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PDF Mme Maritza Elvira Guillen Castro Intervenantes sociales Casa C.A.F.I. Centre d'aide aux familles immigrantes |
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| Les unions
et mariages mixtes dans le contexte montréalais Le mercredi 20 juin 2007 Comme vous le savez, Montréal est une ville cosmopolite et plurielle où presque toutes les nationalités, les cultures et les langues sont représentées. Et c'est justement avec l'existence et la complexité des unions et les mariages mixtes que nous pouvons tout à fait le constater. La diversité de mariages et d'unions mixtes dans le contexte montréalais montre comme les cultures, les religions, les moeurs ou même les cuisines si diverses et différentes peuvent cohabiter ensemble. Dans cette présentation, nous allons faire référence à certaines perspectives d'analyse et à des études faites à Montréal, ainsi qu'à quelques exemples de cas que nous avons vu dans la pratique quotidienne de l'intervention sociale et avec lesquels nous avons pu être proches en les côtoyant dans leur quotidien. Notre principal but est de démontrer la nécessité d'une perspective ouverte et reconnaissante de la pluralité culturelle avec laquelle il sera possible de sortir de la perspective classique utilisée par la société nord-américaine qui fait des unions mixtes l'ultime étape du processus d'assimilation. Dès la perspective théorique, nous pouvons constater que les approches qui définissent les unions mixtes comme preuve et dernière étape du modèle assimilationniste et qui ont une approche primordialiste en associant l'identité culturelle et ethnique à la couleur de la peau - sont en train de disparaître, en acceptant que la définition de l'ethnicité ne se joue pas seulement par les caractéristiques phénotypiques mais plutôt par les traits et pratiques socioculturels. À cet égard, en partant d'une approche plus ouverte de la culture et de l'ethnicité, Deirdre Meintel (2004) [1] montre comment la mixité dans les unions et les mariages à Montréal est une construction sociale variable selon le contexte social et historique. En effet, à travers cette étude, nous pouvons voir comment, à divers moments, la reconnaissance de mariages mixtes entre anglophones et francophones, et plus tard entre canadiens/canadiennes de diverses origines, et immigrantes/immigrants dans la société québécoise a produit une première acceptation et une redéfinition des divers changements culturels en dépendant du contexte historique à Montréal. Ainsi, les unions ou mariages mixtes constituent un phénomène clef dans la compréhension des enjeux identitaires au niveau sociétal, surtout dans les contextes si pluriels par l'immigration à Montréal. Cependant, il faut reconnaître qu'au Canada cette perspective persiste à être utilisée surtout pour la préparation et l'élaboration de données statistiques concernant les unions et mariages mixtes. Prenons l'exemple du travail de Kalbach (2004) [2] qui fait l'analyse des niveaux courants d'intermariage ethnique au Canada pendant les années 1990. Dans ce travail, l'auteure aborde les tendances historiques et les variations comparatives entre les époux et épouses nés au Canada et ceux et celles provenant des différents groupes ethniques comme les anglais, irlandais, écossais, français, ukrainiens, allemands, grecs, italiens, chinois, hindous, arabes et caribéens. Selon cette étude faite dans les principales villes canadiennes de Toronto, Montréal et Vancouver, il s'avère que le mariage ethnique au Canada ait augmenté depuis 1871, surtout pour les groupes ethniques spécifiques d'origine. En utilisant les données du Recensement de 1996, elle trouve qu'en général les maris se dirigent vers le mariage exogame ethnique un peu plus que les épouses. Par ailleurs, elle trouve qu'en termes de mixité ethnique et d'assimilation matrimoniale au Canada, les maris et les épouses d'origine européenne nordique, occidentale et orientale tendent à exhiber les proportions les plus élevées du mariage mixte ethnique, suivis par les membres des groupes d'immigrants européens plus récents tels que les Grecs et les Italiens. Les groupes ethniques d'origine non européenne ayant immigré plus récemment tels que les Chinois, les Indiens, les Arabes et les Asiatiques de l'ouest ainsi que les Caribéens montrent les plus basses proportions d'exogamie ethnique. Néanmoins, tel que nous pouvons le voir dans la pratique quotidienne, les maris et les épouses de tous les groupes ethniques choisissent majoritairement des compagnons de mariage à partir des groupes de diverses origines. Bien que cette étude de Madeleine Kalbasch (2004) essaie de confirmer les principes de la théorie américaine de l'assimilation qui suggère que la croissance du mariage mixte est une claire évidence de l'assimilation du type identificationnel (identificational assimilation) car elle est suivie de l'absence de préjudice, de discrimination et de conflits de pouvoir et