Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 19, numéro 94, août 2008

     
Mme Hélène Bournival - Bénévole          Image de la conférence     Texte     Voir la présentation
Mme Édith Chapedelaine - Coordonnatrice
Relais famille                                                                                                           Les familles et les départs - le 16 avril 2008

Le départ vers la prison - et le retour?

    Les proches des personnes qui se retrouvent en prison sont bien souvent désemparés face aux problèmes occasionnés par l'incarcération d'un des leurs...

    Souvent aussi, ces difficultés viennent compliquer et modifier leur propre existence (honte, cachette, rejet, culpabilité, perte d'emploi, isolement).

    Pour mieux vivre la situation ces personnes ont besoin d'aide.

Les objectifs :

  • FAVORISER LA SURVIE, le bien-être, la croissance des personnes et familles affectées par l'incarcération d'un des leurs,
  • Permettre aux personnes de SORTIR DE L'ISOLEMENT en leur fournissant un lieu d'écoute, de support et d'entraide,
  • Donner l'occasion de PARTAGER LEURS FORCES, LEURS TALENTS ET LEURS EXPÉRIENCES,
  • Offrir une SOCIALISATION POSITIVE par des activités diverses,
  • Favoriser aussi la RÉINSERTION sociale éventuelle des « proches » actuellement incarcérés.

Le départ :

Une arrestation n'est pas un départ préparé.

ARRESTATION... le mot le dit : ARRÊT de la vie libre. C'est brutal...C'est le choc...

La vie libre s'arrête... prend tout un virage... pour tout l'entourage.

    La famille est dépendante des nouvelles que le (la) détenu(e) veut bien donner dans des conditions restreintes du milieu carcéral. Les téléphones sont limités et payants, charge renversée. Le (la) detenu(e) doit assumer les coûts téléphoniques... La famille ne peut téléphoner de l'extérieur.

    Un tas de questions se bousculent - la prison et tout ce qu'on entend dire sur les batailles, le trou, les mauvais traitements.

    La famille doit apprendre le langage du milieu carcéral et de tout le processus juridique.

    Quels sont ses droits de visites?

    Combien de temps cela va durer?

    Coupable ou non coupable?

    Où ira-t-il?

    Que se passera-t-il à la cour si on demande une caution...(obligations).

    Les médias reviennent sans cesse sur la nouvelle, au moment de l'arrestation, le jour de comparution, de la condamnation, quelques fois deux ans ou plus après le délit, les familles revivent ça sans cesse.

    Aussi, les familles pensent aux victimes... Vont-elles se rencontrer à la cour?    De quelle façon cela se passera-t-il?

    Si c'est le conjoint qui est incarcéré, la charge financière revient à la femme, avec des charges supplémentaires
     - voyages aux visites, fournitures matérielles, perte d'emploi, téléphones, déplacements à la cour.

    Souvent un rejet du reste de la famille, des amis(es) ou des compagnons de travail.

Le retour :

    Le retour se fait progressivement en demandant la prise en charge de la famille ou d'un membre responsable. Tout en sachant que c'est un adulte qui revient en société selon la durée d'incarcération.

    La réinsertion est difficile pour l'ex-détenu et pour la famille...

    Comment a-t-il vécu l'incarcération?

    Comme une école du crime ou comme un moyen de se réajuster dans la vie avec des valeurs positives?...


Un témoignage

Le départ vers la prison

Tout dabord, l'arrestation inattendue un certain matin. Mais que se passe-t-il? Les policiers sonnent à la porte. Qu'est-ce que c'est que ça? On accuse mon conjoint. Est-ce un coup monté ou quoi? Je n'y comprends rien.

    On l'amène au poste, il me dit qu'il m'appelle aussitôt que ça lui sera possible. Moi, je reste plantée là, abasourdie des événements, me croyant dans un film. Les policiers fouillent la maison, on me questionne, mais qu'est-ce que c'est ce cirque? Enfin, ils partent et je suis seule avec plein de questions dans ma tête.

    Pour ne pas devenir folle, je me garoche dans le ménage pour faire passer mes larmes, le stress, la colère, la peur du lendemain et j'attends son téléphone. On le libère le soir même, je vais le chercher.

    Durant 18 mois, frais d'avocat, stress, questionnement mais aussi appui de la famille et amis qui nous aident à traverser le tout.

    Le départ vers la prison fut aussi un choc mais beaucoup moins dramatique pour moi car mon conjoint m'avait préparé à cette éventualité si le juge prenait cette décision. Et la sentence prononcée était de courte durée. Malgré cela, c'est un monde inconnu, comment ça va se passer pour lui, pour moi, est-ce que les liens tissés serrés durant ces nombreuses années de mariage vont résister? Qu'elle sera la réaction des gens qui nous entourent?

