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| M.Georges
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de la conférence Écouter Voir la présentation Président Le Conseil des aînés |
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| Le travail des aînés notes pour une allocution de Me Georges Lalande Le Regroupement inter-organismes Montréal, le 18 avril 2007 De la contribution socioéconomique des aînés Il est devenu courant depuis quelque temps au Québec de jouxter dans un même discours les projections démographiques et leur incidence sur la fragilité des finances publiques, établissant ainsi un lien direct de causalité entre le vieillissement de la population et l'alourdissement des coûts de santé publics. Certains ténors de l'économie considèrent en effet que le vieillissement de la population est un problème majeur. En réalité, le problème est surtout dû au fait qu'il y aura un nombre important de personnes âgées, tant en nombre absolu qu'en proportion de la population totale, en raison du vieillissement de l'importante cohorte des baby-boomers, de l'allongement de l'espérance de vie, ainsi que de la chute de la natalité des dernières décennies. Le discours relatif aux personnes aînées est trop souvent restreint qu'au simple problème de la santé et des coûts qui lui seraient inhérents, sans relever l'importante contribution de ces personnes à la société. Si on s'accorde à dire que de façon générale, les coûts de santé per capita augmenteront avec le vieillissement de la population, et ce même si la majorité des personnes de 65 ans ou plus sont autonomes, en bonne santé et engagées dans des activités sociales, on ne peut conclure comme cela est souvent rendu implicite que les aînés ne sont qu'un fardeau économique pour la société. Des études ont estimé, pour chaque groupe d'âge, le montant global des bénéfices retirés de la société et le montant des contributions effectuées. Comme on peut s'y attendre, les contributions sont supérieures aux bénéfices pour les groupes des 20-24 ans, jusqu'au groupe des 60-64 ans. À partir de 65 ans le rapport commence à s'inverser. Malheureusement, ce type d'analyse contribue fortement à l'image négative du vieillissement et des personnes âgées, en ne mettant en évidence que les périodes de la vie où la santé commence à se fragiliser. Or, les coûts sociaux reliés au vieillissement personnel ou collectif doivent être vus dans un contexte plus global. Les personnes aujourd'hui âgées de 65 ans ou qui seront âgées de 65 ans dans le futur, ont payé généreusement des impôts, des taxes et des contributions sociales pendant la majeure partie de leur vie et de façon générale, elles ont donné plus qu'elles n'ont reçu. Elles arrivent maintenant à la période où elles sont susceptibles de retirer plus que ce qu'elles paient, encore qu'elles continuent de contribuer de façon fort significative à l'économie de leur société. Chaque génération suivra ce cycle. La situation actuelle des finances publiques, l'important déficit accumulé, la pénurie de main-d'oeuvre appréhendée, les augmentations de coûts dans le secteur de la santé, dues notamment aux progrès technologiques et à la découverte de nouveaux médicaments, sont des problématiques pour lesquelles des mesures doivent être mises en place. On parle ainsi de remboursement accéléré de la dette, de fonds capitalisé pour la perte d'autonomie, d'incitation pour les travailleurs plus âgés à demeurer ou à retourner sur le marché du travail, etc. Différentes propositions ont déjà été mises de l'avant. Il s'agit maintenant d'agir et de commencer à mettre en place les moyens pour faciliter la transition démographique. Le Conseil des aînés ne nie aucunement l'impact économique et social que le vieillissement de la société est susceptible de générer, notamment sur les finances publiques. Au contraire, il est celui qui, depuis au moins une décennie, a martelé, souvent en solo d'ailleurs, que le vieillissement collectif de notre société aura un impact majeur sur nos façons de faire et amènera inévitablement une réflexion sur les orientations à prendre pour assurer la pérennité des acquis sociaux. Mais les coûts anticipés ou prévisibles ne devraient pas avoir pour conséquence de déconsidérer les personnes âgées ou de gommer tout leur apport à la société. Au contraire, cet apport est important et doit être mis en valeur. À ce propos, voyons quelques données : Aînés dans la famille Lorsqu'on parle de la famille, il faut se rappeler que ce sont les aînés qui en constituent le centre. Ce sont eux qui ont élevé leurs enfants, lesquels à leur tour ont fondé une famille, et qui participent aux liens affectifs entre enfants, petits-enfants et autres membres de la famille. La solidarité des aînés s'exprime beaucoup sous le mode