Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 18, numéro 90, juin 2007

     
Mme Andrée Fortin  Image de la conférence    Écouter   Voir
Professeure
Département de sociologie
Université Laval

Enjeux urbains
et environnementaux des politiques familiales

Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec

Semaine québécoise des familles
Le mercredi 16 mai 2007
Montréal

   Merci de m'avoir invitée à réfléchir avec vous aux enjeux urbains et environnementaux des politiques familiales.

   Avant de réfléchir plus précisément à ces politiques familiales, arrêtons-nous un moment sur la communauté.

   Une communauté c'est un lieu de rencontres, d'échanges et d'entraide, qui s'appuie sur une identité collective. Cette communauté se déploie dans un espace. Les formes spatiales ne déterminent pas les liens communautaires qui s'y tissent, mais les orientent.

   L'espace urbain (ou plus généralement géographique) ne détermine pas les liens familiaux et la vie familiale qui se déploient dans cet espace, mais il permet ou empêche certaines activités (comme la marche à pied qui apparaît comme une excentricité dans plusieurs quartiers de banlieue), favorise ou décourage certaines dynamiques sociales et familiales (comme l'entraide intergénérationnelle qui est plus facile pour les gens habitant « à proximité » les uns des autres ou la conciliation famille/travail, elle aussi plus facile si les lieux de travail et de résidence sont proches l'un de l'autre).

   La question à laquelle je veux m'arrêter avec vous est celle des caractéristiques spatiales et géographiques d'une communauté où les familles ont vraiment une place. Plus précisément :

   - Quelles villes, quelles régions, quels quartiers et quelles maisons, voulons-nous pour les familles actuelles et celles de demain ?

   - Quels liens ou types de liens sociaux et familiaux souhaitons-nous inscrire dans ces espaces ?

   - Quels services collectifs (éducation, santé, par exemple), quels équipements culturels et de loisir, quels types de commerces souhaitons-nous trouver à proximité des lieux de résidence ? Et comment s'évalue cette proximité ?

   - Quelles sont les conséquences à long terme de nos choix actuels ?

   Ces questions prennent une acuité particulière car la génération qui grandit actuellement et celle des jeunes adultes sont moins nombreuses que la génération des aînés : des régions, des quartiers sont en décroissance et le phénomène rejoint même certaines banlieues, où ferment des écoles (c'est le cas déjà à Laval, Sainte-Foy ou Charlesbourg, pour prendre quelques exemples).

   À cet égard, implicitement, se font sentir les changements dans la vie des familles sur lesquels je n'ai pas le temps d'insister. Il y a moins d'enfants dans les familles, qui se centrent désormais sur les liens entre les générations : les parents veulent passer du temps « de qualité » avec les enfants; ces liens étroits sont appelés à se prolonger avec le vieillissement. La conciliation famille/travail concerne désormais tant les soins aux enfants qu'aux aînés.

   Quelles contraintes et quelles possibilités sont inscrites dans l'espace urbain et régional pour faciliter ou compliquer la vie des familles ?

   Comme 80% de la population du Québec vit dans des agglomérations urbaines et en gros 60% dans des secteurs « de banlieue », cela teintera mon propos.

1- Conséquences imprévues de comportements et de préférences individuelles et familiales

J'aborderai la question de l'espace et de la communauté par les conséquences imprévues de certains comportements, choix et préférences individuelles ou familiales. Ces conséquences imprévues concernent tant les familles qui effectuent ces choix que l'ensemble de la communauté.

1- Une maison unifamiliale

  Si la mémoire collective nous rappelle l'époque des familles nombreuses où les enfants s'entassaient respectivement « dans la chambre des filles » et dans « celle des garçons », désormais la norme c'est « à chacun sa chambre ».

   Au Québec comme dans le reste de l'Amérique du Nord, l'arrivée d'un premier enfant est, idéalement du moins, dans la mesure où on en a les moyens, le moment de l'achat d'une maison, le plus souvent en banlieue.

   Cette maison de banlieue « idéale » est entourée d'un terrain où peuvent jouer les enfants et relaxer les parents. On peut y aménager dans le sous-sol une salle de jeux pour les petits, qui se transformera possiblement en territoire privé pour les adolescents, en appartement d'étudiant universitaire, voire en bureau pour un travailleur autonome.