    Ma première visite en prison a été assez difficile : pénétrer dans cet établissement froid, passer la sécurité, voir des jeunes enfants qui venaient visiter leur papa et pleuraient en repartant, j'entrais dans un tout nouveau monde qui m'était inconnu. Se parler au travers d'une fenêtre qui nous sépare sans pouvoir se toucher avec seulement 45 minutes pour se dire tant de choses. Heureusement qu'il y avait le téléphone et les lettres qu'on s'écrivaient aux 2 jours et quelques visites par semaine pour qu'on garde toujours le contact et décrire nos émotions qu'on vivait chacun de notre côté.

    Le plus dur pour moi fut que nos enfants n'aient pas accepté le mot prison. Pour eux, il était hors de question qu'ils aillent faire une visite en prison. Mais en plus, ils sont venus me dire que si je ne le laissais pas tomber qu'ils ne me parleraient plus à moi aussi. Pourquoi ils me font ça? Ils me mettent dans le même bateau, quel chantage! et de quel droit venir dire à sa mère quoi faire? J'étais déchirée et je ne comprenais pas leur attitude car on a toujours été là pour eux jusqu'à ce qu'ils soient adultes et partent de la maison et encore beaucoup par la suite.  

    C'était impensable de faire ce qu'ils me demandaient, je ne pouvais le laisser tomber quand il avait tant besoin de moi. Je connais tout le bien qu'il a fait toute sa vie et sa générosité envers la famille et amis. J'étais convaincue que je prenais la bonne décision de l'appuyer non pas pour le délit mais bien pour l'aider à passer au travers cette dure épreuve et ne plus récidiver. Il a besoin de moi et on s'aime. On a encore de belles années à vivre et on veut les passer ensemble.

    « LA PRISON SOULIGNE UN ACTE NÉGATIF ET IL EST FACILE DE NE VOIR TOUTE LA VIE D'UNE PERSONNE QU'À TRAVERS SON DÉLIT ».

    Le lendemain que mes enfants sont venus couper les liens, j'étais assommée, complètement démolie, je ne cessais de pleurer, je ne pouvais plus fonctionner. Je me disais que je devais être forte et reprendre sur moi car il a besoin de moi et je ne peux me laisser aller.

    C'est là que j'ai eu mon premier contact avec Relais Famille par téléphone où une bonne oreille était à l'écoute de mon coeur, de mes larmes et quelques paroles. Quel soulagement de se sentir compris et ne pas être seule à vivre cette situation. On m'invite à venir assister à la prochaine réunion qui parle de libération conditionnelle et d'en connaître plus sur ces termes carcéraux. Je m'y rends et je perçois une chaleur humaine de toutes ces femmes qui vivent l'incarcération d'un des leurs et je ne me sens plus seule au monde et mon gros problème est devenu moins gros, plus petit. C'est incroyable ce qu'un groupe de soutien peut vous apporter. Je souhaite longue vie à Relais Famille et c'est la raison pour laquelle je m'implique maintenant dans cet organisme pour apporter à d'autres ce que Relais m'a apporté.

Le retour

Enfin le retour à la maison. Même si ce fut un cours laps de temps, ça effraie toujours un peu. On a peur de l'attitude des gens envers nous, envers lui.

    Entre nous deux, on peut enfin se parler dans le blanc des yeux sans qu'il y ait de micros qui écoutent ou quelqu'un qui lisent nos lettres. C'est une délivrance, la fin d'une mauvaise passe. Même s'il a fait une dépression en prison et qu'il a perdu du poids, il a su rester fort et il dit que c'est grâce à moi et mon soutien qu'il voulait continuer à vivre pour revenir auprès de moi et qu'on continue notre autre bout de chemin ensemble. Alors, ça me confirme vraiment que oui j'ai pris la bonne décision et qu'on a traversé cette tempête pour en ressortir plus forts encore.

    L'amour triomphe de tout et dans mon coeur de mère, je suis certaine que tout l'amour donné à nos enfants triomphera un jour.

Petite pensée très belle :

    « LE COEUR HUMAIN EST UN DES RARES INSTRUMENTS QUI CONTINUE DE FONCTIONNER MÊME LORSQU'IL EST BRISÉ ».



  Mme Hélène Bournival     Mme Édith Chapedelaine

   
 

Relais famille

   

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Pensons 94

Activités 2007-2008