Le Regroupement inter-organismes
pour une politique familiale au Québec
 

Pensons famille     

Volume 19, numéro 94, août 2008

     
Mme Christiane Germain, t.s.       Image de la conférence   Texte   Voir la présentation
Directrice générale
La Parentrie

Le départ vers d'autres horizons

Bonjour,

    Premièrement je tiens à remercier monsieur Lajoie, directeur général du Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec, de m'avoir invité pour parler des familles et membres de l'entourage dans le cadre de cette rencontre intitulée : «  Les familles et les départs vers de nouveaux horizons ».

    Après avoir entendu le témoignage des invités précédents qui à tour de rôle ont parlé des familles en lien avec les départs de leurs proches, soit pour la guerre ou pour un emprisonnement, j'aimerais pour débuter vous faire saisir dans un premier temps l'écart entre ces situations et dans un deuxième temps les similitudes qu'on peut y voir.

L'écart

    Lorsqu'une personne quitte pour la guerre nous parlons d'un choix. Choix de vie et de carrière ainsi que des opportunités et risques qui viennent avec ce choix. Une fois la décision prise et malgré que l'on ait soupesé les avantages et désavantages, les personnes s'engagent et sont le plus souvent supportées pendant leur séjour à l'étranger, par différents intervenants, programmes ainsi que par leurs familles et leurs amis. Elles sont souvent perçues comme des héros ou du moins, des braves.

    Lorsqu'une personne quitte sa famille, son entourage pour un emprisonnement, ce n'est certes pas un choix conscient, mais plutôt suite à un comportement répréhensible. Cet individu aura donc à en subir les conséquences. Tout au long de sa vie il aura aussi le choix de modifier ses habitudes, ses comportements, de se réhabiliter et de redevenir un citoyen à part entière.

    Je sais bien que je dresse ici un tableau simplifié à partir d'un cas de figure. Je ne voudrais en aucun moment banaliser la souffrance que ces personnes et leurs familles vivent. Je veux seulement par un exemple souligner la différence entre ces départs.

    Lorsqu'une personne souffre d'un trouble de santé mentale grave, plus spécifiquement d'un trouble psychotique, nous ne pouvons parler de choix. Les hallucinations, le délire, les comportements à risque s'imposent à la personne. Ils sont d'ordre de la pathologie et du mal-être. Malgré que le délire soit à mon avis une tentative pour l'individu de se reconstruire, encore faut-il pour cela que les intervenants rencontrés entendent ce qui se dit au-delà de ce qui, à prime abord, ne fait sens.

    Malgré les moyens de réintégration existants la personne subira souvent toute sa vie les écueils de l'exclusion, de la pauvreté, de la solitude et de la peur des autres face à sa différence, à l'inquiétante étrangeté qui parfois s'en dégage et rend perceptible cette différence.

    À cela la personne souffrant d'un trouble mental est assujettie aux multiples préjugés et ignorances des gens qui encore prévalent. Par exemple beaucoup confondent la maladie mentale et la déficience intellectuelle. Alors que les troubles mentaux peuvent toucher de façon indifférenciée des personnes de capacités intellectuelles de différents niveaux.

    Quant à la classification, aux causes et aux traitements des différents troubles mentaux, je ne m'y attarderai pas puisque cela pourrait faire le sujet unique d'une conférence. À ce titre, j'organise mensuellement des conférences sur un thème qui touche la santé mentale dans son sens le plus large ainsi que d'autres qui parlent des différentes maladies mentales les plus courantes, si je peux m'exprimer ainsi.

Les similitudes

    En y regardant de plus près, ces trois expériences de vie ont ceci en commun. À la fois pour la personne et sa famille, son entourage il y a des pertes, des angoisses, des désespérances.

    Les personnes qui ont parlé avant moi en ont très bien parlé. Pour les personnes qui vivent avec un trouble grave de santé mentale c'est tout un pan de leur vie qui leur est dérobé jusqu'au jour du rétablissement qui s'échelonnera souvent sur une longue période. Un rétablissement qui leur apportera, et c'est là où réside l'espoir, une nouvelle façon d'être, de vivre. Un nouveau départ, pour garder en tête le thème de la présente rencontre, vers un nouveau rivage, de nouveaux horizons qui jamais n'auraient été explorés autrement.

    Quant à la famille, à l'entourage pour les aider à traverser l'orage, la tourmente, de ce qu'ils vivent de nouveau, d'inattendu avec leur proche, nous devons les écouter, les informer, leur offrir tout notre support. C'est ce que font les organismes de familles comme la Parentrie. Des activités telles les groupes d'entraide, les conférences mensuelles, l'intervention téléphonique ou en consultation individuelle. Nous les accompagnons aussi dans le processus de requête d'évaluation clinique psychiatrique. Il s'agit alors d'aller chercher une ordonnance de cour pour amener à l'hôpital une personne qui représente un risque pour sa santé ou pour celle des autres et qui refuse toute aide et n'est plus en mesure de reconnaître ses difficultés.

    Afin de donner un temps d'arrêt aux familles et d'amener leur proche à briser leur isolement et à créer des liens, j'organise des activités récréatives pour les personnes qui ont un trouble de santé mentale. Certaines de ces activités sont aussi offertes pour la famille et son proche. Ces sorties permettent souvent de solidifier la relation avec des membres de la famille et de l'entourage. Il est primordial que les personnes significatives de l'individu marqué d'un trouble de santé mentale ne perdent pas de vue que leur proche ne se résume pas à un fragment de son être brisé; qu'il est toujours un individu à part entière avec des émotions, des qualités et des défauts; qu'il a son caractère et une personnalité bien à lui malgré diverses ruptures ayant pu être occasionnées par les épisodes psychotiques. Enfin que leur proche a des ressources intérieures inestimables, et que ce qui peut à première vue sembler être du registre du déficit, se révèle parfois la source d'un nouveau départ.

    Merci de votre attention.


Mme Christiane Germain, t.s.

 

La Parentrie

10780, rue Laverdure
Local 203
Montréal Qc H3L 2L9

Vox : (1) 514-385-6786
Fax : (1) 514-385-9513

entraide@bellnet.ca


www.ffapamm.qc.ca/fr/gen/bottin.asp?id=7#40



Pensons 94

Activités 2007-2008