   La banlieue est réputée l'espace le plus propice à l'éducation des enfants; aussi, désormais, en Amérique du Nord, c'est la majorité de la population qui y réside, depuis souvent deux ou même trois générations. Les résidents de ces quartiers y sont attachés, et y ont développé un sentiment d'appartenance.

   Attachement et appartenances, deux notions qui étaient jusqu'à récemment associées aux quartiers centraux.

   Les quartiers centraux sont désormais habités soit par des familles qui y habitaient déjà avant la flambée des prix ou pour qui le prix d'une maison est une question qui ne se pose pas, ou à l'inverse par des familles peu fortunées et qui n'ont pas le choix d'y résider (c'est dans ces quartiers centraux surtout qu'on trouve les coopératives d'habitation, les HLM, les logements abordables, voire les taudis...). Il n'empêche, l'idéal, la référence, demeure la banlieue et la maison unifamiliale, et le centre-ville et la vie en appartement restent pour plusieurs un « choix par défaut », un « non choix ».

2- Se faire construire

   L'attrait du neuf est fort au Québec. Se faire construire, pour avoir une maison à son goût sans être obligé d'effectuer toute une série de rénovations. Se construire nécessite un terrain; ceux-ci sont de plus en plus loin du centre. Moins chères à l'achat, ces maisons éloignées du centre obligent leurs propriétaires à avoir deux voitures, voire une par personne de plus de 18 ans; il y a allongement du temps consacré aux déplacements, voire aux embouteillages.

   Se faire construire, ce n'est pas seulement une affaire individuelle, cela a des incidences collectives car cela implique de nouveaux développements. Qui paie pour les infrastructures nouvelles (rues, aqueducs, électricité, ramassage des ordures ou de la neige), alors que les quartiers existants ont besoin de rénovation? A-t-on les moyens collectivement de s'offrir à la fois de nouveaux développements et de rénover les quartiers centraux, mais aussi les banlieues construites dans les années 1950 et 1960, et qui ont déjà une cinquantaine d'années ?

   On a constaté tragiquement à Laval, avec l'effondrement du viaduc de la Concorde, la désuétude de certaines infrastructures en banlieue. Ce n'est que la pointe de l'iceberg car les réseaux d'aqueduc et d'égouts ne sont pas en bon état dans ces secteurs. Le grand verglas de 1998 a révélé pour sa part les failles des réseaux d'électricité et la nécessité de les enfouir. Peut-on entretenir, rénover et construire du neuf tout à la fois ? Notre portefeuille de contribuable nous fournit une réponse...

3- Les meilleures écoles pour nos enfants

   Écoles publiques à vocation particulière et écoles privées : un « plus » éducatif, bien sûr, mais au prix de déplacements importants pour les jeunes et leurs parents, en voiture ou en autobus scolaires (au coin de ma rue, 4 autobus scolaires amènent les enfants vers autant d'écoles primaires publiques). C'est ainsi que la marche à pied tend à disparaître dans plusieurs quartiers, dénués de toute façon de trottoirs et où les distances sont trop importantes pour qu'on les marche, ou parce que la marche est trop dangereuse à cause de la vitesse des voitures. Après, on s'inquiète de l'obésité des jeunes... et de leurs parents.

   Par ailleurs, comme il y a globalement moins d'enfants, il y a fermetures d'écoles primaires publiques non seulement dans les quartiers centraux ou les régions, mais aussi dans les banlieues. Que faire ? Y transporter les jeunes des nouveaux développements en bus ? Construire de nouvelles écoles alors que d'autres, en bon état se vident ?

4- La course aux aubaines dans les grandes surfaces

   On ne peut se rendre aux grandes surfaces qu'en voiture; est-ce une réelle aubaine? Amortissement du prix de l'auto; essence... Mais plus fondamentalement encore, la multiplication de ces grandes surfaces entraîne la disparition des commerces de proximité, et la dépendance accrue à l'auto : un cercle vicieux.

   Vivre dans les quartiers centraux nécessite de plus en plus une auto (de plus en plus pour la quincaillerie, pour les vêtements d'enfants à Québec par exemple, etc.). Le commerce de détail, sous la forme de centres commerciaux et de magasins-entrepôts, est aussi de plus en plus installé à l'extérieur des agglomérations.

   La voiture, qu'on la possède ou qu'on la partage, qu'on habite dans les quartiers centraux ou périphériques est nécessaire pour s'y rendre.

