Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 18, numéro 90, juin 2007

     
Mme Colette Casavant        Image de la conférence    Écouter    Voir la présentation              Le mercredi 20 juin 2007
Directrice générale
Mme Isabelle Maameri
Animatrice
Entre-Mamans

Les enfants de cultures mixtes - Mme Colette Casavant

   Bonjour à tout le monde,

   Je suis contente d'être ici parmi vous ce matin.

   Vous savez que le mois de juin, pour celles et ceux qui travaillent dans les organismes communautaires, c'est le mois des AGA (Assemblées générales annuelles).

   Je n'ai pas pu beaucoup me préparer comme j'aurais voulu, mais j'ai pondu un petit texte que je vais pouvoir vous lire.

   Je travaille à Entre-mamans depuis près de quatorze (14) ans.

   C'est un organisme qui oeuvre en périnatalité. On a différents services, que ce soient le massage pour femme enceinte, le massage pour bébé, le yoga pré et postnatal, les cours de purée maison.

   On a aussi une psychologue sur place qui peut faire des suivis pour les mamans qui viennent d'accoucher et qui ont une petite déprime post-partum.

   On fait de l'animation.

   Justement après ma présentation, je vais vous parler un petit peu de l'atelier Arc-en-ciel qui s'adresse à des enfants issus de couples mixtes.

   Donc, oui, je forme un couple mixte.

   J'ai trouvé intéressant ce que Mme Martha Twibanire a avancé quand elle a parlé de l'immigrant, de ses raisons, de ses motivations.

   Étant couple mixte moi-même, vous allez voir au courant de ma présentation qu'il y a peut-être des influences paternelles qui ont fait que je choisisse ce type de famille mais aussi des raisons maternelles.

   Ma mère native des Îles-de-la-Madeleine me disait tout le temps :  « Je suis une Poirier, mon père est un Poirier, ma mère est une Poirier, puis son mari est un Poirier, et les Poirier ont marié des Poirier sur trois générations ».

   Ma mère me disait également : « Tu sais Colette, il a fallu que j'aille varier les gènes, j'ai été chercher ton père à Granby ».

   Ça fait que ça n'a pas rentré dans l'oreille d'une sourde. Je me suis dit que j'irais plus loin que ma mère et que j'allais vraiment varier les gènes. C'est ça que j'ai fait éventuellement.

   Donc, aujourd'hui, j'ai de très beaux enfants, beaux, intelligents avec des gènes variés.

   Aussi longtemps que je me souvienne, j'ai toujours été attirée par les autres cultures.

   Parce que mon père était militaire, on a eu à voyager souvent dans le Canada. Et surtout quand j'étais petite, il nous nourrissait avec ses histoires de voyage dans différents pays où il était envoyé en mission. Il m'a dit aussi qu'il a failli se marier avec une Japonaise. Il était à la guerre de Corée et il était posté au Japon. Puis quant il était adolescent, il est sorti avec une Africaine.

   Je trouve ça fantastique cette ouverture qu'il avait. Il adorait écouter des documentaires sur les peuples africains en émettant des commentaires sur la beauté des femmes.

   Alors rien de surprenant si je vous apprenais que j'ai étudié en anthropologie et que j'ai beaucoup voyagé, surtout en Afrique. Mon premier grand voyage en avion a été fait au Sénégal, il y a 26 ans : ça ne me rajeunit pas.

   J'ai vécu trois mois dans un petit village en Casamance dans le sud du Sénégal.

   En me promenant un jour, j'ai rencontré une maman africaine et me suis liée d'amitié avec elle.

  On se parlait quotidiennement.

   À un moment donné, je lui ai dit : « Tu sais, moi aussi je vais avoir des enfants noirs comme toi, un jour ». Là, elle me sourit et dit : « Voyons, c'est impossible tu es bien trop blanche, en plus tu es blonde - j'étais plus blonde que ça avant -, tu peux bien essayer, mais je crois pas que ça va arriver ».

   Et bien quand même, j'ai eu mes trois enfants que je considère quand même assez foncés. Je pense que j'ai gagné un peu le pari.

   Aujourd'hui, on m'a demandé de parler des enfants issus de couples mixtes, des enfants que l'on sait vivent de front au moins deux cultures, dépendamment si les grands-parents sont issus aussi d'une autre culture.

   Je voudrais commencer par vous dire que, aujourd'hui, il y a un enfant sur deux, près de 50 % des enfants, des bébés, qui naissent dans les hôpitaux montréalais, qui sont issus d'un ou de deux parents qui sont nés hors du Québec.

   Il faut revenir 18 ans en arrière quand j'ai eu mon premier enfant, j'étais un objet de curiosité si je peux m'exprimer comme ça.