des valeurs. Pourtant, la réalité n'est pas si simple que cela. La compréhension des enjeux identitaires liés aux divers projets identitaires des familles composées par des membres d'origines diverses, soit à travers l'union de fait ou le mariage et l'adoption d'enfants s'avère pleine de complexité, tel que démontre Meintel (2004) et tel que nous avons vu dans la pratique de l'intervention sociale.. En continuation, à partir des exemples plus concrets nous allons montrer les thèmes qui apparaissent le plus fréquemment au sujet de la définition des projets d'identité personnelle et parentale. Nous voulons aborder ici la mixité en tant que construction sociale, variable selon le contexte social et historique, tout en questionnant les approches classiques qui font des unions et des mariages mixtes l'ultime étape d'un processus d'assimilation. Avec cette perspective, nous nous intéressons à la transmission intergénérationnelle des identités et des formes d'appartenance. Cet élément, à notre avis, est la clef pour comprendre les enjeux identitaires au niveau sociétal, surtout dans un contexte si complexe et pluriel (par la convivialité entre les cultures anglophone et francophone, et même par l'immigration) à Montréal. Premièrement, nous avons pu constater que la plupart des gens qui choisissent une relation mixte montrent le désir de maximiser l'utilisation des stratégies et alternatives des différentes ressources symboliques avec lesquelles ils comptent. La première serait notamment la capacité d'ouverture et de négociation entre les conjoints en considérant le bonheur familial comme étant le but principal. Tout dépendra de la profondeur de leurs sentiments et leurs compromis. Dans les unions ou mariages mixtes, chacun des deux conjoints doit faire quelques sacrifices pour s'adapter et respecter les caractéristiques, les valeurs et la culture de l'autre. Dans notre pratique quotidienne nous avons constaté que ce sont en général les femmes qui sont beaucoup plus flexibles que les hommes, elles sont moins attachées aux traditions, mais il existe toujours des exceptions. Par exemple si dans un couple les deux partenaires ont un caractère fort et qu'il n'y a personne qui est prêt à céder, il est probable que la relation ne durera pas longtemps. Deuxièmement, il est bien important de prendre en considération les « projets identitaires » à travers les aspirations que les parents ont à l'égard de l'éventuelle identité ethnique et religieuse de leurs enfants et les stratégies qu'ils déploient à cet effet, ainsi que le désir de donner l'expression et la reconnaissance de toutes les dimensions des expériences et acquis ethniques pour les enfants. Aussi, la nature des identités plurielles que les parents essaient d'inculquer à partir du choix et de la définition de noms des enfants, de langages et d'initiation religieuse font partie des ressources culturelles et symboliques pour transmettre le pluralisme comme valeur centrale de l'intégration à la société montréalaise. Prenons l'exemple d'un enfant né d'un père Tune musulman et d'une mère québécoise. L'enfant disait à ses amis qu'ils pouvaient l'appeler soit Moisé ou Moussa puisque cela veut dire la même chose, dans ce cas l'enfant voulait couvrir les deux cultures et faire plaisir à ses parents tout en respectant leurs croyances respectives. Troisièmement, les personnes interviewées dans l'étude de Meintel (2004) et celles que nous connaissons ne pensent pas à elles-mêmes comme partie de la déviance de la norme sociale, mais plutôt comme partie de la société québécoise du futur. Quoiqu'il en soit, les mariages mixtes sont une richesse pour le pays et la société québécoise. Chacun peut apprendre de l'autre et vice-versa. En conclusion, les familles constituées à partir des unions et/ou mariages mixtes montrent une vaste complexité, surtout en ce qui concerne la définition et redéfinition de l'identité ethnique. Il ne s'agit pas que de la dernière étape du processus assimilationniste. En outre, la préoccupation qui sort toujours comme la plus présente chez les parents de couples mixtes est la reconnaissance que les enfants qui naissent des unions mixtes s'enrichissent des deux cultures de leurs parents mais peuvent également souffrir de se retrouver coincer entre ces deux cultures, plus particulièrement s'ils ne se sentent pas appartenir au groupe majoritaire. Pour ces enfants, trouver de l'ouverture et le respect des membres et des institutions ainsi que l'appui de leur propre famille et leurs communautés d'origine est indispensable pour bien s'intégrer à la société montréalaise. [1] MEINTEL, Deirdre (2002) « Transmitting Pluralism : Mixed Unions in Montréal ». Canadian Ethnic Studies/Études ethniques canadiennes, vol. XXXIV, no.3, 2002, pp. 99-120. [2] KALBACH, Madeleine (2002). « Ethnic intermarriage in Canada ». In Canadian Ethnic Studies/Études ethniques canadiennes, vol. XXXIV, No. 2, 2002. pp. 25-39. |
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