   La ville est désormais conçue et organisée pour des automobilistes. La ville contemporaine est traversée d'autoroutes et de larges boulevards, structurée par ces axes routiers qui constituent souvent des barrières infranchissables pour les piétons et cyclistes (et compromettent parfois la vie de quartier).

5- L'automobile pour l'autonomie

   L'obtention du permis de conduire est l'un des rares rites de passage dans notre société, qui marque le passage de l'adolescence à l'âge adulte et l'accès à une véritable autonomie. Ne pas avoir d'auto, ne pas avoir de permis de conduire comme les adolescents ou les personnes à faible revenu; le perdre comme les personnes âgées : voilà une nouvelle forme de dépendance. Les parents d'adolescents ou les enfants de personnes âgées sont ainsi amenés à « faire le taxi ». Parfois c'est à cause de la distance, parfois de l'absence ou de la rareté des transports en commun, parfois c'est pour transporter des provisions, des paquets. Le résultat est le même. Si l'auto en première approximation apporte l'autonomie, on en est aussi dépendant.

   Dans plusieurs banlieues, le transport en commun est réduit, voire carrément inexistant. Les services à distance de marche sont rares. Garderies, écoles primaires ou secondaires ou dans un autre registre, services aux aînés, ainsi que parcs ou terrains de sports : autant de services dits « services de proximité », et où on se rend plus souvent qu'autrement en voiture.

   Si les commerces de détail, plusieurs services (comme des cinémas) et même des entreprises s'installent hors des centres, dans des secteurs difficilement accessibles sans voiture (magasins entrepôts ou parcs industriels), qui ira y travailler (souvent au salaire minimum ou à peine plus) et par quel mode de transport ? En anglais, on parle de spatial mismatch à propos de ces emplois à petit salaire offerts dans des endroits difficiles d'accès sans voiture. Ceux qui n'ont pas de voiture ont-ils accès à des transports efficaces et abordables (au sens où on parle de logement abordable) ? Les personnes à faible revenu sont-elles assignées à domicile ou à un quartier ?

6- Se rapprocher de ses semblables

   S'installer dans un quartier où vivent des gens semblables à nous aboutit à des quartiers à la population homogène. Ce qui fait cette homogénéité, ce peut être aussi bien des caractéristiques des résidences (soit le prix, soit le type de résidences, unifamiliales ou appartements) ou de la population (quartiers ethniques ou gais, par exemple).

   Le laisser-faire en la matière fera qu'on aura de plus en plus des quartiers de vieux, de jeunes, de riches ou de pauvres, même si au Québec, il n'y a pas encore de gated communities comme aux USA et en Amérique Latine, quartiers dont l'accès est surveillé et filtré par des gardes de sécurité.

   L'automobilité — et la relative disparition des piétons — diminue les occasions de rencontres entre groupes sociaux différents qui ne se croisent que sur des autoroutes, ce qui accroît les représentations stéréotypées des gens qui sont différents de soi : les banlieusards apparaissent pour les résidents du centre comme amateurs de tondeuses et de piscines et les résidents des quartiers centraux comme riches babyboomers ou membres de gang de rue, au choix. Pour certains vieux, les enfants sont bruyants et les ados délinquants et réciproquement les aînés ont une réputation de grincheux aux yeux des plus jeunes. Jusqu'à quel point la recherche de ses semblables peut-elle se faire au détriment de la rencontre avec des gens différents de soi ? Préjugés et choix se renforcent mutuellement.

   Toutes ces questions se résument au fond de la façon suivante : dans une société vieillissante et dans une perspective de développement durable, faut-il poursuivre l'étalement urbain, ou rénover les milieux existants ? Rénover à l'identique ou autrement ? La poursuite de l'étalement résidentiel dans un contexte de vieillissement de la population ne pourra pas s'accompagner de l'étalement des services scolaires et médicaux. Que privilégier et pourquoi ?

   Les réponses à ces questions auront des effets importants sur la vie des familles. Je le rappelle, les fermetures d'école, généralement associées aux quartiers centraux ou aux régions, ont déjà rattrapé les banlieues...

   Le vieillissement de la population, souvent abordé par le biais de l'équité fiscale, a aussi une composante spatiale.

2- Propositions architecturales et urbaines

   Comme je le disais plus tôt, l'espace urbain ne détermine pas les relations sociales entre les gens qui l'habitent, mais contraint ou complique parfois la vie quotidienne des familles, dans la conciliation famille/travail et dans les relations intergénérationnelles, surtout au moment de l'entraide et en particulier du soutien aux aînés.