de la réciprocité et la gamme des échanges de services est variée, en particulier à l'intérieur du cercle familial. Plusieurs aînés soutiennent leurs enfants de différentes façons, y compris par des contributions financières ou matérielles. Ils sont par ailleurs le point d'ancrage habituel qui maintient la cohésion familiale lorsque touchée par divers phénomènes sociaux, tels l'éclatement des familles, le retour des enfants à la maison après une séparation, les enfants adultes qui tardent à laisser le foyer familial, etc. Engagement social des aînés Depuis les années 60 s'est amorcé le mouvement associatif chez les aînés. En plus d'offrir à leurs membres des activités de sports et de loisirs, plusieurs de ces associations s'occupent maintenant de la défense des droits ou de la promotion des intérêts des aînés. Les associations offrent aussi de l'aide et du support aux plus démunis parmi leurs membres. L'apport social des aînés auprès d'organismes communautaires contribue également à favoriser la concertation entre les générations, tels les projets de maisons des grands-parents, le parrainage, l'aide aux devoirs et aux études, les services d'aide aux jeunes dans les écoles ou les centre de réadaptation, le jumelage aînés-jeunes, l'entraide dans les habitations à loyers multiples, etc. Valeur du travail bénévole La plupart des études récentes convergent vers le constat que les aînés ont une importante participation bénévole. On remarque notamment que le nombre d'heures consacrées au bénévolat est supérieur chez les aînés que chez les groupes d'âge plus jeunes. De plus, ces études ne mesurent généralement que le bénévolat formel. Lorsqu'on y inclut l'aide informelle, à savoir l'aide apportée à des parents ou amis sans passer par un organisme, les taux de bénévolat sont beaucoup plus élevés atteignant environ 80 % pour l'ensemble des personnes. Cependant, malgré les nombreux exemples d'engagement social des personnes aînées, malgré les chiffres qui indiquent de hauts pourcentages de participation, on reconnaît difficilement leur apport important à la société. Et lorsque certains aînés se voient reconnaître le mérite qui leur revient pour leurs réalisations, on les considère plutôt comme des exceptions. Certains chercheurs ont tenté de chiffrer la valeur économique du travail effectué bénévolement dans la société, encore qu'il vaudrait peut-être mieux mesurer l'incidence réelle du travail des bénévoles sur les collectivités et personnes desservies. Quoiqu'il en soit, l'Enquête sociale générale de 1992 a permis d'établir à 10,5 milliards de dollars (équivalent de 1,5 % du PIB canadien de 1992) la valeur du travail bénévole au Canada pour l'ensemble des personnes de 55 ans ou plus. En comparaison, le groupe d'âge des 25 à 55 ans, qui constituait alors 70 % de la population, avait eu une contribution de 12,3 milliards de dollars. On peut donc constater que sur cette base, les 55 ans et plus ont, en pro rata, une contribution économique beaucoup plus importante que celle des plus jeunes. Une autre méthode pour établir la valeur du travail bénévole consiste à déterminer combien il coûterait pour le même nombre d'heures sur le marché du travail rémunéré. En se basant sur les données de l'Institut de la statistique du Québec en 2004 et en appliquant un taux horaire de 18,00 $, on en arrive à environ un milliard de dollars pour le bénévolat formel des 65 ans ou plus. Si on y ajoute la valeur du bénévolat informel, les chiffres deviennent alors beaucoup plus impressionnants. Récemment la Chambre des notaires du Québec et le Conseil des aînés du Québec réalisaient un sondage auprès de 1000 personnes de 55 ans ou plus, avec la firme IPSOS=DÉCARIE, qui met en évidence :
Impôts, taxes et contributions Les personnes de 65 ans ou plus, qui constituent 13.8% de la population, ne reçoivent que 10% du revenu total. Ces chiffres mettent avant tout en évidence, que ce groupe d'âge représente dans l'échelle des revenus, la tranche des plus faibles revenus après les jeunes. Toutefois 10% du revenu total n'est pas négligeable, d'autant plus que les aînés, tout autant que les autres groupes d'âge, paient des impôts sur leurs revenus ainsi que des taxes à la consommation. Enfin, comme bien d'autres Québécois, les aînés sont nombreux à donner un appui financier à des organismes à but non lucratif ou de bienfaisance. Le pourcentage de donateurs se situe à 91% chez les 55 à 64 ans pour un don annuel moyen de 213 $ par personne. En 1999, le patrimoine moyen des personnes âgées de 65 ans ou plus se chiffrait à environ 240 000 $ par personne. Ces chiffres indiquent donc qu'il y a de nombreux aînés qui possèdent des biens, qu'il s'agisse de sommes dans un régime de retraite, d'une résidence ou de placements. Aussi, compte tenu que