Je me promenais avec mon bébé et, à tout bout de champs, on me demandait : « Madame, vous avez adopté votre bébé? » ou bien « Vous avez été le chercher dans quel pays? ». C'est drôle, moi, je le voyais blanc, mon conjoint le voyait noir. En tout cas, les autres, je ne sais pas comment ils le voyaient.

   Et lorsque je disais qu'il sortait de mon ventre, certains, même, étaient scandalisés. Comment ai-je pu avoir un enfant noir. En tout cas, moi, j'étais très fière de mes enfants.

   Un jour, mon grand (fils) est revenu de la maternelle en me disant : « Maman, j'ai un secret à te dire, mais ne le dit surtout pas à papa; tu sais mon ami et moi on n'aime pas les noirs ».

   Je me suis dit : « C'est grave  ». Je lui ai dit : « Viens me rejoindre, mon chéri, on va se regarder dans le miroir ensemble ».

   Suite à ça, j'ai commencé à me questionner. Comment faire en sorte pour que mes enfants puissent être fiers de cette double identité culturelle.

   Aujourd'hui, mes trois enfants vivent leur biculturalité, si on peut s'exprimer comme ça, différemment.

   Mon premier, 18 ans, comme vous pouvez le deviner est très québécois, encore aujourd'hui, dans son choix d'amis, dans ce qu'il mange, et naturellement dans son sport préféré qui est le hockey, le sport préféré des Québécois.

   Ma deuxième, 14 ans, est un petit peu plus variée. Elle me dit souvent elle a hérité le meilleur des qualités et des forces de son père et de sa mère. Elle s'intéresse à l'histoire des femmes, leurs revendications, l'avortement, leur reproduction assistée, l'allaitement, même le syndrome d'alcoolisation foetale. Ce sont tous ces thèmes préférés qu'elle aime aborder à l'école, quand elle fait des présentations orales. Elle s'intéresse à l'histoire de la traite des noirs, de l'esclavage au Canada, parce qu'on sait qu'il y a eu déjà de l'esclavage au Canada.

   Elle écoute toute sorte de musique, Diana Ross et the Supreme, même le Québécois Corneille et les Québécois pure laine, les Cowboys Fringants!

   Elle raffole tout aussi bien des mets africains que de ceux de ma mère qui viennent des Îles-de-la-Madeleine. Vous savez aux Iles-de-la-Madeleine, il y a des mets particuliers qu'on ne trouve pas à Montréal. Par contre, l'autre jour, elle m'a dit que quand elle était avec ses amies québécoises, elle se sentait camerounaise et quand elle allait dans la communauté de son père, elle se sentait québécoise.

   Donc je présume qu'elle ressent une certaine différence. J'ai oublié de lui demander si elle sentait ça comme un malaise, mais toujours qu'elle ressent une certaine différence.

   Finalement mon dernier de 11 ans est un Yo Man. Son idole est Fifty Cent et d'autres rappeurs noirs américains que je ne connais même pas. C'est un danseur-né. Ses fréquentations : des amis algériens et congolais qui sont maniaques des jeux vidéo et du basket-ball.

   Donc, vous voyez ce sont trois enfants complètement différents. Je présume que lorsque j'ai eu mon premier, on vivait dans un quartier moins mixé. Tandis qu'aujourd'hui, on sait qu'un enfant sur deux est soit mixé, soit immigrant. Alors c'est plus facile de se trouver des amis d'autres cultures. Suite à l'expérience dont je vous ai précédemment fait part en ce qui concerne mon plus vieux, le fait qu'il est arrivé de l'école, en me disant qu'il n'aimait pas les noirs, je me suis beaucoup questionner sur le comment développer chez mes enfants une fierté d'appartenir à deux chaînes culturelles différentes que je vous disais tantôt.

   De là est venu l'idée de développer chez Entre-mamans, l'atelier Arc-en-ciel qui a pour objectif principal de développer une estime de soi positive chez les enfants issus de deux cultures et plus.

   Cet atelier s'adresse aussi bien aux parents qui vivent en couple mixte mais aussi aux parents de communautés culturelles. Parce qu'on sait que lorsqu'ils arrivent ici avec leurs enfants, le moment où les enfants mettent le pied à l'école, bien souvent ils arrivent à la maison avec des idées autres de leur culture d'origine. Ça peut causer de petites frictions. Ça s'adresse aussi aux parents qui adoptent un enfant qui ne fait pas partie de la même culture que le parent adoptif.

   Depuis, plus de huit ans, Entre-mamans donne cet atelier avec Isabelle Maameri, notre animatrice, qui est ici présente et qui l'a beaucoup enrichi depuis deux ans.

