en relation avec les autres. Étant le seul à connaître le symbolisme de son tatouage ou de son piercing, les autres le questionneront sur le sens de son geste et il pourra ainsi « verbaliser » sa vie. Une troisième raison d'être de ces pratiques consiste à vouloir tout simplement faire partie de son temps. En adoptant un look à la mode, on facilite son intégration au sein de groupes auxquels on veut appartenir et l'on participe du même coup à la culture valorisée dans les médias. Une quatrième motivation, cette fois souvent non conscientisée, concerne le contrôle de son corps. De nos jours, le corps est devenu un travail d'investissement sans précédent. Les individus tentent de contrôler leur poids, leurs poils, leur silhouette, leur musculation et leur vieillissement. Le tatouage et le piercing s'inscriraient dans ce courant. En conclusionEn matière de mode, le symbolique l'a toujours emporté sur le fonctionnel. La mode identifie une société et non pas l'inverse. Celle d'aujourd'hui n'échappe pas à cette règle. Le « style relaxe » qui est à l'image du jeu, de la jeunesse, du sport et du comportement rebelle et le « look sexy » qui mise sur la séduction instantanée reflètent ce que notre société valorise. Mais quand la mode inquiète en raison des tenues hypersexualisées des jeunes filles ou de la sélection sociale que s'imposent les jeunes à partir de vêtements griffés, elle mérite d'être abordée autrement que sur le plan économique. La mode est riche sur le plan symbolique. Elle identifie les époques et dévoile les courants de pensée, surtout ceux des jeunes puisque ce sont eux qui l'initient. C'est pourquoi il faut apprendre à « écouter » ce que les jeunes racontent à travers leur mise en scène corporelle non seulement pour mieux les comprendre, mais également pour les aider à développer un esprit critique face aux influences non conscientisées qu'ils subissent. RéférencesAUBERT, Nicole (2004) L'individu hypermoderne, Ramonville-sainte-agne, France : Érès. EHRENBERG, Alain (2005) Le culte de la performance, Paris : Hachette. KAISER, Susan B. (1997) The social psychology of clothing, New York : Fairchild. LE BRETON, David (2003) La peau et la trace, Paris : Éditions Métailié. LE BRETON, David (2002) Signes d'identité, tatouages, piercings et autres marques corporelles, Paris : Éditions Métailié. LE GUAY, Damien (2005) L'empire de la télé-réalité, Paris : Presses de la Renaissance. MONNEYRON, Frédéric (2001) Le vêtement, Colloque de Cerisy, Paris : L'Harmattan. POULIN, Richard (2004) La mondialisation des industries du sexe, Ottawa : L'Interligne, Collection Amarres. WRIGHT, Will (2003) The image of the hero in literature, media and society, Pueblo Co. http://sisyphe.org. POULIN, Richard et Amélie LAPRADE (2006) « Hypersexualisation, érotisation et pornographie chez les jeunes », Sisyphe, édition du 7 mars 2006, article 2268. www.oqlf.gouv.ac.ca/actualites/capsules_hebdo/hypersexualisation « Hypersexualisation et gilet bedaine », OQLF, La capsule, édition du 18 août 2005. |