cette valeur patrimoniale est largement constituée de biens fonciers, il faut ajouter aux contributions économiques des aînés les taxes foncières et scolaires importantes qu'ils assument. Participation culturelle des aînés Les aînés sont reconnus pour consacrer une grande partie de leur temps libre à l'apprentissage du savoir, soit d'une façon informelle par la lecture ou par l'écoute d'émissions éducatives, soit d'une façon formelle en s'inscrivant à des cours dans des institutions d'enseignement ou dans les services de loisirs municipaux. Les programmes offerts dans les universités du 3e âge (UTA) sont de plus en plus populaires. L'UTA de l'université Laval de Québec a connu depuis 20 ans une progression plutôt fulgurante passant de 570 inscriptions à ses débuts à quelque 7000 en 2004-2005. Quant à l'UTA de Sherbrooke, qui dispense ses activités pédagogiques grâce au soutien de 24 antennes universitaires dans 11 régions du Québec, on y constate également une importante progression des inscriptions. En 2004-2005, on y comptait près de 12000 inscriptions. Bref, on peut voir par ces données que les aînés apportent une contribution considérable à la société, sans rapport avec le discrédit dont ils font souvent l'objet. Si l'on veut leur en donner les moyens, cette contribution ne pourra que se développer et se diversifier dans le futur. Le rôle utile, voire essentiel, que jouent les aînés dans le bon fonctionnement de la société mérite d'être mis en valeur et d'être exploité davantage. Il est important de souligner que leur participation à la vie active dans la société se continue même lorsqu'ils atteignent un âge avancé. Jusqu'à un certain point, on peut dire que les aînés d'aujourd'hui sont les pionniers d'un rôle social nouveau. Toutefois, beaucoup reste à faire pour saisir la vraie identité des aînés et leur riche contribution à la société, et ainsi modifier les stéréotypes et les préjugés dont ils sont souvent l'objet. Mais, il faut bien le reconnaître, le regard populaire souvent terne à l'endroit des personnes aînées, qui provient d'une appréciation défaillante du phénomène de l'avancement en âge, n'appartient pas qu'aux autres, mais tout autant aux personnes aînées elles-mêmes. En fait, les manifestations d'âgisme frappent toujours plus crûment lorsqu'elles émanent de ceux et celles qui font partie de la cohorte des aînés et les effets néfastes qu'elles provoquent contribuent, hélas, à attiser grandement cette perception malsaine que vieillir n'est qu'un avatar regrettable de la condition humaine. Au cours des derniers mois, le Conseil des aînés, de concert avec les grandes associations représentant une large partie des aînés du Québec et les Tables régionales de concertation des aînés ont entrepris la remise en état du processus de concertation des forces vives de ces organismes en regard des grands enjeux qui interpellent et souvent confrontent nos aînés. Les résultats probants obtenus dans le dossier de la certification obligatoire des résidences privées pour personnes âgées nous incitent à continuer en ce sens. Mais, il y a plus que la stricte revendication des droits des aînés qui doit animer nos actions. Nous sommes dans un monde où les courants dominants s'alimentent à l'instantanéité, la performance rapide et à tout prix, le culte de l'esthétisme, la réussite sans effort, la pensée magique et la glorification du modèle star académie tenant lieu d'idéal en se présentant comme l'itinéraire privilégié menant au bonheur. Dans un tel contexte, les valeurs de durée, essentiellement portées par les aînés et qui renvoient à la mémoire de la société et des familles, au sens de la vie et à la sagesse populaire, sont d'une importance capitale pour une société qui cherche le chemin de la pérennité et sa voie normale d'émancipation. Les personnes aînées ne peuvent plus se permettre de demeurer silencieuses et absentes des grands enjeux éthiques et moraux, des discussions entourant la mosaïque des cultures qui enrichissent le Québec et des interrogations tout autant socioéconomiques que politiques. Bref, dans un monde en turbulence, et c'est là le propre de la vie, les aînés, particulièrement ceux et celles qui ont inspiré la Révolution tranquille et participé activement à sa mise en oeuvre, doivent réapprendre à renouer avec la splendeur de l'engagement personnel et à semer à pleines mains leurs savoirs, leurs expériences et leur foi en l'avenir. Ils doivent, dès lors, dans leur quotidien faire le geste d'ouvrir les bras aux générations montantes et de se servir de leurs vastes expériences pour promouvoir les nouvelles solidarités en émergence dans notre société. |
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M. Georges Lalande Président
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