   Quels aménagements urbains ou architecturaux pourraient faciliter la vie des familles ? Comment les politiques familiales pourraient-elles aborder la question urbaine ? Je vais aborder successivement les maisons, les quartiers et les agglomérations.

Les résidences : maisons et appartements

La vie de famille s'inscrit en tout premier lieu dans la résidence familiale, dans une maison ou un appartement. Quelles maisons (ou appartements) sont adaptées aux caractéristiques et aux bourses des familles monoparentales, des familles recomposées qui accueillent 4 enfants une semaine sur deux, des familles qui souhaitent pratiquer la cohabitation intergénérationnelle ou résider dans des logements voisins de leurs proches pour faciliter l'entraide ?

Le défi, c'est d'avoir des résidences adaptées à tous les modèles familiaux et à toutes les bourses, donc une diversité des logements dans un même quartier, pour y accueillir des familles à divers stades de leur vie familiale, pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de demeurer dans un milieu de vie auquel ils sont attachés à toutes les étapes de leur vie familiale (départ de chez ses parents, fondation d'une famille, départ de ses propres enfants, vieillissement). Cela a aussi pour effet d'éviter la formation de « ghettos » de vieux ou de jeunes...

Deux exemples

   La transformation de maisons unifamiliales en maisons bifamiliales ou multifamiliales. On construit d'emblée quelques maisons bi-générationnelles, et surtout, de plus en plus de propriétaires font des demandes de permis pour transformer leur maison en résidence bifamiliale en y ajoutant un logement supplémentaire. Cela implique des coûts de rénovation ou de construction pour les familles... et des économies de temps et d'argent dans leur vie quotidienne; tout comme des économies collectives dans le maintien à domicile ou la garde des enfants. Y a-t-il des incitatifs financiers ou des obstacles réglementaires à ces rénovations ?

   Il existe aussi, surtout dans les banlieues construites dans les années 1960 et 1970, de nombreux petits blocs appartements de 3 ou 4 étages, walk-up (c'est-à-dire sans ascenseur), qui ont la plupart un urgent besoin de rénovations. Souvent, ce sont des immigrants qui y résident, et en général des personnes à revenus modestes. Voilà un exemple où la rénovation ne devrait pas se faire à l'identique, mais viser une diversité de ménages et envisager la transformation de certains en coopératives, en logement social, voire en condos, tout en tenant compte du fait que plusieurs des résidents sont des utilisateurs des transports en commun.

   Bref, du côté des résidences :

   1- Favoriser la rénovation plutôt que la poursuite de l'étalement.

   2- Nécessité de programmes incitatifs à la rénovation, y compris dans les secteurs de banlieue existants d'une part pour les résidences unifamiliales, pour les petits blocs appartements, et d'un assouplissement des règlements de zonage d'autre part...

   3- Aider les acheteurs de résidence à évaluer le coût du neuf et de l'étalement : achat de la maison mais aussi coûts de transport (2 autos...). Les enfants jouent dans la cour jusqu'à 10 ans, après ils veulent sortir et voir leurs amis, et les parents « font le taxi ».

Quartier/Banlieue

   Les familles vivent aussi dans des quartiers, villes et villages; certains services de proximité lui sont nécessaires : alimentation, pharmacie, écoles ou cpe, services médicaux. Comment se mesure la proximité ? En temps de déplacement. La garderie, l'école ou le travail ne sont pas à tant de kilomètres de chez soi, mais à tant de minutes.

   On pense les services de quartier pour les enfants, mais il faut désormais penser aussi aux aînés et à leurs proches, par exemple à l'insertion de centres de soins et de services aux aînés qui regrouperaient sous un même toit l'ensemble de l'offre de services à domicile aux aînés. Ces services aux aînés sont nécessaires non seulement dans les quartiers centraux, mais aussi dans les banlieues. En effet, si la proportion d'aînés est importante dans certains quartiers centraux, leur nombre total est plus grand en banlieue.

   Bref, quand on pense aux quartiers :

   1- Pour éviter ou raccourcir certains déplacements, revitaliser les centres des quartiers, en misant sur les noyaux anciens dans le cas des banlieues.

   2- Dans ces centres de quartier, maintenir ou développer des commerces et services de proximité : pour les aînés, pour les travailleurs à domicile, pour les travailleurs en banlieue en général, pour les jeunes familles qui essaient de minimiser les déplacements entre la maison, la garderie ou l'école et le travail.