   Le défi de cet atelier : la double appartenance culturelle dans la construction de l'identité chez l'enfant. On remarque souvent que les parents qui suivent cet atelier se demandent s'ils doivent privilégier une culture au détriment de l'autre

   Et moi aussi quant j'ai eu mes enfants, je me suis posé la question : « Qu'est-ce qui est bon? Qu'est-ce qui est le meilleur pour notre enfant? Si on le baigne dans ce biculturel, apprendre deux langues en même temps est-ce que ça peut pas être mélangeant? »

   Le piège du parent sera alors d'éviter d'imposer son choix à l'enfant car c'est à l'enfant d'aller à la recherche de son propre équilibre, de faire son propre choix, et le parent devra l'accompagner dans ses choix.

   Sur ce, je termine mon histoire et je vous invite à poser des questions sur l'atelier Arc-en- ciel, si le coeur vous en dit!

   Merci beaucoup


Arc-en-ciel - Mme Isabelle Maameri

   L'atelier Arc-en-ciel  est un atelier sur les défis de la parentalité dans le contexte interculturel.

   C'est un atelier pour que le parent réfléchisse sur son parcours migratoire, son vécu migratoire, et la perception qu'il en a.

   Si le parent interprète le sens qu'il donne à son parcours migratoire, cela va beaucoup l'aider à influencer la construction identitaire chez l'enfant.

   Il y a plusieurs thèmes qui sont élaborés. On va parler de communication interculturelle, de la rencontre avec l'autre, de la reconnaissance de ses propres valeurs, de voir aussi le cheminement par rapport aux valeurs de la société d'accueil.

   Un thème sur le deuil migratoire permet aux parents d'échanger sur les pertes qu'ils font quant ils viennent en terre d'accueil et également bien sûr sur les gains, et aussi de se rappeler leurs objectifs lorsqu'ils sont venus au Québec.

   On dérive sur les enfants, sur les enjeux de la double appartenance culturelle dans la construction identitaire. On outille les parents : les parents échangent sur le sujet, ils expriment leur crainte, leurs préoccupations.

   Entre autres, c'est beaucoup le souci de perdre un peu l'influence au niveau de l'éducation au moment de la socialisation.

   Quand les enfants commencent l'école, ils sont face à des valeurs qui confrontent souvent la famille, des valeurs qui appartiennent à une société moderne comme les libertés, la responsabilité précoce des enfants, la surconsommation, la compétitivité, les comportements sexuels précoces.

   Alors les parents se veulent avec beaucoup de légitimité, être les gardiens des valeurs de la culture d'origine et en même temps ils veulent aussi que l'enfant s'épanouisse à l'extérieur de la famille.

   Ils essayent de trouver un équilibre entre les deux et puis on discute de ce sujet-là.

   On discute également aussi beaucoup de socialisation à la différence.

   On a reçu cette année un parent qui travaille pour un organisme communautaire la Fondation de la tolérance et qui a beaucoup outillé les parents. La Fondation offre des programmes à l'école au niveau du primaire et du secondaire pour sensibiliser les jeunes contre le racisme. La Fondation a beaucoup outillé les parents sur ce qu'elle fait dans ses programmes.

   La Fondation a expliqué comment les animateurs touchent les jeunes concernés. Comment ils utilisaient des techniques d'impact comme parler aux jeunes des conséquences du racisme tel que vécu à la seconde guerre mondiale : c'est-à-dire l'antisémitisme, les déportations. Avec ces techniques-là, les jeunes voient un petit peu jusqu'où ça peut dériver, jusqu'à quel type de violence ça peut mener.

   Ce sont des sujets qu'on aborde. Beaucoup d'échanges entre les parents. On donne des outils. C'est toujours très enrichissant et ça permet aux parents de prendre confiance dans leur rôle.

   Un fait intéressant : c'est cette mère québécoise qui a participé à l'atelier. C'était la première fois qu'on avait un parent participant qui n'était ni issu de couple mixte, ni issu d'une autre culture.

   Cela a permis de faire sentir aux parents immigrants ou issus de couple mixte que finalement les préoccupations des parents sont quasiment les mêmes, et qu'il y a beaucoup plus de points de ressemblances que de différences.

   Finalement, les préoccupations sont les mêmes, c'est-à-dire discipliner l'enfant, l'encadrer, transmettre les valeurs qui sont importantes pour les parents et puis faire en sorte que l'enfant soit épanoui et se sente heureux dans la société.

   Merci


Mme Colette Casavant

Regroupement Entre-Mamans


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Vox : (1) 514-525-8884
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