   3- Faire de tous les quartiers, au centre et en banlieue, des endroits où il est non seulement possible de marcher (trottoirs et signalisation) mais agréable et où la marche peut avoir une destination et une finalité autre que « prendre une marche » (commerces et services), encore que marcher c'est bon pour la santé en général, celle des enfants, des adolescents aussi bien celle des aînés... En faire des lieux de rencontre communautaire.

   4- Permettre aux aînés de demeurer chez eux aussi longtemps qu'ils le souhaitent et leur offrir des services de maintien à domicile, et de demeurer dans leur quartier s'ils doivent quitter leur maison. Et toutes les enquêtes révèlent clairement que c'est leur premier choix.

Agglomération

   Quels types de mesures et d'aménagements de l'agglomération pourraient avoir un effet positif sur les familles ?

   Les villes se sont développées en fonction de l'automobile. Y a-t-il d'autres moyens de se déplacer, à l'année, de façon plus écologique, plus active et meilleure pour la santé ?

   Le transport actif (marche ou vélo) est possible essentiellement sur des courtes distances et quand il fait beau. S'il n'est pas toujours possible de choisir son lieu de travail, il faut penser à la localisation des services « de proximité », d'une part, et d'autre part à des transports en commun plus conviviaux, plus rapides et plus fiables et surtout qui fonctionnent en dehors des heures de pointe (à cause de la montée des horaires atypiques) et qui relient des secteurs de banlieue entre eux et non seulement au centre-ville.

   Il n'y a pas que le smog, les gaz à effets de serre ou les bienfaits de l'exercice qui obligent à repenser les modes de déplacement, mais aussi le vieillissement de la population. Il y a les habitudes de conduite différentes des aînés, qui évitent les autoroutes et les heures de pointe, qui recherchent les services de proximité, et qui sont susceptibles avec l'âge de se faire retirer leur permis de conduire.

   J'ai parlé tout à l'heure de la tendance à l'homogénéisation des quartiers. Des déplacements autrement qu'en voiture et sur des autoroutes pourraient aussi être des occasions de rencontres entre groupes sociaux différents.

   Bref :

   1 - Diminuer la dépendance à l'auto, par des transports en commun imaginatifs : des trains de banlieue, des taxis collectifs, des services de partage de véhicules. Des transports en commun où on peut transporter un sac d'école ou de provisions sans devenir pour autant une nuisance pour les autres usagers. À Laval, dans l'urgence, on a improvisé. Des leçons à en tirer.

   2- Le transport abordable est aussi important que le logement abordable pour éviter l'assignation à résidence ou dans un périmètre très restreint des personnes à faible revenu (ou des aînés).

   3- Encourager la diversité de l'offre résidentielle dans les quartiers pour éviter une « ghettoïsation », et une perte de l'identité commune plus large que celle d'un quartier, faisant ainsi de la communauté plus qu'un cadre physique, un véritable lieu de relations sociales... et familiales.

Conclusion : enjeux et défis pour des communautés faisant place aux familles

   Avec la décroissance démographique, au Québec, il est impossible de poursuivre l'étalement urbain. Un effet de vases communicants commence à se faire sentir : si on développe de nouveaux secteurs, d'autres se vident. Cela est vrai tant à l'échelle du Québec que dans les agglomérations.

   L'enjeu est donc d'adapter tous les quartiers, centraux et de banlieue aux besoins d'une population diversifiée : jeunes ménages, aînés, travailleurs à domicile, familles à géométrie variable.

   Et comment y arriver ? Par exemple, par des processus participatifs comme ceux que mon équipe (Le Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues ou Girba) orchestre depuis quelques années à Québec, où citoyens, fonctionnaires municipaux et provinciaux, représentants des sociétés de transports, organisateurs communautaires, architectes et urbanistes, gens d'affaires, et même des élus municipaux décident ensemble d'objectifs et de priorités, qu'ensemble toujours, ils traduisent en propositions concrètes sur une table à dessin (voir www.girba.crad.ulaval.ca).

   Dans ces discussions, les coûts économiques tout comme les coûts sociaux et environnementaux devront être pris en compte pour que les communautés qui en seront issues fassent vraiment une place aux familles.


Mme Andrée Fortin

Département de SOCIOLOGIE

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